dimanche 25 septembre 2016

Le riche et Lazare




Amos 6:1-7 ; Psaume 146 ; 1 Timothée 6:11-16 ; Luc 16, 19-31

Luc 16, 19-31
19 "Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins.
20 Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au porche de sa demeure.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères.
22 "Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré.
23 Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés.
24 Alors il s’écria : Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.
25 Abraham lui dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance.
26 De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.
27 "Le riche dit : Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père,
28 car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.
29 Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent.
30 L’autre reprit : Non, Abraham, mon père, mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.
31 Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.

*

Entre cette parabole et celle qui précède, la parabole de l'intendant infidèle, quelques versets charnières, qui apparemment n’ont rien avoir ni avec l’intendant, ni avec Lazare et le riche. Parmi ces versets, celui sur l’incompatibilité entre aimer Dieu et l'argent : des versets qui invitent à être généreux et digne de confiance avec ce qui compte peu, l'argent trompeur de ce temps, pour l'être a fortiori avec ce qui compte, valeur du Royaume, la grâce. Vient enfin, après le rappel de ce que ce monde est provisoire, le v. 18, qui précède immédiatement notre parabole, une parole sur l'adultère : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère. »

Voilà qui semble s’interposer dans le déroulement du texte comme un cheveu tomberait sur la soupe ! Cheveu sur la soupe, à moins que ce ne soit précisément une parole clef. La trahison qu'est l'adultère comme parallèle avec la trahison qu'est servir Dieu et l'argent à la fois (verset charnière donné un peu avant), concernant et la parabole de l’intendant infidèle, et notre texte sur Lazare et le riche.

Car c'est de cela qu'il s'agit au départ. On en trouve un parallèle dans l'Épître de Jacques (ch.4, v.4) : « Adultères ! Ne savez-vous pas que l'amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. »

Ce serait donc bien de notre question qu'il s'agirait : écoutons le contexte — Jacques écrit (v.1-5) : « D'où viennent les luttes, et d'où viennent les querelles parmi vous, sinon de vos passions, qui guerroient dans vos membres ? Vous convoitez et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, sans (rien) pouvoir obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de (tout) dépenser pour vos passions. Adultères ! Ne savez-vous pas que l'amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. Croyez-vous que l'Écriture dise en vain : Dieu aime jusqu'à la jalousie l'Esprit qu'il a fait habiter en vous ? »

Alors notre parabole devient bien un clou enfoncé : il est effectivement impossible d'aimer Dieu et les biens de ce monde, en n'en usant que pour son propre profit ; il y a effectivement un abîme infranchissable, et éternellement infranchissable. Cet abîme qu’est l’enfer dans lequel sont Lazare et les miséreux de notre monde.

*

Notons qu'à aucun moment la parabole ne cherche à culpabiliser quiconque : jamais n'est reprochée au riche son attitude vis-à-vis de Lazare, qui est simplement — bien qu'étant au pied de sa porte —, resté invisible à ses yeux.

L'autre réalité, la vraie, celle qui est de l'autre côté de l'abîme est celle que le riche ne voit pas face au présent incontournable de ce monde — empêtré dans le réseau de ronces de ses richesses — propres à étouffer la semence du Royaume selon la parabole de l'ensemencement, au point qu'il est difficile, dit aussi Jésus, à un riche d'y entrer. Le riche sans nom de notre parabole le comprend si bien — mais trop tard — qu'il demande que soit envoyé aux siens Lazare ressuscité, un Lazare transfiguré, nommé par son nom, resplendissant de la joie que Dieu lui-même lui accorde.

Rendez-vous compte de l’ironie. Il demande lui-même que soit envoyé ce Lazare qui antan invisible à ses yeux, ne pouvait même pas obtenir de visa pour passer du côté du riche sans nom. Prophétie sur les lendemains d’un monde vieillissant ?

Que Dieu ressuscite à présent ce Lazare glorieux, et l'envoie aux siens, pour que ceux-ci voient enfin le vrai visage de ce Lazare antan défiguré sous les yeux de leur indifférence ! Mais les siens qui, comme lui, ne voient pas qui est Lazare quand il se présente comme le Christ s'est présenté à nous, dans l'humilité — ne sont-ils pas irrémédiablement aveugles à la réalité éternelle du jour nouveau ? — pourront-ils reconnaître la main de Dieu, et le Lazare ressuscité ?

« Ils ont déjà Moïse et les prophètes » : que n'entendent-ils pas ? Être attentif : déjà à la Loi et aux Prophètes !... Or qu'est-ce qu'ils n'entendent pas dans la Loi et les Prophètes ?

Qu'est-ce qu'ils ne voient pas ? La même chose que leur frère, le riche de la parabole : ils ne voient pas le misérable qui de toute façon est tout proche d'eux.

Ce Lazare tout proche, à leur porte, pour le riche et sa famille, ou, en tout cas, pas loin ; sous le porche de la belle demeure, invisible, anonyme au sortir du repas ; et aujourd'hui carrément dans la salle à manger — sous la figure des miséreux de la planète sur l'écran de télévision — et toujours aussi invisibles et anonymes à un riche sans manque — ce qui le rend aveugle au manque de Lazare.

*

Or, il s'agit justement, non pas de se culpabiliser, mais de connaître son manque ; c'est ce qui manque au riche : connaître son manque, ouvrant sur la résurrection. C'est ce que crient la Loi et les Prophètes, c'est ce que redisait Lazare antan sans nom, qui devient alors pour le riche désormais sans nom lui-même un témoin propre à lui dire ce manque — comme aujourd’hui les miséreux de la planète. Car un pauvre comme Lazare manque de tout : et c’est ce qui le rend disponible à la nouveauté ; et l’ouvre donc à la nouveauté de la grâce qui seule donne un nom. On reçoit son nom, on ne se le donne pas soi-même. « Lazare », un nom, qui signifie « Dieu aide » justement ; « le riche », un état, sans nom.

Alors pas question de culpabiliser qui que ce soit pour des phénomènes économiques mondiaux auxquels nous ne pouvons rien ou presque (le « presque » ne doit toutefois certes pas être négligé) ; pas question donc, quoiqu’il en soit, d’entrer dans un complexe de culpabilité qui ne nourrit personne. Certes il est toujours possible d’effectuer les petits pas à notre portée propres à corriger un minimum l’horrible réalité.

Mais là aussi, il nous faut recevoir la promesse de la grâce d’un Dieu qui nous accueille comme nous sommes, des êtres de manque. À moins que nous ne manquions de manque. Simplement, il nous appartient de découvrir que les apparences sont trompeuses et qu’il y a bel et bien deux mondes, scindés par un abîme et que le côté « bonheur » n’est pas forcément celui qu’il semble…


RP, Châtellerault, 25/09/16


dimanche 18 septembre 2016

Un patrimoine pour la liberté




Cf. Exode 20 / Deutéronome 5
1) Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage.
2) Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ;
tu ne te feras pas d’images pour te prosterner devant elles
et pour les servir, car je suis le Seigneur ton Dieu.
3) Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur ton Dieu.
4) Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier.
5) Honore ton père et ta mère.
6) Tu ne commettras pas de meurtre.
7) Tu ne commettras pas d’adultère.
8) Tu ne commettras pas de vol.
9) Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
10) Tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain.

Jérémie 31, 33
Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit le Seigneur : Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur ; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.

*

Protestantisme et citoyenneté, tel et le thème que nous nous sommes proposé pour ces journées européennes du patrimoine 2016. La société laïque actuelle pose comme clef de voûte de la cité des principes qui font qu'aucune des religions qui ont traditionnellement pu structurer la cité n'y exerce ce rôle. On pourrait noter que cela déplace le sens que nous continuons pourtant de donner au mot religion. Si au plan de la cité le terme suppose faire lien commun (selon une des étymologies – relier – du mot religion), aucune religion ne joue plus ce rôle aujourd'hui.

Le protestantisme est en France très minoritaire, mais il a joué un rôle significatif dans la mise en place du système laïque actuel, comme lieu d’expression d'une citoyenneté devenue universelle, étendue à tous ceux à qui elle fut refusée.

Le protestantisme français porte l'héritage d'une minorité persécutée, ayant connu sous l'Ancien Régime plus d'un siècle de clandestinité (de la révocation, en 1685, de l’Édit de tolérance dit Édit de Nantes, à un nouvel Édit de tolérance en 1687). On est en un temps où une religion majoritaire fait clef de voûte de la cité.

Les choses changent lors de la Révolution française, où la minorité protestante va réclamer plus que la tolérance, la liberté – pour tout culte minoritaire, protestants et juifs, dans la France d'alors.

Un pasteur, député à l'Assemblée constituante de 1789, le pasteur Jean-Paul Rabaud Saint-Étienne, sera le porte-parole de cette revendication. Rabaud Saint-Étienne a joué un rôle significatif dans l'adoption de l'article X de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (qui est en arrière-plan de l'article XVIII de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948) dans la forme qui est la sienne : « nul de doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ». L'incise « même religieuses » est due au pasteur Rabaud Saint-Étienne : nous voulons la liberté et pas seulement la tolérance.

L’articulation entre tolérance et liberté, qui ne relève pas d'une majorité qui octroierait cette tolérance à des minorités, apparaît dans la la fin de l'article : « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public ».

La minorité protestante, sortant alors de la clandestinité et de la persécution, se reconnaît dans une revendication de liberté, et pas seulement de tolérance, qui vaut pour toutes les autres minorités – selon la lecture que les protestants persécutés faisaient des textes de la Bible hébraïque rappelant l'exigence de respect de la dignité de quiconque : car toi aussi tu as été étranger au pays de l'esclavage (cf. Deutéronome 10, 19).

*

En arrière plan, les dix paroles qui résument la Loi de Dieu, en deux tables que reproduisent celles de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, ces dix paroles qui se résument encore en deux paroles : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6, 5). « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18), puis en une, aimer le prochain (cf. Galates 5, 14), qui se décline en : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes. » (Matthieu 7:12 ; cf. Luc 6, 31) – « Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie » (Hillel, Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a).

*

Au départ, le Dieu invisible, dont on ne perçoit que la trace invisible, « par derrière », c'est-à-dire dans une relecture de ce qui est advenu…

Exode 33, 22 : « Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que j’aie passé. 23 Et lorsque je retournerai ma main, tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue. »
Puis, Exode 33, 1, « L’Éternel dit à Moïse : Taille deux tables de pierre comme les premières, et j’y écrirai les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées. »

Première parole de ces tables, parole décisive : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage ». Première parole d'une loi qui n'a dès lors pas de source : tu ne pourras pas me voir, sinon discerner mes traces à la relecture. Pas de pouvoir qui puisse prétendre être l'auteur de cette Loi qui excède tout auteur.

« Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage ». C'est là le libérateur, pas un homme, fût-ce Moïse, et c'est cet invisible, inconnu, irreprésentable, donc, qui est la source de la Loi qui libère, pas un homme qui en serait source et garant, comme Hammourabi en Babylonie ou Pharaon en Égypte. Bref : pas d'auteur ! Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, est donnée une Loi qui n'a pas d'auteur, et à laquelle par conséquent tout humain, fût-il roi ou empereur, ou pape, doit se tenir (cf. David, pourtant roi, soumis à la Loi, et qui se repend quand il la transgresse – Ps 51).

C'est cela qui se développera dans la suite de l'histoire en Droits de l'Homme où tous sont égaux devant la Loi, même les gouvernants, même les rois. Et, pas d'auteur humain donc, personne n'est clef de voûte de la cité, pas même un gouvernant, pas même une Église ou institution cultuelle.

Et en parallèle, à terme, nul n'est esclave. Plus d’opposition possible entre esclave et citoyen – ce dont en 1794 se saisit Haïti, alors colonie française de Saint-Domingue. C'est en effet sous la pression des esclaves révoltés de Haïti qui se sont saisis de la Déclaration de 1789 proclamant que « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » que les représentants du peuple prennent conscience de la portée de ce qu'ils ont déclaré et abolissent en conséquence l'esclavage, cinq ans après 1789. Apparaît ainsi qu'au fond ils ne sont pas les auteurs de ce qu'ils ont proclamé, comme au Sinaï : la portée de ce qu'ils ont reconnu « sous les auspices de l’Être suprême » selon le préambule, les dépasse ! Ce qu’ils découvrent « par derrière »...

*

Et en arrière plan, toujours, ce cœur de la loi, déjà de la loi biblique : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse / fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fasse (principe universel que l'on trouve déjà en Orient antique). Ainsi : tu as été libéré de l'esclavage, alors ça vaut pour autrui, pour quiconque !

Deutéronome 26:5 : « Tu prendras encore la parole, et tu diras devant l’Éternel, ton Dieu : Mon père était un Araméen nomade ; il descendit en Égypte avec peu de gens, et il y fixa son séjour ; là, il devint une nation grande, puissante et nombreuse. » Aussi, Deutéronome 10,19 : « Vous aimerez l’étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. »

*

Une Loi qui va prendre effet de façon universelle comme structure intérieure de nos vies :
Jérémie 31, 33 : « voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit le Seigneur : Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur ; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »

Ézéchiel 36, 27 : « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »

C'est de ces textes que se réclame l'événement de Pentecôte / Shavouoth, advenu dans le livre des Actes des Apôtres le jour de la fête du don de la Torah, appelée à s'inscrire dans les cœurs par le don de l'Esprit de Dieu.

C'est de cet héritage, de ce patrimoine que se réclame la tradition protestante de l'intériorité, où se fonde l'image de Dieu en nous, dont ces piétistes que sont quakers et méthodistes, qui refusent la possibilité de l'esclavage, et verront éclore l'égalité hommes-femmes.

Car quelle que soit l'origine, que ce soit l'appartenance religieuse, les convictions diverses, quel que soit le taux de mélanine qui donne la couleur de la peau, le taux hormonal qui distingue un homme d'une femme, l'image de Dieu en l'être humain, c'est-à-dire en d'autres termes sa dignité infinie, est au-delà de ce qui frappe la vue : on est au cœur de ce qui ressort de la découverte du tombeau vide : « votre identité est cachée, avec le Christ ressuscité, en Dieu », en dit Paul (Col 3, 3). Cela vaut pour quiconque, indépendamment de sa foi ou de sa non-foi.

L'image de Dieu est ce qui nous échappe en nous et qui nous fonde en humanité et en fraternité, et requiert comme loi intériorisée la liberté et l’égalité pour tous : la liberté reçue ne peut qu'être reconnue pour quiconque est ipso facto mon frère, ma sœur, appelé comme moi à la liberté : « c'est pour la liberté que avez été libérés, ne vous remettez donc pas sous le joug de l'esclavage » (Galates 5, 1).


RP, Poitiers, 18/09/16
Journées du patrimoine, « Patrimoine et citoyenneté »


dimanche 11 septembre 2016

"Joie chez les anges de Dieu"




Exode 32, 7-14 ; Psaume 51 ; 1 Timothée 1, 12-17 ; Luc 15, 1-32

Luc 15, 1-12
1 Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de lui pour l’écouter.
2 Et les Pharisiens et les scribes murmuraient; ils disaient: "Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux!"

3 Alors il leur dit cette parabole:
4 "Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée?
5 Et quand il l’a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules,
6 et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!
7 Je vous le déclare, c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

8 "Ou encore, quelle femme, si elle a dix pièces d’argent et qu’elle en perde une, n’allume pas une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée?
9 Et quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines, et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la pièce que j’avais perdue!
10 C’est ainsi, je vous le déclare, qu’il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit."

11 Il dit encore: "Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père: Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son avoir. […]

*

Trois paraboles : la brebis perdue, la pièce égarée, suivies du fils prodigue, pour expliquer le fait que Jésus fraye ostensiblement avec les pécheurs.

Non que les pharisiens aient eu quelque chose contre la sollicitude à l’égard des pécheurs, mais le sens et la légitimité du ministère de Jésus ne sont pas un acquis. Et du coup sa présence insistante auprès des personnages douteux peut légitimement interroger.

La réponse, en trois paraboles, est tout un programme, déclinant la mission de Jésus comme mission de celui qui vient dans le monde ; et pour les disciples déjà l’énonciation du schéma d’un credo. Celui qui vient de Dieu vers nous le fait pour accomplir la réconciliation. Et déjà le monde céleste se réjouit des fruits de sa mission : le dévoilement de la valeur infinie de chacun, indépendamment de la réalité de son éloignement d’avec la source de son être.

C’est ainsi qu’il y a de la joie dans le ciel pour un seul pécheur. Nouvelle extraordinaire qui dévoile la valeur infinie de chacun.

Une façon toute nouvelle de souligner une vérité biblique, repérée dans la tradition juive à partir du récit de la Genèse.

La tradition juive enseigne en effet que celui qui tue un homme est assimilable à celui qui détruit toute l’humanité (Talmud – Sanhédrin 4, 5). Cela en regard de ce que le psalmiste écrit : « Tu l’as diminué de peu par rapport à Dieu, toute la création est à ses pieds » (Psaume 8, 6). Et en regard de ce que, dès l’apparition de l’homme dans la Torah, il est dit qu’il a été crée à l’image de Dieu.

« Adam fut créé comme un seul et unique individu et l’on apprend de cela que "qui détruit une seule vie humaine est considéré comme ayant détruit un monde entier et qui sauve une seule vie humaine est considéré comme ayant sauvé un monde entier". La Mishna apporte d’autres raisons au fait qu’Adam a été créé comme un individu unique. C’est pour nous enseigner qu’aucun homme ne peut dire à un autre : "mes ancêtres sont plus illustres que les tiens" (puisque tous descendent du même couple, Adam et Ève). Plus encore, ceci nous montre la grandeur du Tout-Puissant qui a créé toute l’humanité à partir du même couple et pourtant n’a pas fait deux individus parfaitement semblables, ni deux êtres totalement identiques par leur forme, leurs traits ou leur caractère.
Finalement, cela nous enseigne qu’il n’existe qu’un seul créateur et non une série de créateurs, chacun donnant vie à ses favoris. La signification de tout ceci est évidente : un Dieu a créé tous les êtres humains, attribuant à chacun un sens individuel, des traits uniques, créant chacun à l’image de Dieu, et tous égaux. Chaque être humain est un monde entier à lui seul. »
(Citation du rabbin Louis Jacobs.)

C’est ainsi que cette Révélation que nous donne Jésus concernant tout cela ne doit par nous surprendre : « il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit », « plus même que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance ».

C’est au point, puisque cet enseignement renvoie finalement à la Genèse, que ce pourrait être même là si l’on y réfléchit… le sens de l’histoire du monde !

L’histoire aurait bien pu se clore à plusieurs moments. On se demande même, si on s’y plonge avec un regard quelque peu réaliste, s’il n’aurait pas mieux valu ! Dieu même s’est posé cette question si l’on en croit le récit du déluge : « Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre ». Voilà qui n’est pas triste : Dieu se repent ! Dieu fait retour, en d’autres termes, techouvah en hébreu, conversion dans nos traductions, bref repentance, cette repentance qui — malgré les apparences — est si peu à la mode.

Le texte de l’Exode, parmi nos lectures de ce jour, porte aussi ce thème du repentir de Dieu, qui dit souhaiter rien moins que faire disparaître le peuple après l’épisode du veau d’or et… il change d’avis en quelque sorte, après l’intercession de Moïse !

Exode 32, 7-14 :
7 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse: "Descends donc, car ton peuple s’est corrompu, ce peuple que tu as fait monter du pays d’Egypte.
8 Ils n’ont pas tardé à s’écarter du chemin que je leur avais prescrit; ils se sont fait une statue de veau, ils se sont prosternés devant elle, ils lui ont sacrifié et ils ont dit: Voici tes dieux, Israël, ceux qui t’ont fait monter du pays d’Egypte."
9 Et le SEIGNEUR dit à Moïse: "Je vois ce peuple: eh bien! c’est un peuple à la nuque raide!
10 Et maintenant, laisse-moi faire: que ma colère s’enflamme contre eux, je vais les supprimer et je ferai de toi une grande nation."
11 Mais Moïse apaisa la face du SEIGNEUR, son Dieu, en disant: "Pourquoi, SEIGNEUR, ta colère veut-elle s’enflammer contre ton peuple que tu as fait sortir du pays d’Egypte, à grande puissance et à main forte?
12 Pourquoi les Egyptiens diraient-ils: C’est par méchanceté qu’il les a fait sortir! pour les tuer dans les montagnes! pour les supprimer de la surface de la terre! Reviens de l’ardeur de ta colère et renonce à faire du mal à ton peuple.
13 Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, auxquels tu as adressé cette parole: Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, et tout ce pays que j’ai dit, je le donnerai à votre descendance, et ils le recevront comme patrimoine pour toujours."
14 Et le SEIGNEUR renonça au mal qu’il avait dit vouloir faire à son peuple.

Les trois récits de Luc 15 ne parlent, eux, que de cela, et du fait qu’un seul acte de repentance, d’un seul pécheur, fait éclater de joie le ciel entier !

Oui, Dieu aurait pu stopper l’histoire à plusieurs reprises, il aurait pu dire « ça suffit ! » selon le sens de son nom El Shaddaï : « Celui qui dit : "ça suffit !" »

Ou il aurait pu repartir dans d’autres sens, en mieux, en arrêtant tout ça, qui ressemble bien à une impasse. On peut imaginer pas mal de choses. Mais en vain : il en a décidé autrement.

L’histoire du monde ressemble alors assez à celle d’une course après une pièce perdue, une brebis perdue, un seul enfant égaré — puisque la brebis et la pièce annoncent simplement le désir de voir la conversion de l’enfant prodigue.

Une leçon d’une portée bien plus vaste que ce que l’on pourrait imaginer en lisant cela rapidement. Si l’histoire, et l’histoire du monde est en question dans ces trois paraboles, si l’histoire du monde est celle de Dieu cherchant un seule brebis perdue, alors l’histoire n’est plus seulement le chapelet de catastrophes qui se donne au regard objectif, elle n’est plus surtout, le destin tragique qu’elle paraîtrait être dès lors.

Parce qu’en son cœur est la recherche par Dieu de la brebis perdue, l’histoire de Dieu et des hommes se charge d’ouvertures inattendues.

On peut illustrer cela par l’annonce de son destin apparent au roi Ézéchias par le prophète Ésaïe (ch. 38, 1 sq) : « tu vas mourir, tu ne survivras pas » lui annonce le prophète. Parole de prophète, parole imparable, pourrait-on dire ! Ézéchias va sombrer dans le désespoir et mourir. Mais le texte continue : « Ézéchias tourna son visage contre le mur et pria le Seigneur. […] Ézéchias versa d’abondantes larmes. La parole du Seigneur fut adressée à Ésaïe : "Va et dis à Ézéchias : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu de David ton père : J’ai entendu ta prière et j’ai vu tes larmes. Je vais ajouter quinze années au nombre de tes jours. »

Pas de détermination fixée pour le Dieu de la Bible. Oh, il connaît certainement passé, présent et avenir. Il déroule lui-même, de façon mystérieuse, passé, présent et avenir — rien n’est caché à ses yeux de créateur de toutes choses. Mais il connaît aussi la prière d’Ézéchias qui va changer ce qui aurait pu lui apparaître comme inéluctable.

Là est peut-être le cœur mystérieux du déroulement de l’histoire. Pas de lendemain fixé comme tragique auquel on ne pourrait rien. Comme la prière d’Ézéchias a changé le cours de sa vie — on appelle cela conversion, repentance, retour à Dieu — comme vous voulez —, il en est de même pour chacun d’entre nous. C’est ce que nous apprend cette histoire de brebis, ou de pièce perdue. Et pour cela, il y a plus de joie dans le ciel, que pour un déroulé — j’allais dire — normal de l’histoire, fût-ce un déroulé apparemment heureux, comme celui du fils aîné de la parabole.

Pour chacun d’entre nous, rien n’est jamais perdu, rien n’est jamais tel qu’on puisse en dire : c’est fixé ! Notre prière peut changer le cours de notre histoire, le cours de l’histoire, le cours de notre malheur, même.

Notre conversion, notre retour à Dieu peut changer le cours de tout désespoir. Rien n’est jamais clos, et ce qui s’ouvre réjouit dans l’éternité toute la création visible et invisible. C’est la bonne nouvelle que nous apporte Jésus ce matin…


R.P., Poitiers, 11.09.16


dimanche 4 septembre 2016

Renoncer et suivre




Proverbes 8, 32-36 ; Psaume 90 ; Philémon 9b-17 ; Luc 14, 25-33

Luc 14, 25-33
25 De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit :
26 "Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.
27 Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple.
28 "En effet, lequel d'entre vous, quand il veut bâtir une tour, ne commence par s'asseoir pour calculer la dépense et juger s'il a de quoi aller jusqu'au bout ?
29 Autrement, s'il pose les fondations sans pouvoir terminer, tous ceux qui le verront se mettront à se moquer de lui
30 et diront : Voilà un homme qui a commencé à bâtir et qui n'a pas pu terminer !
31 "Ou quel roi, quand il part faire la guerre à un autre roi, ne commence par s'asseoir pour considérer s'il est capable, avec dix mille hommes, d'affronter celui qui marche contre lui avec vingt mille ?
32 Sinon, pendant que l'autre est encore loin, il envoie une ambassade et demande à faire la paix.
33 "De la même façon, quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple.

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L'aspect de ce texte voué à nous agréer le plus est sans doute celui qui concerne la tour ; le propos semble raisonnable : « lequel d'entre vous, quand il veut bâtir une tour, ne commence par s'asseoir pour calculer la dépense et juger s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Autrement, s'il pose les fondations sans pouvoir terminer, tous ceux qui le verront se mettront à se moquer de lui et diront : Voilà un homme qui a commencé à bâtir et qui n'a pas pu terminer ! » Car comment dire ? — surtout soyons raisonnables ! Et cet aspect du texte semble raisonnable : si vous avez une tour à bâtir, ou autre chose, soyez prudents. De même, si vous voulez rejoindre l'Église, surtout pas d'excès. Restons réservés, pratiquons quelques arrangements.

Tentation commune : ça vaut jusque pour les héros de la foi ! Je dis ça pour préciser qu'il ne s'agit pas de culpabiliser : Martin Luther King, héros de la foi s'il en est, confie qu'il cherchait un travail paroissial qui lui laisserait du temps pour terminer sa thèse. Il ne savait pas qu'une de ses paroissiennes refuserait de céder sa place dans un bus de la ségrégation. Il ne savait pas jusqu'où ce refus le mènerait, lui. Prédicateur, on en fait le porte-parole du mouvement de protestation… jusqu'à une célébrité imprévue, qui le mène d'abord au prix Nobel. Puis à ce que, lorsqu'il étend ses critiques à la guerre dans le Sud-Est asiatique, le président Lyndon Johnson annule l’invitation qu’il lui avait lancée de venir à la Maison-Blanche. Le Prix Nobel de la paix est devenu persona non grata. Dans les années suivantes, la cote de popularité de Martin Luther King ne cesse de s'effondrer… jusqu'à sa mort. Après les Rameaux du prix Nobel, la Croix !

Et pour nous ?… Suivre le Christ ? Savons-nous ce que ça peut impliquer, jusqu'où ça peut mener, ou préférons pratiquer, et proposer, quelques petits arrangements ? Avouons que c'est souvent de la sorte que nous comptons pourvoir aux effectifs et à l'avenir de l'Église.

Résultat : effectivement, les foules se pressent, comme dans notre texte (Luc 14, 25). Enfin, elles se pressent, mais ailleurs qu'autour de Jésus… Tandis que Jésus était empêtré au milieu d'une foule nombreuse à laquelle il disait de haïr tout ce qui n'est pas lui, de comprendre que ce qu'il demande relève de l'impossible.

Haïr : c'est le mot en grec, qui traduit l’équivalent hébreu et araméen — langues radicales. Alors certes, on peut dire qu’après coup, il faut introduire les nuances que permet le français entre haïr et préférer moins. Certes, on peut toujours. Mais Jésus n’a pas parlé en français et en nuances ; et le mot est bien là, radical. Il pose une alternative. Entre aimer Jésus, et tout le reste, y compris ses proches, soi-même, etc., et donc que dire de ses biens !…

Ce qu'il demande relève de l'impossible ; telle est la mesure dans l'histoire de la tour : ce que Jésus demande n'est tout simplement pas raisonnable. Ce qui se vérifie avec l'autre exemple qu'il donne : affronter avec dix mille hommes une armée de vingt mille. Absurde ! Mais il faut le savoir : c’est ce qu’il demande. Et enfin, élément bien sûr décisif de son propos — on sort des illustrations — : ce en quoi consiste la mesure de la dépense : ça coûtera tout, jusqu’à la perte de tout attachement, jusqu’à la croix. Voilà qui est donc moins raisonnable que prévu.

Qui sait lire ce que dit Jésus, comprend bien qu'il est en train de nous confronter à l'impossible : si vous voulez me suivre, il faut savoir au départ que vous avez choisi l'impossible, que cela vous coûtera tout, que vous êtes face à moi, perdants d'avance. Qu'il vous faudra accepter le risque de perdre tout ce qui vous est cher : « quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple ».

Alors, si nous sommes dans cet état d'esprit, quelque chose est envisageable.

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Décourageant, apparemment, du coup. Mais il faut savoir que c’est là, et nulle par ailleurs, l’Évangile de la liberté contre tout lien. Nous connaissons l'Évangile de la liberté, à nous d’en vivre. Responsables devant la radicalité de ses exigences, et par là appelés à la liberté. La liberté par la mort à soi-même.

Plus rien à perdre, donc : c’est là la mesure de la tour à construire et de la guerre à mener — spirituelle celle-là, et pas contre la chair et le sang ! Il n’est pas inutile, en notre temps, de le rappeler. C’est ce qu’apporte Jésus comme un dévoilement : il y a une brèche au cœur du monde. Alors cette autre division, la rupture, en un mot la Croix, est le lieu unique de tout nouveau commencement.

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Avouons que Jésus dit exactement l'inverse, propose exactement l'inverse de ce que nous sommes tentés de proposer : une religion raisonnable. Mais une foi au Christ qui serait telle peut-elle intéresser des assoiffés de Dieu ? Est-elle capable recoudre notre monde déchiré ?

C’est pourquoi celui qui ne choisit pas entre Dieu et tout ce qu’il aime — qui ne « hait » pas cela, dit le langage d’alors, celui de Jésus… — « ne peut être mon disciple ». Ce qui débouche sur la Croix, qui est quoi ? — le lieu de la réconciliation, l’expulsion de ce qui déchire le monde.

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Un christianisme tiède est-il capable recoudre notre monde déchiré ? Face à cette question dont la réponse est évidente : non, un tel christianisme tiède n'est pas intéressant ; et de toute façon même s’il était intéressant, là n’est pas la question. D’où le propos de Jésus sur lequel débouche le passage : « Le sel est une bonne chose ; mais si le sel devient fade, avec quoi l'assaisonnera-t-on ? Il n’est bon ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Luc 14, v. 34-35).

L’Évangile ce matin nous lance un défi : et si nous prenions Jésus au sérieux ? Si nous disions et vivions la vérité de l'Évangile ? — : suivre Jésus commence et recommence chaque jour par renoncer à tout ce qui nous lie, car « quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple ».


RP, Poitiers, 04/09/16