dimanche 24 novembre 2013

"Roi des Judéens"... et de l'univers




2 Samuel 5, 1-3 ; Psaume 122 ; Col 1, 12-20 ; Luc 23, 35-43

2 Samuel 5, 1-3
1  Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Nous voici, nous sommes de ta famille.
2  Il y a longtemps déjà, quand Saül était notre roi, c’était toi qui dirigeais l'armée d'Israël. À ce moment déjà, le SEIGNEUR t'avait dit : “C'est toi qui seras le berger d'Israël, mon peuple, tu seras son chef.” »
3  Tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron, et le roi David conclut avec eux une alliance à Hébron, devant le SEIGNEUR. Ils donnèrent l'onction à David comme roi d’Israël.

*

La royauté est encore toute récente en Israël. Les enfants d’Israël sont entrés dans le pays quelques siècles auparavant, après la mort de Moïse. Longtemps, les douze tribus sont restées sans roi. Pendant la période qu’on appelle celle des « Juges », quand un danger menaçait une tribu, un chef temporaire, qu’on appelait un « juge », prenait la direction des opérations jusqu’à ce que le danger soit écarté. Lesdits « juges » assuraient les fonctions de gouverneur, et parfois de prophète ; c’était le cas de Samuel, celui dont le livre que nous lisons aujourd’hui porte le nom.

Il n’y a alors pas de roi en Israël. La royauté apparaîtra contre la volonté de Dieu. Il n’est en principe pas question d’avoir un roi, Dieu seul est roi. Il est question du règne de sa parole seule, de la loi, contre l’arbitraire des gouvernants. Mais le peuple qui avait été libéré du pouvoir des rois en vient à en demander un, voulant faire comme tous les autres peuples. Samuel prend très mal cela, cela lui apparaissant comme acte de défiance envers Dieu — mais rien n’y a fait.

Dieu concède alors au peuple un roi par la voix du prophète Samuel... qui a donc consacré Saül, premier roi d’Israël, avec réticence ; remplacer, en quelque sorte, celui de toute façon gouverne Israël, et le monde — Dieu —, par un roi humain, est à ses yeux de toute façon une trahison (1 Samuel 8, 7 sq.).

Mais Samuel a eu beau parler, tout tenter pour dissuader le peuple, rien n’y a fait, il a fallu en arriver là. Le premier roi d’Israël, Saül, régnera une vingtaine d’années. Et, selon la mise en garde de Samuel, Saül se montrera bientôt infidèle à de Dieu — en quelque sorte comme un roi à la place de Dieu, vicaire de Dieu, remplaçant de Dieu, comme si c’était possible ! Samuel n’aura de cesse de lui dire que là n’est pas son rôle. Dieu reste le seul roi et le rôle du gouvernant n’est pas de prendre sa place, mais d’être tout au plus comme son ministre. Mais Saül ne l'entend pas ainsi et déjà de son vivant il est désavoué.

C’est alors que Dieu envoie Samuel à Bethléem, dans la famille de Jessé. « Parmi ses fils, j’ai vu le roi qu’il me faut » (1 Sam 16, 1), lui avait dit la voix de Dieu. Il s’agit du dernier fils de Jessé, David, qui ne paie pas de mine, petit berger dans les champs : si « les hommes voient ce qui leur saute aux yeux », « le Seigneur voit le cœur », dit le texte (1 Sam 16, 7).

Voilà une leçon forte, d’actualité en tous temps : les pouvoirs humains sont toujours sujets à critique de la parole de Dieu. Le remplacement de Saül signifie aussi cela. Le pouvoir est toujours tenté de se substituer à Dieu, ce qui le disqualifie. Ce qui peut qualifier un pouvoir humain devant Dieu, serait précisément de ne pas payer de mine !

Samuel, sur la parole de Dieu, choisit donc David, le petit berger de Bethléem qui ne paie pas de mine, pour être successeur de Saül. David a ainsi reçu l’onction d’huile, qui le consacre comme roi, une première fois de la main de Samuel, à Bethléem — c’est de là que vient le terme de Messie : « celui qui a reçu l’onction ». Mais il n’est pas encore roi de fait pour autant : dans un premier temps, c’est encore Saül le roi en titre.

David est appelé au service de Saül pour exercer ses talents de musicien (la musique calme le roi dans ses crises) ; puis, peu à peu, les attributions de David s’étendent quand on découvre qu'il a aussi des talents militaires. Bien que déjà consacré comme roi par Samuel, David, pendant des années, assistera Saül et conduira ses armées, jusqu’au jour où Saül prendra peur devant la popularité grandissante de David.

Le roi Saül décline, un jeune à qui tout réussit est entré à la cour : cela ne peut que mal tourner ; Saül devient jaloux et cherche à plusieurs reprises à se débarrasser de ce rival potentiel. David, lui, reste toujours d’une parfaite loyauté à son roi.

Après la mort de Saül, il y a une querelle de succession : le pays se divise en deux : David est reconnu comme roi, mais seulement par une partie du peuple, la tribu de Juda, dans le Sud, dont il est originaire, et celle de Siméon qui lui est associée. Au Nord, un descendant de Saül règne sur les dix autres tribus. Après des quantités d’intrigues, de complots, de meurtres dans le royaume du Nord, il sera assassiné, un crime que condamne David. Les dix tribus privées de roi rejoignent alors David.

C’est ce qu'explique notre texte de ce jour : « Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : nous sommes de ta famille ! Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de notre armée... Et le Seigneur t’a dit : Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple... Le roi David fit alliance avec les Anciens d’Israël, à Hébron devant le Seigneur et eux donnèrent l’onction à David pour le faire roi ». Voilà donc les douze tribus enfin réunies sous la houlette d’un unique berger, selon ce titre du roi : pasteur. Il est à la fois choisi par Dieu et reconnu par ses frères, par le peuple.

La désignation de David par Dieu est signifiée par l’onction d’huile qui lui est administrée. Désormais il porte le titre de « Messie », qui veut dire « celui sur qui a été versée l’huile de consécration ». Cette onction d’huile est le signe que Dieu l’a choisi et que l’Esprit de Dieu est avec lui ; et c’est Dieu qui lui a fixé sa tâche : être pasteur, berger pour son peuple. Un roi qui a cette spécificité qu'il n'est pas au-dessus de la loi, mais qui s'y soumet aussi. David transgressant la loi, se repent : une originalité qui légitime sa dynastie. Une anticipation, pour faire un anachronisme, de ce que sera la monarchie constitutionnelle.

Alors la ville de Jérusalem n’a pas été encore conquise. Mitoyenne entre le Nord et le Sud, David la conquiert et en fait la capitale du royaume unifié, signe de l’unité autour d’un Temple unique, Temple du Dieu unique. Le peuple se réconcilie autour de Jérusalem où se trouve l’Arche d’Alliance. Autour de David roi des Judéens, à Jérusalem, dont il a fait sa capitale, au cœur de la Judée.

On sait que l'idéal biblique — un roi à la fois issu de son peuple et choisi par Dieu qui soit un vrai berger, c’est-à-dire attaché à offrir à son troupeau l’unité et la sécurité, restera tout au long de l’histoire d’Israël un rêve jamais atteint. Mais la foi dans les promesses de Dieu l’emportera toujours sur les déceptions de l’histoire : on continuera d’attendre celui qui portera dignement le nom de Messie. En grec, la traduction du mot « Oint », « Messie », c’est le mot « Christos », Christ...

Mille ans après David, premier roi à Jérusalem, capitale des Judéens, un de ses lointains descendants qu’on appellera souvent « Fils de David » est reconnu par ses disciples comme celui qui a été oint, le Messie. Comme Samuel avait oint David avant qu’il n’entre dans son règne de façon visible, le Règne du Christ ne vient pas de façon à frapper les regards, il reçoit son règne sur la croix. Jésus est, jusqu’à ce qu’il inaugure le Règne définitif de Dieu, caché dans l’humilité d’un serviteur. L’ampleur de ce Règne que l’on attend, est déjà manifestée pour notre foi à sa résurrection : un règne qui n'est pas de ce monde — et qui cependant s’étend sur tous et sur tout, jusque sur la mort.

Où on le retrouve à la croix — Luc 23, 35-43 :
35  Le peuple restait là à regarder. Les magistrats se moquaient de Jésus, disant : Il a sauvé les autres ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu de Dieu !"
36  Les soldats aussi se moquaient de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, ils dirent :
37  "Si tu es le roi des Judéens, sauve-toi toi-même."
38  Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : " Celui-ci est le roi des Judéens."
39  L’un des malfaiteurs crucifiés l’insultait : "N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous aussi !"
40  Mais l’autre le reprit en disant : "Tu n’as même pas la crainte de Dieu, toi qui subis la même peine !
41  Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal."
42  Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne."
43  Jésus lui répondit : "En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis."

Les soldats païens se moquent, à l’instar des chefs politiques et religieux. Et ils désignent Jésus par des mots qu’ils croient ironiques : « Roi des Judéens », c’est-à-dire le Messie d’Israël. Eux l’ignorent : voilà en effet un Messie qui ne paie pas de mine ; « les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le cœur », annonçait Samuel (1 Samuel 16, 7). Un homme insignifiant, cloué sur une croix comme un vulgaire malfaiteur : le Roi, le Messie ? Il y a de quoi ironiser.

Mais un des malfaiteurs crucifiés avec lui l’a compris, qui découvre alors le Roi du monde à venir : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. » Cet homme annonce alors, sans le savoir sans doute, le nouveau David roi des Judéens réconciliant Juda et toutes les tribus. Mais plus que cela : ici est le Roi des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, par qui s’accomplit la réconciliation, non seulement des tribus et du peuple d’Israël, mais de l’Univers… « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. »

Colossiens 1, 13-20 :
13 Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour ;
14 en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés.
15 Il est l'image du Dieu invisible,
Premier-né de toute créature,
16 car en lui tout a été créé,
dans les cieux et sur la terre,
les êtres visibles comme les invisibles,
Trônes et Souverainetés, Autorités et Pouvoirs.
Tout est créé par lui et pour lui,
17 et il est, lui, par devant tout ;
tout est maintenu en lui,
18 et il est, lui, la tête du corps, qui est l’Église.
Il est le commencement,
Premier-né d'entre les morts,
afin de tenir en tout, lui, le premier rang.
19 Car il a plu à Dieu
de faire habiter en lui toute la plénitude
20 et de tout réconcilier par lui et pour lui,
et sur la terre et dans les cieux,
ayant établi la paix par le sang de sa croix.

RP,
Poitiers, 24.11.2013


dimanche 10 novembre 2013

Questions sur la résurrection




Daniel 3, 1-30 ; Psaume 17 ; 2 Thessaloniciens 2, 16 - 3:5 ; Luc 20, 27-38

Luc 20, 27-38
27 Alors s'approchèrent quelques Sadducéens. Les Sadducéens contestent qu'il y ait une résurrection. Ils lui posèrent cette question :
28 « Maître, Moïse a écrit pour nous : "Si un homme a un frère marié qui meurt sans enfants, qu'il épouse la veuve et donne une descendance à son frère".
29 Or il y avait sept frères. Le premier prit femme et mourut sans enfant.
30 Le second,
31 puis le troisième épousèrent la femme, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d'enfant.
32 Finalement la femme mourut aussi.
33 Eh bien ! cette femme, à la résurrection, duquel d'entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l'ont eue pour femme ? »
34 Jésus leur dit : « Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari.
35 Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari.
36 C'est qu'ils ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges : ils sont fils de Dieu puisqu'ils sont fils de la résurrection.
37 Et que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même l'a indiqué dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob.
38 Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. »

*

Ce texte nous place au cœur de la controverse qui occupe le judaïsme du tournant de notre ère sur la question de la résurrection. La controverse porte sur la lecture de la Torah, les cinq premiers livres de la Bible.

Quant à la vision des pharisiens, qui est aussi celle de Jésus et des chrétiens, ce texte va nous donner l'occasion de la voir d'un peu plus près. L'opinion sadducéenne, elle, est plus difficile à déceler — pour une raison simple : nous n'avons pas de textes sadducéens qui pourraient nous l'expliquer. Nous ne la connaissons que par des textes non-sadducéens, et notamment par le Nouveau Testament. On peut tout au plus essayer de percevoir au mieux ce qu’il en est — entre autres à partir de notre texte, à travers la question posée à Jésus par ses interlocuteurs : les sadducéens ne croient pas à la résurrection.

À côté de son Évangile, ce même Luc qui nous rapporte l'événement, nous donne quelques détails supplémentaires dans son livre des Actes, en précisant (ch. 23, v. 8) que les sadducéens ne croient pas non plus « aux anges et aux esprits ».

On peut conclure de tout cela que la question n’était sans doute pas tout-à-fait fixée pour les croyants de l’époque. Alors que plus tard, juifs comme chrétiens y croient à peu près unanimement. Et cela sans remise en question radicale jusqu’à l’époque moderne où cette notion est à nouveau remise en question, plus vigoureusement qu’à d’autres périodes ; puisqu’on met en question jusqu’à l’immortalité de l’âme, ce qui était plus rare auparavant. Ce texte de Luc reprend donc de l’actualité.

*

Dans leur question à Jésus, les sadducéens argumentent à partir d’une disposition de la loi de Moïse, appelée précepte du lévirat (Dt 25, 5-6 ; Gn 38, 8). Il s'agit d'une prescription de la Torah selon laquelle un frère devait prendre en charge la veuve de son frère décédé, ce à tous les points de vue, y compris, si nécessaire, pourvoir ce frère d'une descendance.

Cela suppose donc, le cas échéant, le devoir d'épouser la veuve, devoir rendu possible même pour un homme déjà marié par la pratique de la polygamie. Mais voilà, si la polygamie était autorisée pour les mâles, les femmes n'avaient pas droit à la polyandrie.

C'est pourquoi les sadducéens soulèvent, non sans humour, un problème qui ne pouvait que jeter le trouble dans le jardin des partisans d'une certaine conception, un peu matérialiste, de la résurrection ; conception matérialiste dont Jésus montre ici qu'il ne la fait pas sienne. Si les sadducéens ne croient pas aux anges, Jésus leur affirme que les ressuscités sont semblables aux anges ! L'argumentation est en apparence étrange face à des sadducéens censés ne pas croire auxdits anges.

En tout cas pour Jésus, contrairement à ses interlocuteurs, d’une part les deux croyances ne font pas problème, et d’autre part il entend ne pas se laisser piéger par leur interrogation cocasse et donc moqueuse : ils ne croient ni aux anges ni à la résurrection, ils font de l’ironie avec leur histoire de polyandrie, sur ce sujet auquel ils ne croient pas, et Jésus les renvoie aux anges auxquels ils ne croient pas non plus ! Histoire de serpent qui se mort la queue. On pourrait se dire en tout cas que si ce n’est pas un dialogue de sourds, ça y ressemble fort. On imagine de toute façon des sadducéens désarçonnés...

*

Les ayant pris ainsi à côté de leur humour, Jésus en rajoute, reprenant à son compte l’argument dont on sait qu’il était celui des pharisiens : on le retrouve dans le Talmud. Il se résume à la certitude suivante : tout repose sur la réalité efficace de la Parole de Dieu, la force créatrice de sa Parole, qui « ne retourne pas à lui sans effet ». La Torah est reçue comme Parole de Dieu. Dieu y nomme les patriarches. Ainsi lorsqu’il nomme Abraham, Isaac et Jacob, qui plus est en les liant à sa présence, il les situe dans sa propre éternité ; sa Parole éternelle sur eux les place au-dessus de leur quotidien, elle les place d’emblée dans l’éternité de Dieu : Dieu est éternel, en les nommant, ils les a donc nommés dans l’éternité, ils sont donc eux aussi dans l’éternité.

Mais ils sont morts, me direz-vous ! Eh bien justement : si apparemment ils sont morts alors qu’en fait la Parole de Dieu en les nommant les rend éternels, il faut bien qu’ils ressuscitent ! Et étant éternels, ils sont donc vivants, comme leur Dieu, qui n’est pas le Dieu des morts. Dans la perspective pharisienne, qui ici est donc aussi celle de Jésus, l'ironie des sadducéens n’a pas grand sens : cette histoire de polyandrie tape à côté de la plaque.

Dans la perspective pharisienne, et chrétienne, notre vie éternelle est fonction de la Parole par laquelle Dieu nous nomme, du regard qu'il porte sur nous, et qui nous arrache aux méandres d'un quotidien grisâtre.

C'est pourquoi « ceux qui ont part au monde à venir... ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges ». Et ce dès aujourd'hui : car le texte de Luc, rendu souvent au futur en français, est au présent. « Les fils de la résurrection sont semblables aux anges, ne se marient pas, et ne peuvent pas mourir ». Étrange encore, pourra-t-on dire : faut-il en conclure que le célibat est la condition de la résurrection ? Voire que ceux qui s’y plient ne mourront pas ?

La réponse est sans doute chez Paul lorsqu’il dit : que ceux qui se marient soient comme s’ils ne l’étaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas — il s’agit entre autres des pleurs du deuil, de la mort. Voilà ce qui en est de la vie chrétienne. Elle situe ceux qui sont en Christ au-delà des réalités de la reproduction, à laquelle pour la plupart, ils ont pourtant part, au-delà de la douleur de la mort, au-delà des réjouissances et des biens, au-delà d’un monde qui passe (cf. 1 Co 7, 29-31). Parce que la vie de résurrection a pris place dès aujourd’hui, ils entrent dès aujourd’hui dans la vie de l’éternité.

C’est là une consolation d’autant plus considérable que nos soucis sont nombreux. Une part de nous-mêmes, la part chrétienne, finalement, est appelée à s’en détacher, ce qui ne les élimine pas, bien sûr, mais qui permet de savoir que l’on ne se confond pas avec ses soucis, ses chagrins, ses douleurs.

Notre vraie réalité est cachée en Dieu, sa promesse est toujours là, un nouveau départ est toujours possible, et dût-il ne pas arriver, notre vie devant Dieu garde toute sa valeur, cachée aux yeux du monde, mais infinie, éternelle, indestructible.

*

En cela Jésus, donne aussi une réponse à ce qui derrière leur refus de la lecture pharisienne de la Torah, pouvait troubler dans le concret les sadducéens : contre la crainte des sadducéens, la doctrine de la résurrection n'est nullement une négation de la vie de ce bas monde au profit d'un monde en venir qui n'en serait que la prolongation et le substitut, voire facilement un prétexte à ne pas vivre pleinement ici-bas.

On se trompe sans doute peu en admettant que les sadducéens pouvaient être proches du message de l'Ecclésiaste et de son appel à vivre dans la joie les jours de vanité de ce bref séjour terrestre. Et de voir dans la doctrine de la résurrection un dangereux obstacle à ce message.

C'est ce sur quoi Jésus les détrompe : les fils de la résurrection ne se marient pas (au présent). Sachant par ailleurs que Jésus n'interdit pas le mariage, on découvre que l'on est ici fort proche du message de l'Ecclésiaste, précisément, en ce qui concerne la vie en ce monde, et donc proche du message des sadducéens qui peuvent alors trouver dans la réponse de Jésus de quoi se satisfaire : d’où sans doute, le fameux propos final : « maître, tu as bien parlé » (v. 39), qui laisse les interlocuteurs de Jésus sans plus de questions. C'est l'Apôtre Paul, dans le passage de 1 Corinthiens que nous avons considéré, qui nous fournit cette lumière. Vivant dans la réalité de la résurrection où nous sommes dégagés des lourdeurs du quotidien, il s’agit de vivre ce quotidien comme y étant étrangers : « accomplis dans la certitude que cela est passager ce qui ne se fait pas dans le séjour des morts ». Car la résurrection n'est pas un retour de notre vie passagère, mais un passage dans un au-delà qui nous en dégage, dès aujourd'hui.

C'est en fonction de ce qu'elle est appelée à devenir cigale, que la lourde larve sombre doit vivre avec légèreté, avec dégagement, et donc pleinement, un quotidien qui ne se rattrape pas au futur, mais se rachète au présent de la vie éternelle.


R.P.
Poitiers, 10/11/13


dimanche 27 octobre 2013

Qui est juste devant Dieu ?




Deutéronome 10, 12 - 11, 1 ; Psaume 34 ; 2 Timothée 4, 6-18 ; Luc 18, 9-14

Luc 18, 9-14
9 Il dit encore la parabole que voici à certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres :
10 « Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre collecteur d’impôts.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : "Ô Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, malfaisants, adultères, ou encore comme ce collecteur d’impôts.
12 Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tout ce que je me procure."
13 Le collecteur d’impôts, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : "O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis."
14 Je vous le déclare : celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l’autre, car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »

*

Le pharisien de la parabole : Un homme comme on en voudrait beaucoup dans nos temples ! Il donne la dîme, dix pour cent de tout ce qu’il gagne. On imagine aisément à la fin de la parabole une Église primitive lisant cela pour la première fois qui reste un peu perplexe. Qu’est-il besoin de mettre en cause un tel homme ? On a tellement besoin de personnes comme lui !

Et non content d’être à ce point exemplaire quant à ses biens, notre homme est humble, par-dessus le marché : il jeûne régulièrement, se contraignant de la sorte à l’humilité, humilité qu’il exerce en ne se vantant pas devant les hommes de ses qualités. Il se contente de faire son bilan devant Dieu seul : sa dîme, réelle et stricte, minutieuse, il ne l’exhibe même pas.

S'il remarque tout de même sa grandeur d'âme et de vie, effectivement remarquables, exceptionnelles (comment ne pas les remarquer à un moment ou à un autre ?), c’est à Dieu, seul, dans le silence, qu’il confie son constat dans une prière de remerciement pour ce qui ressemble bien à de la perfection, qu’il attribue donc en outre à Dieu seul.

Et quant à sa prière « en lui-même », — puisque ce serait quant à sa prière que le bât blesse, où est le problème ? « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur le chemin des pécheurs, Et qui ne s'assied pas sur le banc des moqueurs, Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel, Et qui médite sa loi jour et nuit ! » — dit le Psaume 1 (v.1 & 2). Que fait-il donc d'autre, notre pharisien, que poser, intérieurement, ce constat ? Il est heureux. Sa conduite exemplaire, sa piété exemplaire en font un homme heureux, et il en rend grâce à Dieu ; il ne prétend pas ne devoir ce bonheur qu’à lui-même. Si « les autres hommes […] sont voleurs, malfaisants, adultères », c'est pour leur malheur. Lui ne s'attarde pas avec eux, et c'est à Dieu qu'il rend grâce pour cela.

Le pharisien de notre parabole est incontestablement exemplaire. Exemplaire au point qu'il serait difficile, même pour lui, de ne pas le savoir. Exemplaire au point que « priant en lui-même » il n'a même pas le travers de faire valoir, ne serait-ce qu'un peu, son exemplarité !

Avant de voir cela de plus près, une question : à qui cela s'adresse-t-il ? Qui sont ces « certains qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres » ? Les pharisiens ? Mais alors cette parabole est bien bizarre... Pourquoi donner en comparaison un pharisien aux pharisiens ? À y regarder de près, il apparaît tout d'abord que Luc vient de dire, pour introduire la parabole de la veuve et du juge impitoyable, que Jésus s'adresse à ses disciples, puis juste après : « puis il dit à certains, qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres »... « Certains » de qui, sinon de ses disciples ? Ce que confirme le portrait du pharisien que Jésus donne dans sa parabole.

Il n'est pas inhabituel que Jésus force les traits de ses personnages dans ses paraboles. Comme peu avant, le portrait du fils prodigue, dont il outre à dessein l'indignité. Ici, au contraire, il amplifie la perfection du pharisien.

Que reproche-t-il souvent, en effet, aux pharisiens ? Non pas d'être trop pieux, mais de trop le laisser paraître, les invitant à l'être devant Dieu plus que devant les hommes. Les disciples, « certains » de ses disciples, ont entendu la leçon, que sans doute, certains pharisiens (du genre de celui de la parabole) avaient prise avant qu'il ne soit besoin de la leur faire.

Qu'enseigne Jésus en effet au sujet de la prière, du jeûne et de l'aumône, les trois devoirs envers, Dieu, soi-même, et le prochain ? Les pratiquer dans la discrétion. Ne pas prier en public et à voix haute, ne pas jeûner en faisant une mine de malade pour que tout le monde le voie, ne pas faire l'aumône de façon ostensible pour susciter l'admiration générale. C'est la leçon rapportée dans le sermon sur la montagne.

Les disciples l'ont retenue. Et mise en pratique. Et voila que du coup « certains » d’entre eux se persuadent d'être plus justes que le reste des hommes, et notamment que les pharisiens.

C'est ceux-là, ces disciples-là, que Jésus vise dans cette parabole. Remarquez bien : le pharisien ne prie pas a voix haute, mais « en lui-même ». Jésus voudrait dire que son pharisien a reçu sa propre leçon sur la prière non-ostensible, qu'il ne le présenterait pas autrement. Or même si certains pharisiens avaient pris la leçon sans qu'on ne la leur donne, les disciples de Jésus, eux, ne pouvaient pas ne pas l'avoir prise.

Voila donc un personnage exemplaire : il jeûne, humble devant Dieu. Il donne la dîme de tous ses revenus ; c'est-à-dire qu'il donne la dîme scrupuleusement — il ne fait pas d’ « oubli » sur une partie de ses revenus. Autant dire que si tous sont comme lui, sa communauté n'a pas de problèmes financiers, et les pauvres reçoivent de quoi se retourner (puisque la dîme servait aussi aux caisses de l'entraide) — bref, conformément aux conseils de Jésus, il pratique l'aumône — sans ostentation, l’affirmant devant Dieu seul dans sa prière silencieuse.

Avant de voir ce que Jésus trouve à redire à cela, voyons donc ce deuxième personnage de la parabole…

*

Le publicain : c'est un personnage imbuvable. Le type même de ceux que le peuple méprise. Non seulement ils sont d'une richesse arrogante, dans un pays pauvre, mais ils ne se cachent même pas de ce que cette richesse est mal acquise ! Et c'est le moins qu'on puisse dire ! Ils l'ont acquise en volant leur propre peuple, et cela en collaborant avec l'occupant. Il y a vraiment de quoi ne pas les aimer outre mesure. Aussi, quand Jésus vient de donner une série de paraboles, celles qui précédent, critiquant sévèrement ceux qui ont des richesses, il y a de quoi se demander où il veut en venir ! Ce riche-là est pire que ceux de ses portraits précédents ; et il est face à un homme à la piété exemplaire, un pharisien, dont on sait qu'en général ils ne roulaient pas forcément sur l'or. Les pharisiens en effet recrutent en général dans le petit peuple. Des gens qui s'efforcent d'appliquer la loi, dont les aspects financiers, comme la dîme, par laquelle ils subviennent aux besoins de plus pauvres qu'eux.

Voilà, semble-t-il, une parabole qui aurait de quoi rassurer les riches corrompus, s'ils étaient les auditeurs de Jésus ! Mais ce n'est pas à eux qu'il parle ici. Celui de sa parabole est pourtant bien un corrompu. Ces personnages réputés irrachetables tellement leurs vols semblent non remboursables !

Aujourd'hui, ils feraient partie de ces personnages publics qui brillent par leur prestance jusqu'à ce qu'ils soient poursuivis pour abus de bien sociaux, détournements de fonds, corruption, etc. Simplement à l'époque c'était légal. Les Romains mettaient les populations occupées à la tache de la collecte d'impôt en leur permettant de puiser dans la caisse le supplément qu'ils exigeraient du peuple. Une sorte de racket institutionnel. On comprend pourquoi on n'aimait pas beaucoup ces riches qu'étaient les collecteurs d'impôts.

Et celui de la parabole de Jésus est aussi clairement imbuvable que son pharisien est exagérément exemplaire. Rien ne dit que le publicain remboursera — comme le fera le publicain Zachée quelques versets plus loin — ce qu'il a volé (la loi prévoit le remboursement au quadruple ou au quintuple) ; il vient simplement confesser, fût-ce sincèrement, qu'il est pécheur — et on ne répare pas tous les maux que nous avons causés (beaucoup restent hors de notre portée) — en admettant notamment ce que tout le monde ne peut que savoir : oui il a péché, entre autres en rackettant publiquement tout le monde !

*

Où Jésus veut-il en venir ? Où est-ce qu'il veut en venir lorsqu'il semble dire que la prière d'action de grâces du pharisien n'a pas satisfait Dieu, tandis que celle du collecteur d'impôts lui vaut sa justification ? Est-ce à dire qu'il vaut mieux être pécheur « grave » qu'être juste et en remercier Dieu ? C'est un peu fort de café, tout de même !

C'est précisément ce qui doit nous mettre la puce à l'oreille. Ce n'est évidemment pas la façon de prier du publicain qui le justifie, non plus que celle du pharisien ne pose problème.

Tout d'abord il est question de justification : « celui-ci (le pécheur) redescendit chez lui justifié ». Justification : une réalité qui nous place devant Dieu. La Réforme parlait ainsi de justification « forensique », « étrangère », « extérieure », de ce mot qui a donné en français « forain », c'est-à-dire, extérieur, étranger, quelqu'un qui est d'ailleurs. De même, la justification selon la Bible, expliquaient les Réformateurs, nous est étrangère, elle nous vient d'ailleurs. Nous ne sommes pas justes en nous-mêmes. Dieu nous déclare justes, par la grâce, c'est-à-dire gratuitement. Cette justice qui n'est pas nôtre, qui est celle du Christ seul, est donnée (et pas de façon fictive pour autant) à notre seule foi. Nous sommes déclarés justes, ce que nous ne sommes pas, et non pas rendus justes, ce qui serait désespérant, puisqu'il nous faudrait sans cesse mesurer notre justification à nos œuvres de justice pour savoir si nous sommes réellement justifiés. Nous sommes déclarés justes par la grâce de Dieu et nous recevons cette grâce par la seule foi.

Eh bien, le publicain de la parabole est dans la disposition adéquate pour cela. Il n'a rien à faire valoir, pas même un éventuel remboursement ultérieur, ni même, peut-être, une volonté suffisante — on ne sait pas ce qu'elle sera demain — de le faire. Tout le monde sait ce que vaut cet homme. Il n'a même pas à le cacher. D'où sa prière ostensible, avec frappements de poitrine en prime. Voilà un homme minable devant Dieu et devant les hommes. Un homme vide de toute justice. Et face à lui, un homme bien, à la piété et à la charité incontestables, un homme vraiment meilleur que la plupart des autres, et qui est effectivement fondé à les regarder de haut. Mais du coup, et c'est là son problème, et même s'il en remercie Dieu, il se fie à cette bonté que Dieu lui a donnée, à cette justice propre que Dieu a suscitée en lui. Il en est plein de cette justice propre, de cette bonté qui l'habite. Il y fonde son être. Il est devant Dieu par sa justice propre, et pas par Dieu seul.

L’autre n'a rien pour lui, ni devant les hommes, ni devant Dieu. Il est vide de tout ce qu'on peut présenter à Dieu. Il n'a de recours que la justice de Dieu et pas la sienne. Et cette justice qui n'est pas sienne, Dieu la déclare pour lui ; il est ainsi justifié, déclaré juste. Le premier n'en a pas besoin, croit-il, il est plein de sa propre justice. Vaine, puisqu'elle l'a porté au mépris des hommes que Dieu, lui, a aimés. Or, voilà que « celui qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé. »

La leçon n'est donc pas qu'il faut prier en exposant publiquement ses fautes à voix haute. La leçon n'est pas qu'il faut pécher de toutes les façons des publicains. La leçon n'est pas qu'il ne faut pas se solidariser et s'humilier en jeûnant. La leçon n'est pas qu'il ne faut pas donner la dîme. Tout cela est fort bon au contraire. La leçon est que la justice qui sauve est en Dieu seul, qu'elle nous est étrangère, qu'elle nous demeure étrangère, et qu'il s'agit certes de la poursuivre jour après jour, mais en s'en sachant vide. S'en savoir vide pour la recevoir de celui-là seul qui seul est juste : Dieu qui nous l'a donnée dans le Christ.


RP
Poitiers, 17/10/13


dimanche 20 octobre 2013

La prière : comme une veuve face à un juge sourd !




Exode 17, 8-13 ; Psaume 121 ; 2 Timothée 3, 14-4, 2

Luc 18, 1-8
1 Jésus leur dit une parabole sur la nécessité pour eux de prier constamment et de ne pas se décourager.
2 Il leur dit : "Il y avait dans une ville un juge qui n’avait ni crainte de Dieu ni respect des hommes.
3 Et il y avait dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Rends-moi justice contre mon adversaire.
4 Il s’y refusa longtemps. Et puis il se dit : Même si je ne crains pas Dieu ni ne respecte les hommes,
5 eh bien ! parce que cette veuve m’ennuie, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me casser la tête.
6 Le Seigneur ajouta : "Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Et il les fait attendre !
8 Je vous le déclare : il leur fera justice bien vite. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?"

*

« Prier », le mot français vient du latin « precarius » : 1) qu’on obtient par la prière ou par faveur ; 2) précaire, passager ; 3) d’emprunt, étranger. Notre mot « précaire » est dérivé du mot prière. La prière donne conscience de la précarité. Le priant se découvre précaire... Comme la veuve de notre parabole, qui elle prie le juge parce que sa situation est précaire.

Il n’y a pas plus précaire qu'une veuve en ce temps-là. Une veuve manque de tout, à l’époque où Jésus parle, comme aujourd’hui en bien des lieux. Et face à cela, voici un juge au comportement désagréable, sourd à la précarité, sourd à sa précarité.

On peut s'étonner de ce que Jésus ait choisi un tel exemple pour exhorter ses disciples à la prière. Ce juge peu scrupuleux n'a décidément rien d'exemplaire, il représente bien peu celui qu'il est censé représenter ici, à savoir Dieu...

Mais il serait sans doute aussi mal venu de notre part d'escamoter la parabole et de glisser rapidement sur ce qui pourrait nous y déranger en nous contentant d'admirer la persévérance de la veuve sans tenir compte de ce face à quoi elle persévère.

Et si Jésus nous invitait ici à prier Dieu contre la façon dont on se représente Dieu ? Non pas prier parce que je le dois pour être en règle avec Dieu, non pas prier pour m'attirer ses bonnes grâces ou au du devoir accompli, mais prier contre la conception de Dieu que cela suppose. Une prière qui se dresse comme un refus du mal qu’il semblerait m’envoyer, refus de la souffrance, l'injustice, la mort, ou sa menace, comme l'intercession d'Abraham pour Sodome.

*

À être bien attentifs au texte et aux propos clairs de Jésus aux versets 7 et 8 — « Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ?… Je vous le déclare : il leur fera justice bien vite. » —, on comprend qu’il est fait allusion ici à la question de la rédemption, le rachat, de son peuple exilé loin de lui — « ses élus » ! Rédemption par rapport à cette situation précaire d'exilé. La rédemption, le rachat dont Jésus est porteur est celui d'un peuple conscient de son exil. « Pas de ce monde », ce monde où il a perdu sa liberté et où il connaît la souffrance de l’oppression au quotidien.

Car si l'exil babylonien a alors cessé pour Israël, ce n'est que pour des situations ambivalentes, qui font que le peuple attend toujours sa rédemption, sa délivrance. Et à l'époque du Nouveau Testament, un Jean-Baptiste prêchant le repentir n'annonce rien d'autre, en citant Ésaïe, que la fin de l'exil.

Déjà au plan strictement politique, la liberté des élus est alors largement compromise par la domination romaine : nul ne s'y trompe. Mais en outre, et les plus fervents des fidèles ne cessent de le rappeler, cet exil est en fin de compte le signe dans l’histoire d'un exil plus fondamental : l'exil dans le malheur, la douleur, le péché et la culpabilité. Exil loin de Dieu !

Et au-delà de toutes les rédemptions, c'est de la rédemption de cette captivité-là que Jésus se veut porteur. Et c'est pour cette justice-là, pour être rachetés de cet exil, que « les élus crient à Dieu nuit et jour » (v.7). Dieu tarderait-il ?

*

Pour la veuve, figure d'Israël en exil, coupée de son Dieu, l'attitude du juge demeure incompréhensible, et en tout cas ne trouve pas d'explication dans son attitude à elle. Tout comme Job : les explications de ses amis n'expliquent rien.

Il ne nous reste qu'à nous rendre au constat de Job : « Dieu m'a saisi par la nuque et m'a brisé » (Job 16, 12), constat douloureux, incompréhensible, révoltant, face auquel il ne perçoit qu'un recours, apparemment aussi étrange : « C'est Dieu que j'implore avec larmes » (16, 20) ; recours scellé dans une certitude : « je sais que mon rédempteur est vivant, et qu'il se lèvera au dernier jour » (19, 25).

C'est encore la leçon de Paul : Dieu a soumis la Création à la vanité, et à la douleur, avec une espérance : sa libération ! (Ro 8, 20-22).

Nous voilà au cœur de la prière, qui monte à Dieu depuis notre précarité : que ton règne vienne… délivre-nous du mal, du malin.

*

Ici, on retrouve notre parabole avec tout son poids et son mystère. Une veuve, totalement dépouillée, précaire comme on ne peut plus. Il est des choses qui nous semblent bien étranges, bien injustes, dignes de révolte… Ou dignes de combat, de lutte spirituelle.

Au départ, la révolte contre le mal — révolte préférable aux tentatives d'explications de toutes sortes : Dieu donnera tort à ses amis prolixes en explications diverses, contre Job qui se révolte face au mal qui l'atteint. Mais à Job, Dieu ne reprochera que son ignorance.

Jésus dans notre parabole nous mène à la rencontre de la leçon du livre de Job. Il ne nous invite pas à disserter face à ce qui tient finalement du scandale : ce juge est désagréable. Il ressemble au Dieu qui nous semble muet et sourd à nos malheurs.

Face à ce présent lourd, accablant, il s’agit de persévérer dans la foi — l'exil aura son terme, l'errance prendra fin. Pour cela, il s’agit de plaider, pour obtenir la justice de la foi, proche de se manifester. Cette persévérance devant Dieu suppose de ne pas se décourager. Les réalités sont souvent dures ; le combat est difficile ; l’adversité est bien présente. Mais la forme la plus subtile de l’adversité est encore le découragement. Saurons-nous nous garder les cœurs levés dans la prière ?

Il s’agit bien là d’un combat, le combat de l’Église, combat peu visible — dont la source cachée est le secret de « la chambre intérieure de ton cœur » — « lorsque tu prie, entre dans le secret de ta chambre intérieur, et ferme la porte » dit Jésus.

C'est d'une lutte qu'il s'agit, dont nous sommes les combattants, apparemment contre la raison et contre le réel, contre ce que nous ressentons même, contre les images de Dieu qui sont les nôtres — telle l'image de ce juge sourd — : le fondement de ce combat est la foi, foi en la promesse, foi comme obéissance : « veillez et priez ».

Reste alors une seule question : « Mais quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

* * *

1 […] Je lève les yeux vers les montagnes. D'où me viendra le secours ?
2 Le secours me vient du SEIGNEUR, qui a fait les cieux et la terre.
3 Il ne te laissera pas vaciller sur tes jambes ; celui qui te garde ne sommeille pas.
4 Non, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël.
5 C'est le SEIGNEUR qui te garde, le SEIGNEUR est ton ombre à ton côté.
6 Le jour, le soleil ne te frappera pas, ni la lune pendant la nuit.
7 Le SEIGNEUR te gardera de tout mal, il gardera ta vie ;
8 le SEIGNEUR te gardera lorsque tu sortiras et lorsque tu rentreras, dès maintenant et pour toujours.
(Psaume 121)


R.P.,
Poitiers, 20/10/13


dimanche 13 octobre 2013

Dix lépreux guéris, plus un




Psaume 98 ; 2 Timothée 2, 8-13 ; 2 Rois 5, 14-17 ; Luc 17, 11-19

2 Rois 5, 14-17
14 […] Naamân descendit au Jourdain et s’y plongea sept fois selon la parole de l’homme de Dieu. Sa chair devint comme la chair d’un petit garçon, il fut purifié.
15 Il retourna avec toute sa suite vers l’homme de Dieu. Il entra, se tint devant lui et dit : "Maintenant, je sais qu’il n’y a pas de Dieu sur toute la terre si ce n’est en Israël. Accepte, je t’en prie un présent de la part de ton serviteur."
16 Élisée répondit : "Par la vie du SEIGNEUR que je sers, je n’accepterai rien!" Naamân le pressa d’accepter mais il refusa.
17 Naamân dit : "Puisque tu refuses, permets que l’on donne à ton serviteur la charge de terre de deux mulets, car ton serviteur n’offrira plus d’holocauste ni de sacrifice à d’autres dieux qu’au SEIGNEUR.

Luc 17, 11-19
11 Or, comme Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa à travers la Samarie et la Galilée.
12 A son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance
13 et élevèrent la voix pour lui dire : "Jésus, maître, aie pitié de nous."
14 Les voyant, Jésus leur dit : "Allez vous montrer aux prêtres." Or, pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés.
15 L’un d’entre eux, voyant qu’il était guéri, revint en rendant gloire à Dieu à pleine voix.
16 Il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce ; or c’était un Samaritain.
17 Alors Jésus dit : "Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ?
18 Il ne s’est trouvé parmi eux personne pour revenir rendre gloire à Dieu : il n’y a que cet étranger !"
19 Et il lui dit : "Relève-toi, va. Ta foi t’a sauvé."

*

Dix lépreux guéris, plus un, le général syrien Naamân. Voyons d'abord le cas de Naamân. Lépreux, Naamân est par ailleurs chef de l’armée d’un pays qui est alors dans les plus mauvais termes avec Israël : la Syrie. Mais, lépreux, en désespoir de cause, et sur la réputation de ce prophète d’Israël, il va rencontrer Élisée. Et Élisée lui demande de se baigner sept fois dans le fleuve qui coule en Israël, le Jourdain ! Mais avant qu’il n’accepte ce que lui demande Élisée et n’obtienne la guérison de sa lèpre, le général syrien Naamân a été plus que réticent ; posant pas mal de questions.

Les questions de Naamân paraissent justes à notre raison. Quoi de plus raisonnable en effet : « n'y a-t-il pas de fleuves en Syrie ? » Pourquoi le Jourdain ? On me parle d'un prophète capable de me guérir ; je me rends auprès de lui, ce qui n'est pas particulièrement simple, compte tenu des relations politiques et diplomatiques entre mon pays et le sien, et le voilà qui me demande de me plonger sept fois dans le Jourdain. Qu'ai-je besoin de me plonger — et d'ailleurs pourquoi sept fois — dans ce fleuve-là ?

*

Puis Naamân se met peut-être à réfléchir — sur les raisons de sa mauvaise humeur devant les exigences du prophète. C'est qu'au fond de lui il sait très bien ce qu'impliquent les exigences d'Élisée : la reconnaissance d'un autre Dieu que celui, ou ceux, dont il a l'habitude.

Ce que lui demande Élisée ne trompe pas. Derrière le fleuve d'un autre pays, la terre d'un autre pays, sont symbolisées d'autres réalités, un autre type de relation avec Dieu. Et Naamân a peur. Il n'a pas l'habitude. Il n'a pas l'habitude de la liberté que lui octroie le Dieu d'Israël, liberté ne serait-ce que par rapport à sa lèpre. Que lui demande en effet le Dieu d'Israël ? Rien au fond. Le serviteur d'Élisée le lui rappelle : ce que te demande le prophète est pourtant simple. S'il « t'avait demandé quelque chose de difficile, ne l'aurais-tu pas fait ? » (v.13a). Mais voilà qu'il n'a dit rien d'autre que « lave-toi et sois pur » (v.13b). Terrible parole pour Naamân. Il est désorienté. L'enjeu, Naamân l'a compris : il est clairement signifié par ce symbole : tu te lavera dans le fleuve du pays du Dieu qui ne te demande rien que de te laver et d’être purifié. Il ne te demande même pas d'être de son peuple. Il t'accepte comme tu es, Syrien, ou autre, peu importe. Il ne te demande même pas de le servir, ni de le payer, ou d'accomplir quelque tâche, ou pèlerinage — ou que sais-je, — que ce soit.

Jusque dans ce nombre apparemment arbitraire, sept fois, apparaît ce symbole, comme la succession des jours qui débouche sur le repos du Dieu d'Israël, le repos où son peuple est appelé à entrer avec lui. C'est aujourd'hui le jour du repos. Repose-toi Naamân, repose-toi de toutes les obligations qu'exigeait de toi ton ancien dieu, toutes ces tâches dont l'accomplissement minutieux ne te guérissait pas de ta lèpre.

C'est que le Dieu qui a établi son Temple sur cette terre est une toute autre espèce de Dieu. Et Naamân panique : il perd tous ses repères. Alors si c’est cela, qu'au moins on lui laisse ses fleuves pour se baigner, ne valent-ils pas mieux que ceux d'Israël ? Mais non, il n'y aura plus de ces vieux repères, pas même de repère raisonnable, pas même les fleuves de ton pays.

Cher Naamân, ta lèpre — avec ta crainte et toutes les tâches qui, crois-tu, te justifient, — se détachera de toi quand tu quitteras tes vieux repères. Et en voici le symbole, tu viendras sur la terre et dans le fleuve du Dieu de ta liberté... Et voilà que Naamân lâche tout. Il se rend au rite apparemment absurde du prophète, et, nous dit le texte, « sa chair redevint comme celle d'un jeune garçon, et il fut pur » (v.14).

*

Mais — ah, l'habitude ! — Naamân ne s'en tient pas là. C'est maintenant qu'il est sauvé qu'il faut faire quelque chose, ne serait-ce qu'un cadeau à son nouveau Dieu, par l'intermédiaire de son prophète. L'habitude de Naamân : après avoir été sauvé par l'Esprit, il veut revenir, le plus vite possible, à la chair, à ses repères, faire le plus vite possible du Dieu d'Israël un nouveau dieu à l'image des anciens. Un dieu à qui on offre ceci ou cela, un dieu pour qui on fait ceci ou cela — une idole. Et pour bien lui montrer que, précisément le vrai Dieu n'a rien à voir avec ses vieilles idoles, Élisée laissera Naamân continuer d'accompagner son maître syrien dans le temple de l'idole Rimmôn. Le vrai dieu n'a rien à craindre de Rimmôn, surtout pas la concurrence.

Naamân a acquis la liberté. Et s'il le souhaite, qu'il prenne deux sacs de terre d'Israël, dernier symbole comme le fleuve, du fait que son Dieu, le vrai Dieu, est un autre Dieu.

* * *

Comme Naamân, la tentation taraude tout un chacun de réduire le vrai Dieu à la mesure de ses points de repère. Elle sera encore celle des dix lépreux de l’Évangile.

Comme Naamân face à Élisée, ils ont eu vent de la réputation de Jésus. Leur foi est remarquable. Déjà par la demande qu'ils adressent à Jésus. Et lorsqu'il leur répond, simplement, de faire ce que prescrit la Loi pour le constat de purification des lépreux : aller voir le sacrificateur (Lv 14, 2-3), — ils ont la foi de se mettre en marche pour faire constater une purification qu'ils n'ont pas encore connue dans leur corps. Quelle foi ! Et voilà que la guérison leur advient pendant qu'ils sont en route.

Belle leçon quant à nos demandes de guérison — de nos Églises par exemple. N'attendons-nous pas que ça bouge avant de nous mettre en route ? Eh bien ! les lépreux ont reçu leur guérison alors qu'ils étaient déjà en route.

*

C'est là qu'apparaît la difficulté de notre texte. Neuf des ex-lépreux continuent de faire ce que Jésus leur a demandé : conformément à la Loi, ils poursuivent leur route pour faire constater leur guérison au sacrificateur. Rien à redire quant à eux. Mais le dixième, lui, ne poursuit pas sa route. Il revient sur ses pas, nous dit le texte. Étrange. Apparemment il ne fait pas ce que Jésus lui a demandé.

On comprend pourquoi au v.16 : « c'était un Samaritain », dit le texte. Compte tenu de la situation religieuse des Samaritains, il n’est pas enthousiaste à l’idée d’aller chez le sacrificateur du temple concurrent.

C'est ainsi que lorsqu'il se trouve guéri, en chemin, il ne demande pas son reste : il revient sur ses pas. Puisque Jésus m'a guéri sans rien me demander, il comprendra, il m'accueillera. Attitude inattendue, mais compréhensible. Désobéissance néanmoins, à la Loi et à Jésus. Quelque chose qui semblerait même contraire à ce qu’avait finalement fait Naamân.

*

Le plus étrange, alors, est la réaction de Jésus. Non seulement il ne le rabroue pas, comme on pourrait s'y attendre, mais il le félicite. Les autres ont obéi scrupuleusement à la Loi, comme le leur a demandé Jésus. Mais c'est l'étranger dont il va dire qu'il a bien agi, qu'il a donné gloire à Dieu ! Lui, dont sa foi l'a sauvé. Que comprendre ? Sa désobéissance ne ressemble-t-elle pas à celle qui a tenté Naamân ? En apparence seulement.

*

Comme pour les sept bains de Naamân, notons aussi la symbolique du nombre : 10 personnes, c'est-à-dire ce qu'il faut dans le judaïsme pour pouvoir constituer une Synagogue. Voilà donc la base d'une assemblée de croyants. Sur les dix personnes, neuf qui obéissent, scrupuleusement, dont il n'y a rien à redire. Mais voilà que du coup, précisément parce qu'on ne peut rien trouver à redire dans leur façon d'agir, elles manquent l'essentiel.

Pour ces neuf-là, tout va bien, pensent-ils, dans leur relation avec Dieu : ils font, et ce qu'ils font, fût-ce des prières, est un bon point de repère entre Dieu et eux, c'est-à-dire un bon point d'appui pour s'abstenir de vraie relation avec Dieu. Le dixième lui, ne fait pas ce qui est prescrit. On peut imaginer ce que pensent de lui les neuf autres : c'est un mauvais croyant, et d'ailleurs rien d'étonnant à cela, c'est un Samaritain.

Mais voilà, précisément du fait qu'il n'a rien fait de ce qu'il aurait dû faire, et parce qu'il n'y a rien pour lui dont il pourrait croire qu'il le ferait pour Dieu en échange de la grâce gratuite, rien à donner au Dieu qui ne veut rien, comme il ne voulait rien de Naamân le Syrien, voilà qu'il est à même d'avoir une réelle relation avec Dieu.

Il n'a plus d'autre choix que celui de la liberté devant Dieu, la liberté de rendre grâce simplement, gratuitement, à l'auteur de son salut.

C'est là ce qui explique les paroles apparemment étranges de Jésus, félicitant celui-ci plutôt que ceux qui avaient obéi à ses prescriptions. Leur obéissance, leur faire, leur tenait lieu de relation avec Dieu. Qu'est-ce qu'il pouvait leur dire de plus ?

* * *

Ce récit n'est pas indifférent. À travers la symbolique du nombre de base pour la fondation d'une Synagogue nous est bien indiqué ce qu'il signifie. C'est que la renaissance qui est en train de s'opérer se fait par quelqu’un à qui on ne s'attendait pas. Ici le Samaritain, qui s'avère être le dixième indispensable. Cela évoque, bien sûr, pour Luc, la branche non-juive de l'Église, s'emplissant bientôt outre les Samaritains, des païens...

Jusqu'à ce que l’Église devenue autonome s'endorme à son tour pour ses sommeils périodiques, qui voient tout aussi régulièrement ceux qui se font forts d’être en règle, se trouver hors de la relation avec Dieu, comme symboliquement l'étaient les lépreux, exclus des lieux saints et de la communion du peuple.

Soyons attentifs au Samaritain qui ne paie pas de mine, ne fait pas ce qu’il faut, mais qui est peut-être en train de couver une de ces relations avec Dieu qui pourrait contaminer toute l’Église. Dieu peut même projeter d’en changer radicalement le visage.

En tout cas, c’est ce type de relation qu’il demande de chacun — vraie, enracinée en deçà des rites — rite détaillé pour Naamân, rite dépouillé pour le lépreux samaritain —, qui n’ont pas pour fonction de nous permettre établir une sorte de commerce avec un Dieu qui en deviendrait bien tangible ; mais n’ont fonction que de témoignage, pour nous de la part de Dieu, et pour autrui comme parole confiée à l’Église.

C’est le point commun entre Naamân, mis en relation avec le vrai Dieu via la gestuelle déroutante accomplie à travers Élisée, comme un témoin d’une parole d’Église, et le lépreux samaritain mis en marche et bouleversé par le don gratuit de Jésus. Ce point commun : une vraie relation avec Dieu est mise en place. Dans son attitude avec le Samaritain, écho de celle d’Élisée avec Naamân, c’est cela que Jésus nous donne à méditer.


R.P.,
Poitiers, 13/10/13


dimanche 29 septembre 2013

Le riche et Lazare




Amos 6:1-7 ; Psaume 146 ; 1 Timothée 6:11-16 ; Luc 16, 19-31

Luc 16, 19-31
19 "Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins.
20 Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au porche de sa demeure.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères.
22 "Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré.
23 Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés.
24 Alors il s’écria : Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.
25 Abraham lui dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance.
26 De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.
27 "Le riche dit : Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père,
28 car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.
29 Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent.
30 L’autre reprit : Non, Abraham, mon père, mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.
31 Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.

*

La parabole de l'intendant infidèle précède ce texte, avec des versets charnières, qui apparemment n’ont rien avoir ni avec l’intendant, ni avec Lazare et le riche. Parmi ces versets, celui sur l’incompatibilité entre aimer Dieu et l'argent, qui clôt ceux qui suivent la parabole du gérant infidèle : des versets qui invitent à être généreux et digne de confiance avec ce qui compte peu, l'argent trompeur de ce temps, pour l'être a fortiori avec ce qui compte, valeur du Royaume, la grâce. Vient enfin, après le rappel de ce que ce monde est provisoire, le v. 18, qui précède immédiatement notre parabole : une parole sur l'adultère.

Voilà qui semble s’interposer dans le déroulement du texte comme un cheveu tomberait sur la soupe ! Cheveu sur la soupe, à moins que ce ne soit précisément une parole clef. La trahison qu'est l'adultère comme parallèle avec la trahison qu'est servir Dieu et l'argent à la fois (verset charnière donné un peu avant), concernant et la parabole de l’intendant infidèle, et notre texte sur Lazare et le riche.

Car c'est de cela qu'il s'agit au départ. On en trouve un parallèle dans l'Épître de Jacques (ch.4, v.4) : « Adultères ! Ne savez-vous pas que l'amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. »

Ce serait donc bien de notre question qu'il s'agirait : écoutons le contexte — Jacques écrit (v.1-5) : « D'où viennent les luttes, et d'où viennent les querelles parmi vous, sinon de vos passions, qui guerroient dans vos membres ? Vous convoitez et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, sans (rien) pouvoir obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de (tout) dépenser pour vos passions. Adultères ! Ne savez-vous pas que l'amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. Croyez-vous que l'Écriture dise en vain : Dieu aime jusqu'à la jalousie l'Esprit qu'il a fait habiter en vous ? »

Alors notre parabole devient bien un clou enfoncé : il est effectivement impossible d'aimer Dieu et les biens de ce monde, en n'en usant que pour son propre profit ; il y a effectivement un abîme infranchissable, et éternellement infranchissable. Cet abîme qu’est l’enfer dans lequel sont Lazare et les miséreux de notre monde.

*

Notons qu'à aucun moment la parabole ne cherche à culpabiliser quiconque : jamais n'est reprochée au riche son attitude vis-à-vis de Lazare, qui est simplement — bien qu'étant au pied de sa porte —, resté invisible à ses yeux.

L'autre réalité, la vraie, celle qui est de l'autre côté de l'abîme est celle que le riche ne voit pas face au présent incontournable de ce monde — empêtré dans le réseau de ronces de ses richesses — propres à étouffer la semence du Royaume selon la parabole de l'ensemencement, au point qu'il est difficile, dit aussi Jésus, à un riche d'y entrer. Le riche sans nom de notre parabole le comprend si bien — mais trop tard — qu'il demande que soit envoyé aux siens Lazare ressuscité, un Lazare transfiguré, nommé par son nom, resplendissant de la joie que Dieu lui-même lui accorde.

Rendez-vous compte de l’ironie. Il demande lui-même que soit envoyé ce Lazare qui antan invisible à ses yeux, ne pouvait même pas obtenir de visa pour passer du côté du riche sans nom. Prophétie sur les lendemains d’un monde vieillissant ?

Que Dieu ressuscite à présent ce Lazare glorieux, et l'envoie aux siens, pour que ceux-ci voient enfin le vrai visage de ce Lazare antan défiguré sous les yeux de leur indifférence ! Mais les siens qui, comme lui, ne voient pas qui est Lazare quand il se présente comme le Christ s'est présenté à nous, dans l'humilité — ne sont-ils pas irrémédiablement aveugles à la réalité éternelle du jour nouveau ? — pourront-ils reconnaître la main de Dieu, et le Lazare ressuscité ?

« Ils ont déjà Moïse et les prophètes » : que n'entendent-ils pas ? Être attentif : déjà à la Loi et aux Prophètes !... Or qu'est-ce qu'ils n'entendent pas dans la Loi et les Prophètes ?

Qu'est-ce qu'ils ne voient pas ? La même chose que leur frère, le riche de la parabole : ils ne voient pas le misérable qui de toute façon est tout proche d'eux, et en la figure duquel le Christ se cache (« ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous ne l'avez pas fait » — Mt 25).

Ce Lazare tout proche, à leur porte, pour le riche et sa famille, ou, en tout cas, pas loin ; sous le porche de la belle demeure, invisible, anonyme au sortir du repas ; et aujourd'hui carrément dans la salle à manger — sous la figure des miséreux de la planète sur l'écran de télévision — et toujours aussi invisibles et anonymes à un riche sans manque — ce qui le rend aveugle au manque de Lazare.

*

Or, il s'agit justement, non pas de se culpabiliser, mais de connaître son manque ; c'est ce qui manque au riche : connaître son manque, ouvrant sur la résurrection. C'est ce que crient la Loi et les Prophètes, c'est ce que redisait Lazare antan sans nom, qui devient alors pour le riche désormais sans nom lui-même un témoin propre à lui dire ce manque — comme aujourd’hui les miséreux de la planète. Car un pauvre comme Lazare manque de tout : et c’est ce qui le rend disponible à la nouveauté ; et l’ouvre donc à la nouveauté de la grâce qui seule donne un nom. On reçoit son nom, on ne se le donne pas soi-même. « Lazare », un nom, qui signifie « Dieu aide » justement ; « le riche », un état, sans nom.

Alors pas question de culpabiliser qui que ce soit pour des phénomènes économiques mondiaux auxquels nous ne pouvons rien ou presque (le « presque » ne doit toutefois certes pas être négligé) ; pas question donc, quoiqu’il en soit, d’entrer dans un complexe de culpabilité qui ne nourrit personne. Certes il est toujours possible d’effectuer les petits pas à notre portée propres à corriger un minimum l’horrible réalité.

Mais là aussi, il nous faut recevoir la promesse de la grâce d’un Dieu qui nous accueille comme nous sommes, des êtres de manque. À moins que nous ne manquions de manque. Simplement, il nous appartient de découvrir que les apparences sont trompeuses et qu’il y a bel et bien deux mondes, scindés par un abîme et que le côté « bonheur » n’est pas forcément celui qu’il semble…


RP,
Poitiers, 29/09/13


dimanche 22 septembre 2013

Un gérant habile




Amos 8, 4-7 ; Psaume 113 ; 1 Timothée 2, 1-8 ; Luc 16: 1-13

Luc 16, 1-13
1 Jésus dit à ses disciples :
"Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens.
2 Il le fit appeler et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.
3 Le gérant se dit alors en lui-même : Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Bêcher ? Je n'en ai pas la force. Mendier ? J'en ai honte.
4 Je sais ce que je vais faire pour qu'une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m'accueillent chez eux.
5 Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ?
6 Celui-ci répondit : Cent jarres d'huile. Le gérant lui dit : Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.
7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Celui-ci répondit : Cent sacs de blé. Le gérant lui dit : Voici ton reçu et écris quatre-vingts.
8 Et le maître fit l'éloge du gérant trompeur, parce qu'il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière.
9 "Eh bien ! moi, je vous dis : faites-vous des amis avec l'Argent trompeur pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
10 "Celui qui est digne de confiance pour une toute petite affaire est digne de confiance aussi pour une grande ; et celui qui est trompeur pour une toute petite affaire est trompeur aussi pour une grande.
11 Si donc vous n'avez pas été dignes de confiance pour l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ?
12 Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour ce qui vous est étranger, qui vous donnera ce qui est à vous ?
13 "Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent."

*

Voilà une parabole que l'on serait porté à trouver au moins immorale ! Jésus ne semble-t-il pas donner d'étranges conseils : gruger son maître une dernière fois, après l'avoir grugé au point de se faire virer ?! Et voilà que le maître félicite son mauvais gérant : « bravo, tu as été malin de dilapider mes biens une dernière fois » ! C'est à n'y rien comprendre ! Un monde de corruption, des pratiques qui semblent ne pas déranger Jésus !... Puisque c'est tout de même lui qui présente en cette parabole ce curieux conseil... Choquant ?! À moins qu'on ne passe à un autre niveau. Faisons un petit détour pour y parvenir...

*

« Qui dit-on que je suis ?... Et vous qui dites-vous que je suis ? » avait demandé Jésus à ses disciples. Chez Matthieu la réponse est sous-entendue dans la première question de Jésus — en ces termes : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? » (Matthieu 16, 13-15)

Il se présente donc lui-même comme le Fils de Homme. Le Fils de Homme est cette figure, connue des disciples, qui annonce dans des livres comme Ézéchiel ou Daniel la fin de ce monde et l’inauguration du Royaume de Dieu : il s'agit d'un être céleste, qui demeure auprès du Père, le Fils de l'Homme qui est dans les cieux — et qui vient sur la terre.

Dans sa question, Jésus vient donc de dire que c'est lui ce Fils de l'Homme, celui, donc, qui vient inaugurer et apporter le Royaume. D'où la réponse de Pierre : « qui est-tu ? Mais, Fils de l'Homme, tu es donc le Christ — le Messie ! » D'où son refus de le voir mourir.

À cette compréhension de Pierre (qui a compris à sa façon : celui qui est venu du ciel ne peut mourir !), Jésus (Matthieu 16, 20 sq.) répond aux disciples qu'il sera crucifié, avant d'ajouter qu'il leur faut aussi se préparer (v, 24-27) : « 24 Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. 25 Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. 26 Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme ? ou, que donnerait un homme en échange de son âme ? 27 Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. »

Le monde nouveau, qu'inaugure la venue du Fils de l'Homme, s'est donc approché...

*

Eh bien la parabole du « gérant habile » parle de la même chose : la fin d'un monde s’annonce. Il y a deux mondes. Un monde géré de façon injuste, cherchant son seul profit — ce qu'a fait le gérant —, et l’autre monde, celui du Règne de Dieu, géré par le service de Dieu et le soin du prochain : ce monde nouveau est en passe de remplacer le premier.

Cette parabole enseigne en fait qu'il s’agit de vivre en sachant que le monde nouveau est déjà là, à la porte, et que le monde ancien est déjà fichu ! Et dès lors, « que servirait-il à un homme de gagner le monde, s’il perdait son âme ? » « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera » ! (Matthieu 16, 26-27)

… Son âme, sa vie, est même est déjà perdue pour ce monde, nous enseigne la leçon du gérant indélicat qui va être renvoyé pour sa mauvaise gestion, et qui donc, prépare son avenir dans son nouveau monde, sous la forme imagée, ici, de son futur emploi.

***

Reprenons la parabole : l'immoralité apparente de la leçon nous a mis la puce à l'oreille : Jésus n'est pas en train de parler d'une affaire financière ou de donner des leçons de morale d'entreprise. « L'homme riche », dans les paraboles, désigne à plusieurs reprises Dieu. Les intendants, les gérants, eux, sont les gens de religion, d'Église, ceux ayant un ministère quel qu'il soit ; bref, nous tous ici, qui avons entendu son appel.

Or qu'est-ce qu'un gérant de Dieu a à gérer ? Qu'est qui lui est confié ? On le sait : sa grâce. Nous sommes gérants de la grâce. Notre gérant dilapide ce que son maître lui a confié : la parole de sa grâce. Il est curieux que Jésus, voulant parler des pharisiens, scribes, apôtres et pasteurs, ne donne d'image que celle d'un gérant qui dilapide les biens de son maître, qui plonge dans la caisse, s'y sert abondamment, et contracte envers son maître des dettes que comme le gérant, il ne pourra jamais payer, ignorant sans doute, d’ailleurs, que ce sont des dettes, pensant même que c'est normal de se servir ainsi ! C’est la grâce, quoi !

Et c'est la tentation qui nous guette tous, tentation de se faire à soi-même grâce, en se justifiant soi-même de tous ses actes, y trouvant toutes les bonnes excuses ; tentation de s'administrer toutes les indulgences possibles, plongeant pour son profit personnel dans les trésors de la miséricorde divine, de sa bonté, de sa grâce. À cette première tentation se conjoint une autre, celle d'oublier qu'on n'est que son gérant et de penser qu'on est propriétaire des trésors de la grâce de Dieu. Les autres, pour qui on est gérants, restent ses débiteurs. Et voilà notre gérant, indulgent pour soi-même, pas pour les autres !

« Le maître fit venir son gérant et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends compte de ta gestion, car tu ne pourras plus désormais administrer mes biens. » C'est que plus on s'auto-justifie, plus on trouve les autres injustes ; plus on se trouve digne de la grâce, plus on considère les autres comme indignes... Et moins on leur accorde la grâce.

Menacé de renvoi, le gérant de la parabole va alors faire preuve de l’ingéniosité et de la prudence que nous avons lues, en commettant ce qui est apparemment une nouvelle injustice ! En fait, il se convertit au vrai sens de la grâce. Et c’est ce que Jésus donnera en exemple : faites-vous des amis de cette manière injuste aux yeux des hommes, qui consiste à baisser leurs dettes, mais qui est la justice généreuse. Le jugement appartient à Dieu, et à lui seul. Et qu’on vous jugera à la mesure dont vous aurez jugé. Faites-vous, par votre miséricorde à l’égard des fautes d’autrui, autant de compagnons de la grâce.

Et une fois encore, donc, le gérant de la parabole va dilapider les biens de son maître — cette fois non plus à son profit, mais au profit des autres. S'il puise encore dans les trésors de son maître — et donc dans le trésor de la grâce —, ce n'est plus pour lui seul, mais d'abord pour les autres débiteurs. Dans la sévérité de la mise en garde : « tu va être renvoyé », cet homme vient de découvrir qu'il était gérant de son maître pour les autres. Alors, pour la première fois de sa vie, le gérant prend soin des autres, il prend même un soin particulier — remarquons-le — des plus gros débiteurs, de ceux qui ont envers Dieu les dettes les plus grandes. Cet homme a découvert que, quoique étant intendant, gérant, administrateur de Dieu, il restait du côté des hommes. Et le maître loua le gérant injuste de ce qu'il avait agi prudemment, se ménageant un avenir dans le Royaume du Fils de L'homme, qui s'est approché. Le Fils de l'Homme est ici, à la porte, demandant : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? » « Et vous qui dites-vous que je suis ? »


RP,
Poitiers, culte de rentrée, 22/09/13