
Deutéronome 30, 15-20 ; Psaume 119, 1-32 ; 1 Co 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37
Matthieu 5, 17-37
« N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » — ce qui ne veut pas dire « mettre un terme à », mais, littéralement « observer pleinement » : mettre en pratique vraiment, pleinement, du fond du cœur.
Ce propos de Jésus doit être reçu comme une clef d’interprétation de son comportement, de son rapport aux commandements — « qui violera l’un de ces plus petits commandements et qui enseignera aux gens à faire de même sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ».
Observer vraiment et pleinement, au cœur de l’intime. L’exigence de Jésus est radicale. Les scribes et les pharisiens étaient d’une rigueur morale exemplaire. Et Jésus souligne pour ses disciples que c’est encore insuffisant. C’est à une visée de perfection qu’il ouvre (cf. v. 48), ce qui nous réduit tous à une profonde humilité : nous ne sommes évidemment pas plus à la hauteur que ces exemples de fidélité que sont les scribes et les pharisiens. Nous n’avons de recours, comme eux, que la grâce, ce qui ne rend pas l’exigence de Jésus facultative !
Car si Jésus s’annonce comme celui par qui vient le Règne de Dieu dans l’observance de la Loi jusqu’en son cœur, il ne saurait en abolir le principe, sans lequel il n’y a pas de Règne de Dieu. « Que ton Règne vienne », i.e. « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Ta volonté, à savoir l’observance de tes préceptes — moraux concernant les bénéficiaires de l’Alliance élargie. Sans cette observance, pas de Règne de Dieu, ou « des cieux », selon la façon que l’on a alors, et que Jésus ne remet pas en question, d’employer des figures de style pour ne pas prononcer le Nom qui est au-dessus de tout nom — pour ne pas, selon les termes de la Torah, prononcer ce Nom en vain.
Laissez donc au-dessus de toute représentation le Nom qui est au dessus de tout nom, ne l’utilisant pas vainement, rappelle Jésus, même pas pour jurer — jurer ni par son Nom, ni même par le ciel, ce mot qu’on emploie pour désigner celui qui est au-dessus de tout nom — citant Ésaïe 66, 1, « Ainsi parle l’Éternel : Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. » Il n’est donc même pas question de jurer non plus par la terre, son marchepied, ni encore par Jérusalem, ville de son Envoyé royal. Plutôt que jurer, c’est-à-dire d’instrumentaliser le nom de Dieu, soyez seulement vrais et sincères, « oui » ou « non ».
En tout cela, c’est bien de la question de notre libération dans l’instauration du Royaume qu’il s’agit, et de la réception de la Loi comme Évangile. Y a-t-il libération plus entière que dans une prise au sérieux radicale de la Loi ? Jésus a parlé de la convoitise concernant l’adultère — pouvant aller, dit-il, jusqu’à briser ce que Dieu a uni. Et qu'on n’aille pas dire : “je n’ai jamais fait cela, j’ai toujours été monogame”. Ici, Jésus conduit à nouveau au cœur, le désir, la convoitise. Or qu’est-ce que la convoitise sinon un esclavage perpétuel ? Et qu’en est-il du désir de meurtre, ou de vengeance, ou du besoin permanent de se justifier et de contourner la vérité d’une parole droite ? Ni abolition ni antithèse dans le « moi je vous dis ». Jésus nous ramène au cœur véritable de la libération. Écouter, et entendre la Parole de Dieu, donnée dans la Torah.
La Torah a pour visée son observance, sincère, c’est-à-dire depuis le fond du cœur, et non pas pour juger autrui. Elle ne saurait s’imposer de l’extérieur. Et surtout pas par un pouvoir politique. La fin de ce pouvoir a été scellée par les deux destructions du Temple : en 586 av. J.-C. prend fin la dynastie royale légitime. En 70 ap. J.-C. prendra fin la dynastie sacerdotale et son pouvoir, devenu de facto politique.
« Si le spirituel est investi par le politique, il est perdu », dit le meilleur connaisseur de l’islam au XXe s. qu’est Henry Corbin (Entretiens avec Philippe Nemo). Il dit cela en 1978 à propos de la Révolution islamique qui se prépare en Iran. Et il en pleure. 40 ans après, sa mise en garde est, hélas, vérifiée. Dans le massacre des Innocents de ces derniers jours en Iran, celui de ces enfants assassinés, torturés par les fanatiques qui dirigent leur pays en ayant prétendu instaurer politiquement la loi (en l’occurrence islamique). Ils se sont révélés comme des hypocrites se prétendant spirituels, assassinant en masse les enfants d’Iran, filles et garçons persécutés par des bourreaux qui se font passer pour témoins de la loi religieuse, loi qu’ils ruinent, en assassinant avec leurs enfants, la liberté.
« Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage », première des dix paroles. Le propos de Jésus aujourd’hui est que l’Évangile est toujours un ordre qui libère, un ordre qui ne libère que si on le met en pratique. Sa parole, celle de la Torah, ne libère que si on la prend au sérieux, si on y obéit, si on la prend radicalement au sérieux. Elle est un ordre qui met en marche… Si on ne se laisse pas envahir par la colère et la rumination du meurtre, si on se s’abandonne pas à la convoitise de ce qui ne nous est pas donné, à la haine, ou à de toujours fausses imageries sur Dieu (comme aujourd’hui l’idole unique des mollahs).
Cette loi ne sera pas abolie, c’est toujours la même, même si certains aspects comme mœurs de la cité ou rites et cérémonies, que Jésus, fils d'Israël, observait, peuvent varier d’un peuple à un autre ; ou d’un temps à un autre : ainsi après la destruction du Temple, les aspects du rite qui y sont liés deviennent inapplicables. Ils seront réorganisés de façons diverses. C’est l’origine de la séparation de deux rites, le rite talmudique et le rite chrétien. Mais la Loi, elle, en son cœur, n’est nullement abolie. Elle est la fin de l’esclavage, la norme de la liberté : la Loi est ainsi l’Évangile de notre libération.
Mais allons plus loin : là où il s’avère qu’accomplir la Loi ne l’abolit pas ! Contrairement à la tentation commune qui revient à considérer que Jésus ayant accompli, i.e. observé pleinement la Loi, jusqu’en son cœur, il n’y aurait plus depuis à l’observer ! — introduisant de la sorte subrepticement l’idée d’abolition de fait sous le terme d’accomplissement.
Certes, on l’a dit, certains aspects, comme les rites et cérémonies, varient selon les lieux, les époques et les circonstances. Ainsi, on ne pratique pas aujourd’hui de sacrifices d’animaux dans le Temple de Jérusalem — de toute façon détruit. A fortiori, laisse là ton offrande pour vivre ce qu’elle signifie en termes de réconciliation avec autrui (l’enseignement juif sur Yom Kippour ne dit pas autre chose : concernant le pardon de l’offense au prochain, on ne peut pas le court-circuiter en espérant le pardon de Dieu ! Non, il faut d’abord passer par l’obtention du pardon du prochain). Cela quel que soit le cérémonial qui varie dans l’histoire : le cœur vaut pour tout précepte en son aspect cérémoniel — lié à des temps, des lieux, des traditions.
Tout comme dans le christianisme ou les traditions qui en sont issues, les façons chrétiennes de comprendre et de célébrer la sainte Cène ou comprendre et d’administrer le baptême sont variables.
Variable aussi l’organisation de la vie de la cité, selon les temps et les lieux. Par exemple, les régimes politiques et les formes de gouvernements varient selon les époques et les pays. Autre exemple, les sanctions de justice : quelle sanction pour telle faute, mettons aujourd’hui les abus sexuels ? Sanctionnés dans l’Antiquité d’une façon qui n’est pas la nôtre, il n’est pas question pour autant d’en abandonner interdiction et sanction.
Autant d’aspects, cérémonies, organisation de la justice et de la cité toujours à l’ordre du jour, mais variables dans leur application selon les lieux et les temps.
Mais l’aspect moral, comme norme idéale, comme visée de perfection que Jésus rappelle avec force dans ce texte, n’est pas sujet aux variations culturelles. L’aspect moral peut être considéré comme se déployant en vertus. Accomplir la Loi, comme Jésus le fait, n’est donc pas l’abolir par la petite porte. Accomplir, c’est tout simplement observer, observer pleinement, jusqu’au cœur ; à la lettre, jusqu’en la plus petite lettre : la Loi demeure tant que dure le monde, étant en son cœur la bonne nouvelle, l’Évangile de notre libération — selon la première parole du Décalogue : « Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage », de tout esclavage, jusqu’à l’esclavage du péché et de la mort ! Choisi donc la vie, nous enjoint le texte du Deutéronome proposé aussi aujourd’hui.
Deutéronome 30, 15-20
Matthieu 5, 17-37
17 Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.
18 En effet, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre n’auront pas disparu, pas une seule lettre ni un seul trait de lettre ne disparaîtra de la loi avant que tout ne soit arrivé.
19 Donc qui violera l’un de ces plus petits commandements et qui enseignera aux hommes à faire de même sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais qui les mettra en pratique et les enseignera aux autres, sera appelé grand dans le royaume des cieux.
20 En effet, je vous le dis, si votre justice ne dépasse pas celle des [meilleurs, à savoir] scribes et pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.
21 Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : “Tu ne commettras pas de meurtre ; qui commet un meurtre mérite de passer en jugement.”
22 Et moi je vous dis : qui se met en colère contre son frère mérite de passer en jugement ; qui le traite de telle ou telle façon insultante mérite de passer par le tribunal, et d’être puni par l’abîme de feu.
23 Si donc tu apportes ton offrande à l’autel du Temple et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.
25 Mets-toi rapidement d’accord avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu’il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l’officier de justice et que tu ne sois mis en prison.
26 Je te le dis en vérité, tu n’en sortiras pas avant d’avoir remboursé jusqu’au dernier centime.
27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
28 Et moi je vous dis : Tout homme qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.
29 Si ton œil droit te pousse à mal agir, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux pour toi subir la perte d’un seul de tes membres que de voir ton corps entier jeté dans l’abîme.
30 Et si ta main droite te pousse à mal agir, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi subir la perte d’un seul de tes membres que de voir ton corps entier jeté dans l’abîme.
31 « Il a été dit : Que celui qui renvoie sa femme lui donne une lettre de divorce.
32 Et moi, je vous dis : Celui qui renvoie sa femme — sauf si elle est déjà adultère — la pousse à l’adultère ; et donc si quelqu’un l’épouse, il se trouve lui aussi adultère.
33 « Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne violeras pas ton serment, mais tu accompliras ce que tu as promis au Seigneur.
34 Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu,
35 ni par la terre, parce que c’est son marchepied, ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi.
36 Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux pas rendre blanc ou noir un seul cheveu.
37 Que votre parole soit “oui” pour oui, “non” pour non ; ce qu’on y ajoute vient du mal.
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« N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » — ce qui ne veut pas dire « mettre un terme à », mais, littéralement « observer pleinement » : mettre en pratique vraiment, pleinement, du fond du cœur.
Ce propos de Jésus doit être reçu comme une clef d’interprétation de son comportement, de son rapport aux commandements — « qui violera l’un de ces plus petits commandements et qui enseignera aux gens à faire de même sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ».
Observer vraiment et pleinement, au cœur de l’intime. L’exigence de Jésus est radicale. Les scribes et les pharisiens étaient d’une rigueur morale exemplaire. Et Jésus souligne pour ses disciples que c’est encore insuffisant. C’est à une visée de perfection qu’il ouvre (cf. v. 48), ce qui nous réduit tous à une profonde humilité : nous ne sommes évidemment pas plus à la hauteur que ces exemples de fidélité que sont les scribes et les pharisiens. Nous n’avons de recours, comme eux, que la grâce, ce qui ne rend pas l’exigence de Jésus facultative !
Car si Jésus s’annonce comme celui par qui vient le Règne de Dieu dans l’observance de la Loi jusqu’en son cœur, il ne saurait en abolir le principe, sans lequel il n’y a pas de Règne de Dieu. « Que ton Règne vienne », i.e. « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Ta volonté, à savoir l’observance de tes préceptes — moraux concernant les bénéficiaires de l’Alliance élargie. Sans cette observance, pas de Règne de Dieu, ou « des cieux », selon la façon que l’on a alors, et que Jésus ne remet pas en question, d’employer des figures de style pour ne pas prononcer le Nom qui est au-dessus de tout nom — pour ne pas, selon les termes de la Torah, prononcer ce Nom en vain.
Laissez donc au-dessus de toute représentation le Nom qui est au dessus de tout nom, ne l’utilisant pas vainement, rappelle Jésus, même pas pour jurer — jurer ni par son Nom, ni même par le ciel, ce mot qu’on emploie pour désigner celui qui est au-dessus de tout nom — citant Ésaïe 66, 1, « Ainsi parle l’Éternel : Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. » Il n’est donc même pas question de jurer non plus par la terre, son marchepied, ni encore par Jérusalem, ville de son Envoyé royal. Plutôt que jurer, c’est-à-dire d’instrumentaliser le nom de Dieu, soyez seulement vrais et sincères, « oui » ou « non ».
En tout cela, c’est bien de la question de notre libération dans l’instauration du Royaume qu’il s’agit, et de la réception de la Loi comme Évangile. Y a-t-il libération plus entière que dans une prise au sérieux radicale de la Loi ? Jésus a parlé de la convoitise concernant l’adultère — pouvant aller, dit-il, jusqu’à briser ce que Dieu a uni. Et qu'on n’aille pas dire : “je n’ai jamais fait cela, j’ai toujours été monogame”. Ici, Jésus conduit à nouveau au cœur, le désir, la convoitise. Or qu’est-ce que la convoitise sinon un esclavage perpétuel ? Et qu’en est-il du désir de meurtre, ou de vengeance, ou du besoin permanent de se justifier et de contourner la vérité d’une parole droite ? Ni abolition ni antithèse dans le « moi je vous dis ». Jésus nous ramène au cœur véritable de la libération. Écouter, et entendre la Parole de Dieu, donnée dans la Torah.
La Torah a pour visée son observance, sincère, c’est-à-dire depuis le fond du cœur, et non pas pour juger autrui. Elle ne saurait s’imposer de l’extérieur. Et surtout pas par un pouvoir politique. La fin de ce pouvoir a été scellée par les deux destructions du Temple : en 586 av. J.-C. prend fin la dynastie royale légitime. En 70 ap. J.-C. prendra fin la dynastie sacerdotale et son pouvoir, devenu de facto politique.
« Si le spirituel est investi par le politique, il est perdu », dit le meilleur connaisseur de l’islam au XXe s. qu’est Henry Corbin (Entretiens avec Philippe Nemo). Il dit cela en 1978 à propos de la Révolution islamique qui se prépare en Iran. Et il en pleure. 40 ans après, sa mise en garde est, hélas, vérifiée. Dans le massacre des Innocents de ces derniers jours en Iran, celui de ces enfants assassinés, torturés par les fanatiques qui dirigent leur pays en ayant prétendu instaurer politiquement la loi (en l’occurrence islamique). Ils se sont révélés comme des hypocrites se prétendant spirituels, assassinant en masse les enfants d’Iran, filles et garçons persécutés par des bourreaux qui se font passer pour témoins de la loi religieuse, loi qu’ils ruinent, en assassinant avec leurs enfants, la liberté.
« Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage », première des dix paroles. Le propos de Jésus aujourd’hui est que l’Évangile est toujours un ordre qui libère, un ordre qui ne libère que si on le met en pratique. Sa parole, celle de la Torah, ne libère que si on la prend au sérieux, si on y obéit, si on la prend radicalement au sérieux. Elle est un ordre qui met en marche… Si on ne se laisse pas envahir par la colère et la rumination du meurtre, si on se s’abandonne pas à la convoitise de ce qui ne nous est pas donné, à la haine, ou à de toujours fausses imageries sur Dieu (comme aujourd’hui l’idole unique des mollahs).
Cette loi ne sera pas abolie, c’est toujours la même, même si certains aspects comme mœurs de la cité ou rites et cérémonies, que Jésus, fils d'Israël, observait, peuvent varier d’un peuple à un autre ; ou d’un temps à un autre : ainsi après la destruction du Temple, les aspects du rite qui y sont liés deviennent inapplicables. Ils seront réorganisés de façons diverses. C’est l’origine de la séparation de deux rites, le rite talmudique et le rite chrétien. Mais la Loi, elle, en son cœur, n’est nullement abolie. Elle est la fin de l’esclavage, la norme de la liberté : la Loi est ainsi l’Évangile de notre libération.
Mais allons plus loin : là où il s’avère qu’accomplir la Loi ne l’abolit pas ! Contrairement à la tentation commune qui revient à considérer que Jésus ayant accompli, i.e. observé pleinement la Loi, jusqu’en son cœur, il n’y aurait plus depuis à l’observer ! — introduisant de la sorte subrepticement l’idée d’abolition de fait sous le terme d’accomplissement.
Certes, on l’a dit, certains aspects, comme les rites et cérémonies, varient selon les lieux, les époques et les circonstances. Ainsi, on ne pratique pas aujourd’hui de sacrifices d’animaux dans le Temple de Jérusalem — de toute façon détruit. A fortiori, laisse là ton offrande pour vivre ce qu’elle signifie en termes de réconciliation avec autrui (l’enseignement juif sur Yom Kippour ne dit pas autre chose : concernant le pardon de l’offense au prochain, on ne peut pas le court-circuiter en espérant le pardon de Dieu ! Non, il faut d’abord passer par l’obtention du pardon du prochain). Cela quel que soit le cérémonial qui varie dans l’histoire : le cœur vaut pour tout précepte en son aspect cérémoniel — lié à des temps, des lieux, des traditions.
Tout comme dans le christianisme ou les traditions qui en sont issues, les façons chrétiennes de comprendre et de célébrer la sainte Cène ou comprendre et d’administrer le baptême sont variables.
Variable aussi l’organisation de la vie de la cité, selon les temps et les lieux. Par exemple, les régimes politiques et les formes de gouvernements varient selon les époques et les pays. Autre exemple, les sanctions de justice : quelle sanction pour telle faute, mettons aujourd’hui les abus sexuels ? Sanctionnés dans l’Antiquité d’une façon qui n’est pas la nôtre, il n’est pas question pour autant d’en abandonner interdiction et sanction.
Autant d’aspects, cérémonies, organisation de la justice et de la cité toujours à l’ordre du jour, mais variables dans leur application selon les lieux et les temps.
Mais l’aspect moral, comme norme idéale, comme visée de perfection que Jésus rappelle avec force dans ce texte, n’est pas sujet aux variations culturelles. L’aspect moral peut être considéré comme se déployant en vertus. Accomplir la Loi, comme Jésus le fait, n’est donc pas l’abolir par la petite porte. Accomplir, c’est tout simplement observer, observer pleinement, jusqu’au cœur ; à la lettre, jusqu’en la plus petite lettre : la Loi demeure tant que dure le monde, étant en son cœur la bonne nouvelle, l’Évangile de notre libération — selon la première parole du Décalogue : « Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage », de tout esclavage, jusqu’à l’esclavage du péché et de la mort ! Choisi donc la vie, nous enjoint le texte du Deutéronome proposé aussi aujourd’hui.
Deutéronome 30, 15-20
15 Vois, j’ai placé aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur.
16 Ce que je t’ordonne aujourd’hui, c'est d’aimer le Seigneur, ton Dieu, de suivre ses voies et d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses règles, afin que tu vives et que tu fructifies, et que le Seigneur, ton Dieu, te bénisse […].
17 Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes pas et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant des idoles et à les servir,
18 je vous le dis aujourd’hui, vous disparaîtrez […].
19 J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et les tiens,
20 en aimant le Seigneur, ton Dieu, en l’écoutant et en t’attachant à lui : c’est lui qui est ta vie, la longueur de tes jours […].
RP, Châtellerault, 15/02/26
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