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dimanche 17 mai 2026

"Avant que le monde fût"




Actes 1, 12-14 ; Psaume 27 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1-11

Jean 17, 1-11
1 Après avoir parlé [aux disciples], Jésus leva les yeux au ciel et dit : "Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie
2 et que, selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
3 Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
4 Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire.
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût.
6 "J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés et ils ont observé ta parole.
7 Ils savent maintenant que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
8 que les paroles que je leur ai données sont celles que tu m’as données. Ils les ont reçues, ils ont véritablement connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
9 Je prie pour eux ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi,
10 et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et j’ai été glorifié en eux.
11 Désormais je ne suis plus dans le monde ; eux restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous sommes un.

*

« Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût. » Cela nous concerne directement. Au livre de l’Apocalypse (ch. 13, v. 8), il est question d’inscription « dans le livre de vie de l’Agneau immolé dès la fondation du monde. », ou, selon une autre traduction possible, d’inscription « dès la fondation du monde, dans le livre de vie de l’Agneau immolé ». Les deux affirmations ne sont pas contradictoires — inscription dans le livre de vie dès la fondation du monde (Apoc 17, 8), agneau prédestiné dès la fondation du monde (1 Pierre 1, 19-20). Lorsque Jésus parle de cette gloire qu’il avait auprès de Dieu « avant que le monde fût », il parle de la croix qui vient, il parle de son immolation, comme celle d’un un agneau, immolation éternelle — et cela nous concerne, en termes de prédestination, dont le seul signe est la foi.

*

La croix qui vient, la glorification éternelle de Jésus qui s’y révèle, relève de l’éternité.

Une illustration de cela, via la science contemporaine, en regard de la théorie de la relativité :
« Selon les modèles cosmologiques actuels, le Big Bang a créé l’ensemble de l’espace et du temps. Il n’existe aucun processus capable d’en créer davantage. Il est donc impossible que demain n’existe pas encore, puisque nous venons de dire qu’on ne peut créer plus de temps […] : le passé, le présent et le futur dans leur intégralité doivent exister quelque part. Notre conviction bien ancrée que seul le présent est réel est fausse. L’Univers contient déjà tout ce qui s’est jamais passé tout ce qui se passera jamais. Quelque part, vous êtes en train de naître, et ailleurs, vous êtes en train de mourir. […]
Cette théorie est connue sous le nom d’Univers-bloc […]. »

(Colin Stuart, Le temps [2021], éd. Quanto 2025, p. 105-106)

La croix relève de l’éternité, le salut qui s’y fonde relève de l’éternité, prédestiné dès la fondation du monde et assuré pour la seule foi, fondé à la crucifixion, immolation éternelle de l’agneau. On est à ce jour éternel-là dans notre texte. C’est le sens de l’affirmation que donnera Paul aux Romains (8, 28) : « Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu », amour de Dieu (Deut 6, 5), à savoir, plus qu’acceptation, amour de ce qui advient, fût-ce la croix, qui advient aujourd’hui pour le Christ, croix où advient dès la fondation du monde sa gloire éternelle.

*

« Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie » : dans cette glorification du Christ annoncée par l’Évangile de Jean, le départ du Christ qui est sa mort, sa crucifixion, se superpose à son Ascension. Si la mort de leur maître sera pour les disciples d’abord son absence, comme le sera l’Ascension, Jésus leur en parle en termes de glorification. Apparaissent deux plans : au premier plan la croix et la mort, à l’arrière plan, comme par transparence, l’Ascension dans la gloire — dans la gloire de la crucifixion, qui est la sienne dès la fondation du monde. Pas d’opposition entre la croix qui l’enlève aux disciples et la gloire !

Dans l’Ascension comme dans la crucifixion, le Christ est « enlevé » (Actes 1, 2). « Vous ne me verrez plus », disait Jésus de sa mort, puis « encore un peu de temps et vous me verrez », disait-il de sa résurrection (Jean 16, 16). « Vous ne me verrez plus » : « une nuée le déroba à leurs yeux » (Actes 1, 9) ; « puis vous me verrez encore » : bientôt la venue en gloire.

L’Ascension, comme la mort, est tout d’abord la marque d’une absence — il ne faut pas imaginer cette élévation comme un déplacement physique vers le haut qui conduirait le Christ à une droite de Dieu « géographique » : Dieu est dans un au-delà infini : une élévation comme déplacement physique durerait indéfiniment ! Et d’autre part, Dieu est universellement présent : la droite de Dieu est partout ! Et de plus le Christ ressuscité emplit lui-même corporellement toutes choses. L’Ascension est un départ, déjà signifié par le départ concret de la croix.

Dans le départ du Christ, c’est une réalité essentielle de la vie de Dieu avec le monde qui est exprimée : son retrait, son absence, qui équivaut à un retrait dans la gloire, dans « une lumière inaccessible » (1 Ti 6, 16). Car si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même corporellement présent, il est aussi à présent, comme le Père, absent, caché.

Cette « absence » a plusieurs sens. Elle est aussi signe de son règne, de ce que, a fortiori absent, l’on n’a point de mainmise sur lui. Le culte biblique exprime cela par le voile du Tabernacle, et celui du Temple, derrière lequel ne vient, et qu’une fois l’an, que seul le grand prêtre.

Ce lieu très saint a son équivalent céleste, comme nous le rappelle l’Épître aux Hébreux (8, 5) lisant l’Exode (25, 40). Moïse devait établir le Tabernacle terrestre sur le modèle du Tabernacle céleste qui lui était présenté et dans lequel, selon l’Épître aux Hébreux, officie le Christ. « Au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair » (Hé 10, 20), c’est dans ce lieu très saint céleste qu’il est entré par son départ, départ avéré à sa mort, et, après ce premier retour qu’est sa résurrection, signifié à nouveau dans l’Ascension. Le Christ entre dans son règne et, voilé dans une nuée, se retire dans cette gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde fût (v. 5).

*

Mais derrière l’expression de son règne, une autre signification transparaît en ce que nous sommes mystérieusement appelés à suivre le Christ dans le Tabernacle céleste éternel. Nous aussi nous devons croître à son image, et entrer dans l’unité du Père et du Fils (Jean 17, 11).

C’est en ce sens que le départ de Jésus est en relation précise avec la venue de l’Esprit saint : « si je ne m’en vais pas, disait Jésus avant sa crucifixion, l’Esprit Saint ne viendra pas » (Jean 16, 7). C’est que le don de l’Esprit est présence de l’Absent, présence dans l’absence, par l’absence, et partage de sa vie : ce que nous avons lu de la gloire du Christ donnée à la croix nous concerne bien aussi.

Jésus présent, Jésus dans ce monde, est celui qu’on voulait fixer sur un trône palpable, lors des Rameaux, il est celui qu’on croyait fixer, par la crucifixion ; ou celui dont on voudrait se faire un Dieu commode, saisissable, visible, en somme. Or Jésus manifeste le Dieu insaisissable, invisible, celui qui nous échappe, qui « habite une lumière inaccessible », échappant à nos velléités de nous en fixer la forme, d’en faire une idole ! Et dès qu’il échappe aux hommes, ils lui en veulent. C’est là l’Esprit du monde.

L’Esprit saint est celui qui nous communique cette impalpable, imperceptible présence de l’Absent, nous place dans l’intimité de l’insaisissable. C’est pourquoi sa venue est liée au départ de Jésus… qui fait écho au retrait de Dieu dans son repos à la fin du récit de la création : Dieu créant le monde s’est retiré pour laisser la place au monde, pour que le monde puisse advenir. Et on lit dans la Genèse que Dieu est entré dans son repos. Dieu s’est retiré pour que nous puissions être, comme le Christ s’en va pour que vienne l’Esprit qui nous fasse advenir, devenir nous-mêmes en Dieu. Il n’y a pas d’autre gloire. Avec un risque terrible : Dieu retiré du monde y laisse de la place aussi au risque du mal. Face à quoi, le premier commandement (Dt 6, 5), aimer Dieu, donné en ce qui advient, se traduit dans le second (Lv 19, 18), qui lui est semblable : vouloir pour le prochain ce que l’on voudrait pour soi, seule façon de réduire le mal.

Le mal dont Jésus subira les assauts : le départ du Christ, avant l’Ascension, est d’abord sa crucifixion, sa glorification. Parti, mais dès lors, nous laissant la place, il nous permet de devenir par l’Esprit saint ce à quoi Dieu nous appelle, ce pourquoi il nous a créés.

*

Cela nous enseigne en parallèle ce qu’il nous appartient de faire en ces temps d’absence : devenir ce à quoi nous sommes appelés, en marche vers le Royaume. C’est en quelque sorte l’étape ultime de la création qui se met en place. Le jour s’approche de son entrée dans le repos de Dieu. En se retirant, ultime humilité à l’image de Dieu, le Christ, Dieu créant le monde, nous laisse la place pour qu’en nous retirant à notre tour de nous-mêmes, nous devenions, par l’Esprit, par son souffle mystérieux, ce que nous sommes de façon cachée. Il n’y a pas d’autre gloire.

Devenir ce que nous sommes en Dieu qui s’est retiré pour que nous puissions être, suppose que nous nous retirions à notre tour de tout ce que nous avons pris l’habitude de croire de nous-mêmes, suppose que nous nous retirions de l’image qu’a forgée de nous notre histoire, à travers nos parents, nos maîtres, nos amis ou ennemis ; que nous nous retirions de la volonté de leur plaire, de les séduire ; que nous nous retirions aussi de notre volonté de nous différencier d’eux. L’Esprit de Dieu est celui qui insuffle en nous la liberté qui rend possible de ne plus rechercher ce que nos habitudes nous ont rendu désirable, de ne plus aimer ni haïr en réaction.

Le Christ lui-même s’est retiré pour nous laisser notre place, pour que l’Esprit vienne nous animer, cela à l’image de Dieu se retirant dans son repos pour laisser le monde être. À combien plus forte raison, devons-nous voir se retirer tous nos modèles et nos anti-modèles, tous nos désirs de plaire, ou nos volontés de nous démarquer.

C’est là seulement que se complète notre création à l’image de Dieu. C’est là seulement qu’est notre entrée avec le Christ dans le Tabernacle éternel où nous sommes consacrés à officier dans le repos de Dieu. Il n’y a pas d’autre gloire. « Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût ». Hors cela il n’est que stérile agitation et poursuite de la vanité.

Que ce jour d’entre l’Ascension, départ du Christ donné à la croix, et Pentecôte soit pour nous vraie occasion d’une prière de retrait en Dieu — de sorte que l’Esprit de Dieu lui-même soit le souffle qui nous fasse accéder à la liberté de « devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).


RP, Châtellerault, 17.05.26
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dimanche 22 mars 2026

“Cette maladie n’est pas pour la mort”




Ézéchiel 37.12-14 ; Psaume 130 ; Romains 8.8-11 ; Jean 11.1-45

Jean 11, 1-29
1 Il y avait un homme malade ; c’était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe.
2 Il s’agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d’une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; c’était son frère Lazare qui était malade.
3 Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : “Seigneur, ton ami est malade.”
4 Dès qu’il l’apprit, Jésus dit : “Cette maladie n’est pas pour la mort, elle est pour la gloire de Dieu : c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié.”
5 […] Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare.
6 Cependant, alors qu’il savait Lazare malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. […]
17 À son arrivée, Jésus trouva Lazare [mort]. […]
21 Marthe dit à Jésus : “Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
22 Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera.”
23 Jésus lui dit : “Ton frère ressuscitera.”
24 — “Je sais, répondit-elle, qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour.”
25 Jésus lui dit : “Je suis la résurrection et la vie : qui croit en moi vivra, quand bien même il serait mort ;
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas pour toujours. Crois-tu cela ?”
27 — “Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.”
28 Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : “Le Maître est là et il t’appelle.”
29 A ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui.

*

« Cette maladie n’est pas pour la mort », a affirmé Jésus ; et pourtant, Lazare meurt. Jésus arrive après son enterrement. Jésus s’est-il trompé ? C’est ce qu’ont pu penser certains de ses disciples et de ceux qui l’accompagnent.

« La maladie à la mort ». Cette expression tirée ce texte de Jean 11, est devenue le titre d’un livre, plus connu sous un autre titre : « le traité du désespoir », de l’écrivain danois Søren Kierkegaard. Il l’explique dans ce livre : la maladie à la mort, la maladie pour la mort, la maladie qui mène à la mort est le désespoir.

C’est contre cela, contre la désespérance, même face à la mort, que Jésus vient de dire : cette maladie n’est pas maladie à la mort, cette maladie n’est pas pour la mort. Lui est celui qui a vaincu la dernière puissance du désespoir, la mort. Et lui est toujours présent, même dans l’absence, dans le sentiment de l'absence, cette autre porte du désespoir. On va passer au-delà du désespoir, dans une espérance qui est au-delà même de toutes nos espérances (Romains 4, 18).

Et tandis que Lazare agonise, Jésus reste deux jours de plus là où il se trouvait, comme pour un vendredi et un samedi saint, pour arriver à Béthanie comme pour un dimanche de Pâques. Jésus sait, suggère le texte (v. 6 : il reste encore deux jours de plus avant de partir depuis le bord du Jourdain - Jn 10, 40 -, soit près de 60 kms), il sait que Lazare est déjà mort, au moment où les envoyés de Marthe de Marie le trouvent : on peut lire plus loin que Lazare est mort depuis quatre jours…

Les circonstances, les hasards du temps et de l’espace font qu’il y a parfois des trop tard, même pour Jésus. Mais pour lui, source de toute vie, de toute espérance de tout renouveau toujours possible, même les « trop tard » ne sont plus « maladie à la mort ».

Jésus arrive donc quand Lazare est déjà mort et mis au tombeau, depuis quatre jours. « Il sent déjà », dira Marthe ! Mais même cela n’est pas « maladie à la mort », pour celui qui a vaincu la mort et toute désespérance. C’est ce que les sœurs de Lazare ne savent pas encore quand Jésus arrive à Béthanie ; alors que pointent des reproches ! — qui portent sur le temps, marqué par l’absence, par l’absence de Jésus depuis ces quatre longs jours, et même avant : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort », a dit Marthe…

La présence de Dieu est plus puissante que la mort. Mais ce temps, notre temps, est marqué par son absence : « le maître s'est absenté » (Matthieu 24, 14 sq.). Notre histoire est alors la poursuite de l’absent, l’espérance de sa présence.

Marthe ne le sait pas encore, mais à travers ses reproches — « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » —, c’est une vraie prière, au Dieu qui a vaincu même mort et désespoir, qu’elle a conçue sans le savoir. Elle croit sans doute parler du temps quand elle dit : « maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera », mais la folie d’un tel propos parle en réalité d’un Dieu qui peut tout, même contre les évidences de la raison la plus froide, ces évidences que tout refuse quand on a mal, jusqu’à l’évidence de la mort.

Et Jésus répond à présent à la prière de Marthe, cette prière dont elle ne sait même pas ce qu’elle est — dont elle ne sait pas la portée. Jésus répond en se dévoilant : « Moi, Je suis la résurrection et la vie : qui croit en moi vivra quand bien même il serait mort ». Et là on sait, on sait pourquoi cette maladie n’est pas pour la mort, pourquoi cette maladie, dont Lazare est mort, n’est pas la porte du désespoir : il y a ici, parmi nous, celui qui a vaincu jusqu’au dernier désespoir, celui qui vient de prononcer ces mots plus puissants que tout.

Dès lors, pour quiconque entend ces paroles, pour Lazare et tous ceux qui se sont endormis, pour tous ceux qui errent aux portes du désespoir ; dès lors pour tous, par Jésus, vivant, pour tous en sa présence, en la présence du Fils de Dieu, le désespoir est vaincu dans la défaite de la mort. Cela vaut pour tous, pour ceux qui se sont endormis comme pour ceux qui restent. Cela vaut aussi pour Marthe qui, sans vraiment le comprendre, a demandé cela à Jésus, cela vaut pour Marthe, sa sœur Marie, et nous tous.

Pouvons-nous entendre cette parole ? « Je suis la résurrection et la vie : qui croit en moi vivra, quand bien même il serait mort ; et qui vit et croit en moi ne mourra pas pour toujours. » Et Marthe croit ; par sa foi en lui, elle entre aujourd’hui toujours dans sa présence, présence de celui qui est la résurrection et la vie. Même le passage par la destruction du corps n’enlève rien à cela : Jésus est la résurrection et la vie. Ce pourquoi il a pu dire : « cette maladie n’est pas pour la mort » ! « Crois-tu cela ? » lui a-t-il demandé — « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ».

À ce moment, Marthe sait : elle, et Lazare, sont passés de la mort à la vie par la foi en Jésus. « Là-dessus, poursuit le texte, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : “Le Maître est là et il t’appelle” ». Que chacun de nous l’entende aujourd’hui, cette parole : « Le Maître est là et il t’appelle ».

*

Marie marque alors le pas nouveau : « À ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui » (v. 29). Puis elle profère à son tour la parole de sa sœur, mais d’une toute autre façon : « elle tomba à ses pieds et lui dit : “Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.” » (v. 32). Une attitude qui dit qu’on est déjà au-delà du simple reproche, qu’on est déjà dans l’espérance que tout est possible à celui vers lequel Marie s’est tournée. Aujourd'hui Jésus s'est fait présence vivifiante contre tous les désespoirs.

La mort qui a atteint Lazare et devant laquelle Jésus pleure — le plus court verset des Écritures (v. 35) : « Jésus pleura » — Lazare est vraiment mort —, Jésus va montrer qu’elle non plus, la mort, l’affreuse mort, n’est pas maladie à la mort.

Le texte poursuit — Jean 11, 38 sq. :
38 Alors, à nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s’en fut au tombeau ; c’était une grotte dont une pierre recouvrait l’entrée.
39 Jésus dit alors : “Enlevez cette pierre.” Marthe, la sœur du défunt, lui dit : “Seigneur, il doit déjà sentir… Il y a en effet quatre jours…”
40 Mais Jésus lui répondit : “Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?”
41 On ôta donc la pierre. Alors, Jésus leva les yeux et dit : “Père, je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé.
42 Certes, je savais bien que tu m’exauces toujours, mais j’ai parlé à cause de cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.”
43 Ayant ainsi parlé, il cria d’une voix forte : “Lazare, sors !”
44 Et celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit aux gens : “Déliez-le et laissez-le aller !”

Jésus vient de poser le signe inouï qui annonce pour nous tous ce en quoi sa résurrection au dimanche de Pâques donne tout son sens à notre foi : « vous êtes ressuscités avec le Christ. […] Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », dira Paul (Colossiens 3, 1 & 4). « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous » (Romains 8, 11).

Et voici à présent, pour Marthe et Marie et pour nous tous, le signe inouï : la résurrection de Lazare. Leur prière a porté son fruit, elles qui ont porté Lazare. Signe de ce que décidément, en effet, comme le disait Jésus, « cette maladie n’est pas pour la mort » — car la maladie à la mort est le désespoir ? Jésus vient de fonder l’espérance, d’ancrer la foi qui renverse tout désespoir au-delà même de la mort.

L’Évangile de la résurrection apparaît là comme étant de l’ordre du commandement accompli : « Lazare, sors ! » Tel est l’ordre, le commandement donné par Jésus, dans l’écoute et l’accomplissement duquel la libération du dimanche de Pâques devient une réalité effective dans nos vies dès aujourd’hui. « Sors de ta tombe, sors de ce qui te lie ! » ; et, dernier signe que rien ni personne ne saurait y faire obstacle — Jésus s’adresse à ceux qui sont présents : « Déliez-le, et laissez le aller ».

Lazare a entendu et a obéi : il est sorti de la mort. Comme Abraham obéissait au fameux commandement de sa liberté : « va ! », « Va vers où je t’indique », « va pour toi ». Et Abraham est allé.

L’Évangile de la résurrection et de la liberté libère vraiment, il fait vraiment entrer dès aujourd’hui dans la vie nouvelle celui, celle, qui entend la voix du Ressuscité et obéi à son ordre, son commandement : « sors de ta tombe, de ce qui te lie ! » Ta maladie n'est pas à la mort. Parole pour chacun de nous. Lève-toi à présent, « relève toi d’entre les morts, et Christ t'éclairera » (Éphésiens 5, 14-24).


RP, Châtellerault, 22/03/26
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dimanche 15 mars 2026

"Que les œuvres de Dieu se manifestent en lui !"




1 Samuel 16, 1-13 ; Psaume 23 ; Éphésiens 5, 8-14 ; Jean 9, 1-41

Jean 9
1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.
2 Ses disciples lui posèrent cette question : “Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ?”
3 Jésus répondit : “Ni lui, ni ses parents. Mais pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui !
4 Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ;
5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.”
6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l’appliqua sur les yeux de l’aveugle ;
7 et il lui dit : “Va te laver au bassin de Siloé” — ce qui signifie Envoyé. L’aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
[…]
35 Jésus […] lui dit : “Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ?”
36 Et lui de répondre : “Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?”
37 Jésus lui dit : “Eh bien ! Tu l’as vu, c’est celui qui te parle.”
38 L’homme dit : “Je crois, Seigneur” et il se prosterna devant lui.
39 Et Jésus dit alors : “C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles.”

*

Les disciples voulaient savoir si c’est parce que lui a péché ou parce que ses parents ont péché que l’homme — qui au fond nous représente tous — est né aveugle. Ce serait lui qui aurait péché ? Avant de naître ?… Puisqu’il est aveugle ! Nous disions que selon une légende juive, un ange, à notre naissance, nous ferme du doigt la bouche pour que nous oubliions tout ce que nous savions. Le petit sillon qu'on a sous le nez est la marque du doigt de l’ange. Alors, l’homme — qui nous représente tous —, aurait-il péché avant de naître ?… Comment savoir après le passage du doigt de l’ange !? Alors ses parents ? La réponse de Jésus sera : là n’est pas la question.

Pas de raisons qui puissent expliquer l’infirmité, la maladie, la souffrance, bref, toutes les formes de l’inconvénient d’être né. La souffrance de l’aveugle est incompréhensible. Il n’y a pas à chercher d'explication morale, par le péché collectif (ses parents) ou personnel (lui-même). Il n’est pas de raisons non plus qui expliqueraient sa guérison : l’accomplissement en cet homme des œuvres de Dieu (v. 3) n’explique pas plus le pourquoi de la grâce que sa souffrance ne trouve d’explication dans une faute — ou autre chose de ce genre. L’aveugle-né le sait bien : il est au bénéfice d’une guérison qui ne peut que lui arracher un « pourquoi moi ? » Il se contentera de constater « j’étais aveugle, maintenant je vois » (v. 25).

*

Dès l’abord, Jésus soulignait sa cécité par la « méthode » choisie pour guérir l’aveugle : il commence par lui couvrir les yeux de boue. Pour le moins peu clair !

S’il avait voulu insister sur l’aveuglement, il ne s’y serait pas pris autrement : les yeux pleins de boue… Mais en même temps, le geste rappelle la Genèse, l’homme fait de la terre. Car c’est un acte de création que va opérer Jésus en créant la vue de l'aveugle, en commençant par lui recouvrir les yeux de boue.

*

Puis il l’envoie se laver, au bassin de Siloé, c’est-à-dire de l’Envoyé (il faut comprendre au mikvé de Siloé — équivalent, dans le judaïsme, de ce qu’on appellerait « baptistère »).

Le texte a tenu à donner le nom du bassin rituel, Siloé, et à le traduire : Envoyé. Double signification du terme Envoyé/Siloé : concernant Jésus, et, avec l’homme, nous… « Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ». Il nous faut travailler aux œuvres de Dieu. Reprise de : « pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! » Dans l’Évangile de Jean, il s’agit par œuvres non pas tant de miracles (ils sont appelés signes dans l’Évangile de Jean) que de l’observance de l’enseignement biblique, avec sa valeur pour la réparation du monde : tikun ‘olam en hébreu — dans le judaïsme observer le moindre précepte de la Torah c’est commencer à réparer le monde, ce monde abîmé : tikun ‘olam, réparation du monde. C’est là la volonté de Dieu, ses œuvres — c’est là ce qui est appelé à se manifester dans l’homme aveugle.

Quelques citations de ce même Évangile : « Les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir, ces œuvres mêmes que je fais, témoignent de moi que c’est le Père qui m’a envoyé » (Jn 5, 36). Ou : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi » (Jn 10, 25). Ou encore : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, quand même vous ne me croyez point, croyez à ces œuvres, afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et que je suis dans le Père. » (Jn 10, 37-38)

Jésus a observé pleinement ce que son Père prescrit, pleine observance requise de nous aussi, qui nous voulons ses disciples : « qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais », et même, précise Jésus, — pour la réparation du monde — « il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père » (Jn 14, 12). Pour la réparation du monde, et en toute humilité (la pleine observance de Jésus n’est pas nôtre !), pas comme de vains coups d'éclat.

Ainsi, « tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ». L’Envoyé est d’abord Jésus… « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Mais en lui, sont envoyés aussi celles et ceux qui le suivent : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14). Pour cela, dit-il à l’aveugle, va te laver au mikvé de l’Envoyé.

En d’autres termes, en celui qui est l’Envoyé, Jésus, nous sommes aussi envoyés, comme lui, pour accomplir, certes à notre humble mesure, ce que prescrit celui qui a envoyé Jésus, qui nous envoie à notre tour : « comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », dira le Ressuscité à ses disciples (Jn 20, 21).

*

La question « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » renvoie à deux approches communes dans le judaïsme d’alors : l’idée est que, envoyés en ce monde, nous provenons du monde divin — « en Adam », l’humain primordial, ou « avec Adam ». En Adam : est-ce ses parents qui ont péché ? Avec Adam, est-ce l’aveugle lui-même — avant de naître ?

Autrement dit, d’une façon ou d’une autre nous sommes, dans nos vies temporelles et blessées, comme en exil, en exil loin de Dieu, appelés à revenir : « nous venons de lui — et il nous appelle à lui ». Revenir à lui comme par une nouvelle création — « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création » (2 Co 5, 17) —, création comme reprise de celle de Genèse, avec la poussière du sol, cette glaise façonnée par la parole divine.

La salive divine de la bouche de celui qui parle la parole créatrice devenue chair en lui (cf. Jn 1, 14) fait à nouveau cette glaise avec laquelle il crée à nouveau — aujourd’hui l’organe de la lumière, la vue —, cela passant par le lavement au bassin de Siloé, l’Envoyé, pour devenir dans le souffle de l’Esprit. Le Ressuscité soufflera sur ses disciples : « recevez l’Esprit saint » (Jn 20, 22), comme à la première création. Nous voilà ainsi à notre tour envoyés avec l’aveugle — pour découvrir que notre exil en ce monde est appelé à être mission pour ce monde : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions » (Ep 2, 10)‭.

Jésus vient en ce monde d’auprès du Père qui l’envoie pour accomplir une œuvre faite d’obéissance à son commandement, obéissance jusqu’à la mort, la mort de la croix. Nous devenons en lui des envoyés à notre tour pour accomplir à notre tour, même à notre faible mesure, ce que prescrit le Père, ses œuvres, tant qu’il fait jour — dans le temps bref qui nous est imparti. Ce qui peut être accompli quand il fait jour ne peut plus l’être lorsque la nuit de ce monde rend aveugles les yeux de notre esprit…

*

Bienheureux celles et ceux dont la relation avec Dieu est d’être guidés en aveugles par sa seule promesse, partant en aveugles vers sa « lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir » (1 Ti 6, 16). Bienheureux celles et ceux dont la promesse de Dieu a couvert les yeux de la boue de la création nouvelle, les plaçant sur le chemin de Siloé, le chemin de l’Envoyé de lumière, lumière du monde.

C’est là le jugement que porte Jésus dans le monde : que ceux qui voient deviennent aveugles, afin de voir, car il n’est pas de lumière suffisante dans nos sagesses, par lesquelles nous prétendons voir, fût-ce notre sagesse religieuse : Dieu ne les a-t-il pas frappées de folie (1 Co 1, 20) ?

Tel est le jugement : « que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Alors apparaît le sens de notre présence en ce monde qui est aussi fait de douleurs incompréhensibles, comme d’être aveugle-né : nous sommes envoyés à notre tour, par l’Envoyé de lumière, lumière du monde (Jn 9, 5), pour que, tant que dure le jour, quelque chose de lui soit manifesté en nous, lumière du monde à notre tour (Mt 5, 14). Notre exil dans un monde de souffrance et de nuit devient mission, envoi. « pour que les œuvres de Dieu soient manifestées […]. Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé, dit Jésus : la nuit vient où personne ne peut travailler. »


RP, Châtellerault, 15/03/26
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dimanche 4 mai 2025

"Que t’importe ? Toi, suis-moi"




Actes 5, 27-41 ; Psaume 30 ; Apoc 5, 11-14 ; Jean 21, 1-19

Jean 21, 1-22
1 Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta.
2 Simon-Pierre, Thomas qu'on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble.
3 Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous allons avec toi. » Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien.
4 C'était déjà le matin ; Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
5 Il leur dit : « Enfants, n'avez-vous pas un peu de poisson ? » — « Non », lui répondirent-ils.
6 Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu'ils ne pouvaient plus le ramener.
7 Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer.
8 Les autres disciples revinrent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n'étaient pas bien loin de la rive, à deux cents coudées environ.
9 Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain.
10 Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre. »
11 Simon-Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient cent cinquante-trois gros poissons, et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas.
12 Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui poser la question : « Qui es-tu ? » : ils savaient bien que c'était le Seigneur.
13 Alors Jésus vient ; il prend le pain et le leur donne ; il fit de même avec le poisson.
14 Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu'il s'était relevé d'entre les morts.
15 Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. »
16 Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. »
17 Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas. »
19 Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu ; et après cette parole, il lui dit : « Suis-moi. »
20 Pierre, s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit : Seigneur, qui est celui qui te livre ?
21 En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et à celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ?
22 Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.

*

Nous sommes avec ce texte dans le temps de la résurrection. Quelque chose de définitif a eu lieu. Les versets 20 à 22 le soulignent en mettant en avant “le disciple que Jésus aimait”. Ce “disciple bien-aimé” a fait couler beaucoup d’encre dans le monde des commentateurs. Souvent on y a vu Jean, réputé rédacteur de cet Évangile, dont les mots ont été donnés par le disciple bien-aimé (v. 24). Parfois, le titre est donné comme invitant chacun de nous à s’y reconnaître, puisque ce disciple n’est pas nommé… Et puis, on y a vu Lazare ; avec de bons arguments : c’est bien Lazare, le ressuscité, qui est le seul personnage nommé à recevoir cette qualification (en Jean 11, 3). Dans ce chap. 21 qui nous fait entrer définitivement dans le monde de la résurrection, voilà qui aurait du sens, surtout si on considère le dialogue autour de ce personnage, dont le bruit courait qu’il ne mourrait pas, ce que Jésus, sans le confirmer, ne nie pas ! Le texte renvoie simplement au fait que là n’est pas le problème : “que t’importe ? Toi, suis-moi” a juste dit Jésus à Pierre : c’est cela qui nous concerne tous. Pour l'anecdote, c’est cet appel du Ressuscité qui a fondé mon entrée en théologie : “toi, suis-moi”.

Face au Ressuscité, qui se présente en cette matinée aux disciples pêchant en vain dans le lac, rayonne cette vérité : notre vrai être n’est pas dans la dépouille de nos êtres temporels, et surtout pas dans la vanité de nos égos, mais notre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.

Renoncer à nous-mêmes, telle est l'implication, renoncer à nos forces propres — « qui s’attache à sa vie dans ce monde la perdra, mais qui s’en détache la garde pour la vie éternelle » (Jean 12, 25).

Les forces de Pierre avaient défailli trois fois…

À présent, Pierre, face à Jésus ressuscité lui demandant pour la troisième fois s'il l'aime, est attristé. Quelle est cette tristesse ? Puisque la triple question de Jésus révèle en Pierre celle de la vérité de son amour, un amour fondé cette fois sur celui de Jésus…

Trois fois.

« ‭Seigneur, lui [avait] dit Pierre [auparavant], pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi.‭ En vérité, en vérité, je te le dis, le ‭coq‭ ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois », lui avait répondu Jésus (Jean 13, 37-38).

Puis, plus tard (Jean 18, 15-27) : « ‭Simon Pierre (*), avec un autre disciple, suivait Jésus. […] L’autre disciple, qui était connu du Grand Pontife, sortit, parla à la femme qui gardait la porte et fit entrer Pierre. La servante qui gardait la porte lui dit : Toi aussi, n’es-tu pas des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point.‭ ‭Les serviteurs et les huissiers, qui étaient là, avaient allumé un brasier, car il faisait froid, et ils se chauffaient. Pierre se tenait avec eux, et se chauffait.‭ […] ‭Simon Pierre était là, et se chauffait. On lui dit : Toi aussi, n’es-tu pas de ses disciples ? Il le nia, et dit : Je n’en suis point.‭ ‭Un des serviteurs du Grand Pontife, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, dit : Ne t’ai-je pas vu avec lui dans le jardin ?‭ ‭Pierre le nia de nouveau. Et aussitôt le coq chanta.‭ »

Écho à cela, trois fois, le Ressuscité demande à Pierre s’il l’aime. On sait qu'en grec dans notre texte, il y a deux mots différents pour dire aimer. Deux fois Jésus emploie le mot agapè, qui signifie chérir. Et Pierre ne répond jamais avec ce mot-là. Il en emploie un autre, phileo qui n'est pas moins fort, mais qui souligne la relation, très forte en l'occurrence. Oui, tu sais que l'amour nous lie — telle est la réponse de Pierre, la bonne réponse, qui marque le lien par lequel Pierre s’appuie sur Jésus, sur l'amour de Jésus. C’est ce que Jésus ressuscité veut lui faire dire pour le relever — trois fois : lui posant une troisième fois la question, Jésus emploie cette fois le mot de Pierre, phileo. Sommes-nous en relation d'amitié, d'amour réciproque ? Et Pierre acquiesce une troisième fois.

Mais Pierre est triste : il n'avait pas eu la force de le suivre à la croix, il ne pourra plus compter sur lui-même, mais sur un autre, qui le mènera où il n’aurait pas voulu aller, qui le ceindra tandis qu’il étendra les bras…

Mais Jésus a rejoint Pierre en le rejoignant dans ses mots, il a rejoint la crainte et la tristesse de Pierre, en lui disant qu’en effet, il ne pourra que compter sur un autre, lui, Jésus, pour accomplir ce qu’il lui demande : suis-moi, et pais mes brebis. Alors Pierre est prêt.

*

La tristesse de Pierre porte une connotation très forte : il sait que c'est le don de la vie de son maître, offert à la mort pour l'entrée dans la vie de résurrection qui crée en lui ce que Jésus lui demande : pais mes brebis.

Pierre entrevoit alors sans doute tout le sens de cette tâche de berger en se souvenant de ce que Jésus disait de lui-même, bon berger qui donne sa vie pour ses brebis, dont la tâche, qu'il confie à présent à ses disciples, est finalement de conduire les brebis dès à présent dans les pâturages auxquels on accède en passant de la mort à la vie.

Jésus y a accédé alors que Pierre ne pouvait pas le suivre — et il le disait par trois fois, par trois reniements, tel est l'écho qui est dans sa tristesse —, et où il le suivra bientôt, et dès à présent, alors qu' « un autre le ceindra », Jésus lui-même, qui l'appelle à nouveau par trois fois. « Prends soin de mes brebis » insistait le Seigneur.

*

Un autre te mènera désormais où tu n’aurais pas voulu aller. Pierre jeune fait ce qu'il veut, va où il veut. Ce matin-là encore il se ceint lui-même, pour aller à la rencontre de Jésus (v. 7). Pour Pierre d’abord c'est source de tristesse : renoncer. Mais le Père l'a accueilli, et lui apprendra, au prix de sa tristesse, la joie de la confiance, à être ceint par un autre.

Un jour, et c'est déjà ce jour, il ne fera plus ce qu'il voudra, il n'ira plus où il voudra. Un jour, et c'est dès à présent, il obéira au-delà de toute crainte.

Un autre le ceindra, et le conduira finalement à la suite de son maître, fût-ce à la croix où il n'avait pas pu suivre son maître. Bien plus douloureux que l'engagement et le service que Jésus lui demande aujourd'hui, et qui le conduira peut-être là. Mais ce jour-là, Pierre aura appris cette confiance / obéissance qui vaut mieux que le mot d'agapè qu'il n'a pas eu l’inconscience de prononcer.

Alors, le sens de ce qui vient de se passer lors de la pêche miraculeuse se dévoile : celui que les disciples n'avaient pas encore reconnu comme le Seigneur, un inconnu pour eux, leur a demandé du poisson (v. 5).

Et ils n'ont alors rien, ils n'ont pris aucun poisson.

Mais lui leur a lui-même préparé à manger ! « Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain. » Ils n’ont pas encore ramené leur pêche à terre lorsque « Jésus leur dit : “Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre” » (v. 9-10).

Lorsque ce même inconnu pour eux (ils ne l’ont pas encore reconnu) leur a dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez » — le Sud, côté de la lumière, du soleil à son zénith quand au devant alors est non pas comme pour nous le Nord, mais l'Est (on en a gardé le mot orientation) —, « jetez le filet du côté droit », donc, ils l’ont fait : « ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu'ils ne pouvaient plus le ramener », dit le texte, donnant ensuite un nombre de poissons, 153, où depuis les pères de l'Église, on voit un symbole de la plénitude des peuples.

C’est alors que leur filet s'est rempli à sa parole qu’ils le reconnaissent (v. 7) : le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Pierre est appelé à reconnaître le Seigneur ressuscité, et nous le sommes avec lui, le reconnaître en ceux vers qui il est envoyé ; le Seigneur dont les apparitions cesseront : va, donc, et pais mes brebis. À nouveau les disciples sont prêts à sortir et à monter dans la barque de celui qui les mènera aux extrémités de la Terre.

(* Simon, "fils de Jonas" — Jonas le prophète qui avait fui — devient Pierre, le disciple établi sur le roc de la foi en son Maître, Jésus, le Resssuscité — cf. Jn 1, 42 ; Mt 16, 17).


R.P. Châtellerault, 4 mai 2025
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dimanche 18 août 2024

Le pain du ciel




Proverbes 9, 1-6 ; Ps 34, 16-23 ; Ép 5, 15-20 ; Jean 6, 51-58

Jean 6, 51-58
41 Dès lors, les Judéens se mirent à murmurer à son sujet parce qu’il avait dit : "Je suis le pain qui descend du ciel."
42 Et ils ajoutaient : "N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère ? Comment peut-il déclarer maintenant : Je suis descendu du ciel ?"
43 Jésus reprit la parole et leur dit : "Cessez de murmurer entre vous !
44 Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi je le ressusciterai au dernier jour.
45 Dans les Prophètes il est écrit : Tous seront instruits par Dieu. Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi.
46 C’est que nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui, il a vu le Père.
47 En vérité, en vérité, je vous le dis, qui croit a la vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts.
50 Tel est le pain qui descend du ciel, qui en mangera ne mourra pas.
51 "Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie."
52 Sur quoi, [ils] se mirent à discuter violemment entre eux : "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" 53 Jésus leur dit alors : "En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas en vous la vie.
54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson.
56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 Et comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.
58 Tel est le pain qui est descendu du ciel : il est bien différent de celui que vos pères ont mangé ; ils sont morts, eux, mais celui qui mangera du pain que voici vivra pour l’éternité."

*

“Les Judéens se mirent à murmurer à son sujet parce qu’il avait dit : ‘Je suis le pain qui descend du ciel.’” Judéens plutôt que juifs : choix de traduction le plus simple : l'Évangéliste lui-même est juif, comme Jésus est juif. La religion chrétienne, elle, n'existe pas encore. Le terme juif désigne alors tous les tenants de la religion commune, qu’ils suivent Jésus ou pas. Ici, la plupart le suivent, jusqu'à ce que, dira le texte (v. 66), “plusieurs de ses disciples se retirent”. Ceux qui sont choqués aujourd’hui font partie de ses disciples.

Dans cette scène qui suit la multiplication des pains, on est en Galilée, dans la synagogue de Capernaüm (v. 59), composée comme toujours de plusieurs courants, dont ceux de la mouvance judéenne, c’est-à-dire plus instruits que la plupart dans l’enseignement normatif, qui vient de Judée. C’est cet enseignement judéen, i.e. de qualité, qui leur fait obstacle pour recevoir les mots de Jésus.

“Je suis le pain vivant descendu du ciel” (v. 41, v. 51, etc.), vient-il de dire, parlant de lui comme porteur de la Vie d’éternité, la Vie de résurrection — “qui vient à moi, je le ressusciterai au dernier jour” (v. 44). En ce “fils de Joseph” (v. 42), le porteur de la Résurrection, de la Vie d'éternité, précède de toute l'éternité l’histoire dans laquelle il vient à nous. Comme au dimanche de Pâques, comme à la montagne de la transfiguration, aujourd’hui c'est l'éternité du Fils qui se manifeste dans sa chair dès lors révélée comme ce qu’elle est depuis toujours : la nourriture du monde, la vie du monde, la substance dont dépend chaque parcelle de la création, — notre vraie nourriture : “si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde” (v. 51). C’est ce qu’ont perçu déjà les anciens prophètes, dit le v. 45 : on pense par ex. à Michée proclamant que son “origine remonte aux jours d’éternité” (Mi 5, 1), une éternité déployée à présent dans l’histoire !

Le mystère est grand : Jésus, dans sa chair bientôt crucifiée, nous fait accéder à une éternité qui précède le temps de toute son infinité. Cette chair crucifiée se révèlera alors chair céleste, pain éternel descendu du ciel, dont le monde reçoit la vie !

C’est ici le point culminant du propos de Jésus dans son dialogue qui suit la multiplication des pains — posant cette question : nourrissons-nous notre vrai désir ? — le connaissons-nous, même : — le désir de Dieu ?

C’est la question que nous pose ce texte… En termes apparemment outranciers, qui ce faisant rendent la question incontournable.

Les gens avaient faim. De pain, apparemment. Jésus leur a donné du pain. Et ils ont à nouveau faim. Et lorsque Jésus veut les entraîner à la question de la vraie nourriture, ils ont bien compris, pensent-ils. Ils ont suivi leur catéchisme… Ah oui, le pain du ciel, quoi ! On connaît : c’est l’histoire de manne et de Moïse dans le désert. Car pour le judaïsme, il est traditionnel que la manne désigne la nourriture de la Parole de Dieu.

Accord apparent entre Jésus et eux, jusqu’à ce que les choses se gâtent. Provocation ? Jésus ne lésine pas : apparemment, il se donne même tort, mettant, pour qui veut s’imaginer qu’il invite au cannibalisme, jusqu’au Lévitique contre lui (17, 10) : tu ne mangeras pas le sang. Tout pour être scandalisé : “cette parole est dure, qui peut l’écouter ?” (v. 60) répondront ses interlocuteurs — à moins que l’on ne se rende à la foi.

*

Voilà donc les auditeurs de Jésus entre le pain abondant de la veille, dont ils veulent bien remplir à nouveau leur ventre et le pain spirituel qui les renvoie via leur enseignement catéchétique au passé religieux, au temps du désert, au temps glorieux de la religion des ancêtres.

Mais… si c’était aujourd’hui qu’ils avaient faim ? Une faim qu’ils ignorent, une faim qu’ils n’ont pas conçue. Et qui pourtant tenaille. Telle est la question de ce texte, la question qu’il nous pose aujourd’hui à nous aussi.

Et comme nous aussi, nous aimerions bien n’avoir plus le souci du pain du lendemain ; plus le souci financier du lendemain — de même, nous aussi nous savons qu’il y a une vraie nourriture spirituelle qui fonde le peuple de Dieu. L'enseignement biblique : “Dans les Prophètes il est écrit : Tous seront instruits par Dieu” (v. 45).

*

Oui, tout cela, on est au courant, ont-ils dit. “Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel.” Certes, répond Jésus : “Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts” (v. 49).

Mais le désert, c’était antan… Un passé glorieux !… Mais qu’est ce que les yeux qui ne sont pas ceux de la foi ont vu d’autre que du passé ? Notre Dieu produit-il autre chose que du passé ? Hier, avec les concombres d’Égypte, hier encore, la veille, avec la multiplication des pains, nous ne sommes pas morts de faim. Hier aussi, nos pères ont été héroïques, ont eu une foi à renverser des montagnes.

Oui notre Dieu a produit un passé glorieux. Des Moïse, des Élie. Des prophètes, des Apôtres, des martyrs, des camisards, des résistants,… quand tout semblait perdu. Oui notre Dieu est un puissant producteur de passé. Un passé qui nous porte jusqu’à aujourd’hui.

Moïse a donné le pain du ciel. Et hier encore, avec cette multiplication des pains, on n’est pas morts de faim… Mais aujourd’hui ? Mais nous ?

*

Nous ? Notre foi n’a t-elle pas vu notre vraie soif ? Jésus peut l’assouvir… "À qui irions-nous ?… tu as les paroles de la vie éternelle…" dira pour nous Pierre à la suite de ces paroles de Jésus (v. 68).

Hors cela, on reste dans sa faim : les pauvres, vous les aurez toujours avec vous, dira Jésus ; les pauvres vous les serez toujours, à moins que vous ne deveniez pauvres en esprit, connaissant votre vraie faim, votre vrai désir, et celui-là seul qui peut combler votre vraie faim, éternelle, au-delà de nos vies passagères.

Pour cela Jésus ira jusqu’à donner sa vie passagère… Donner sa chair à manger — en ses mots provocateurs. Il donne sa chair pour la vie du monde. C’est-à-dire : il se dépouille de sa vie… Et il nous appelle à recevoir ce dépouillement — "manger sa chair".

Paul parlera bien de sa mort : par ce repas “vous annoncez sa mort, jusqu’à ce qu’il vienne”, jusqu’à ce que le Ressuscité vienne dans la gloire. Ce n’est ni la gloire ni la résurrection qui sont annoncés dans la Cène, mais bien la mort de Jésus.

Jésus a tracé un parallèle entre le pain dont il nourrit la foule et sa propre mort. Manger le pain qu’il partage revient ainsi à confesser concrètement que l’on vit de sa mort, du don de sa vie.

Sous le signe, il s’agit de son corps donné, de son sang répandu, de sa mort, donc. De quoi s’agit-il ? De recevoir de son dépouillement, jusqu’au dépouillement de sa vie, la parole, la promesse, de notre propre dépouillement.

En d’autres termes : recevoir sa mort, et donc abandonner l’illusion que le provisoire de la vie-même pourrait durer, pour découvrir, dans l’abandon de cette illusion, dans l’abandon de sa propre vie passagère, la vie de résurrection.

*

Mourir à ses désirs transitoires, mourir au désir d’en faire du définitif, mourir déjà à ce qui mourra ; bref : perdre sa vie. Alors prend place la parole, la promesse, de la Résurrection. “Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.”

“C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie”, expliquera-t-il à ce sujet (v. 63).

La résurrection prend alors place comme résolution de nos désirs de pains multipliés ; désir illusoire de vie comblée de façon indéfinie. Elle prend place comme récapitulation dans le Christ de ce que nous sommes vraiment, l’ignorerions nous. Dans la résurrection du Christ, notre résurrection au dernier jour prend place dès aujourd’hui comme présentation de nos êtres vrais devant Dieu. Comme résolution et exaucement de nos désirs, et non pas de pains multipliés qui au fond ne rassasient pas. Elle est résolution et récapitulation de la vérité de nos vies.

C’est là la vérité profonde de la parole où Jésus mène ses interlocuteurs, où Jésus nous mène : “comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi qui me mangera vivra par moi” — c’est-à-dire : qui reçoit ma mort vivra de ma vie.

C’est la parole par laquelle Jésus répond en vérité aujourd’hui à toutes nos demandes.


R.P., Châtellerault, 18.08.2024
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dimanche 4 août 2024

Une autre faim




Exode 16, 2-15 ; Psaume 78 ; Ép 4, 17-24 ; Jean 6, 24-35

Exode 16, 2-15
2 Dans le désert, toute la communauté d’Israël se mit à parler contre Moïse et Aaron.
3 Ils leur dirent : Ah ! si nous étions morts de la main du SEIGNEUR en Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! C’est pour faire mourir de faim toute cette assemblée que vous nous avez fait sortir dans ce désert !
4 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Je vais faire pleuvoir pour vous du pain depuis le ciel. Le peuple sortira pour en recueillir chaque jour la quantité nécessaire ; ainsi je le mettrai à l’épreuve pour voir s’il suit ou non ma loi.
[…] 11 Le SEIGNEUR dit à Moïse :
12 J’ai entendu les Israélites parler contre moi. Dis-leur : A la tombée du soir vous mangerez de la viande, et au matin vous vous rassasierez de pain ; ainsi vous saurez que je suis le SEIGNEUR, votre Dieu.
13 Le soir, des cailles montèrent et couvrirent le camp ; et au matin il y eut autour du camp une couche de rosée.
14 Quand cette couche de rosée se leva, le désert était recouvert de quelque chose de menu, de granuleux – quelque chose de menu, comme le givre sur la terre.
15 Les Israélites regardèrent et se dirent l’un à l’autre : Qu’est-ce que c’est ? – Car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : C’est le pain que le SEIGNEUR vous donne à manger.

Jean 6, 24-35
24 Les gens de la foule, ayant vu que ni Jésus ni ses disciples n’étaient là, montèrent eux-mêmes dans ces barques et allèrent à Capernaüm à la recherche de Jésus.
25 Et l’ayant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent : Rabbi, quand es-tu venu ici ?
26 Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés.
27 Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau.
28 Ils lui dirent : Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu ?
29 Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.
30 Quel signe fais-tu donc, lui dirent-ils, afin que nous le voyions, et que nous croyions en toi ? Que fais-tu ?
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna le pain du ciel à manger.
32 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel ;
33 car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.
34 Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours ce pain.
35 Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

*

Une foule qui se donne de la peine. Ça a été un effort réel de rejoindre Jésus : depuis la traversée du lac jusqu’à sa recherche dans Capernaüm, où ils finissent par le trouver — dans la synagogue, puisque cette scène se passe dans la synagogue (cf. v. 69).

Un vrai effort qui vise, comme c’est souvent le cas de tout travail, à accéder à la possibilité de n’être plus contraint au travail. On peine, pour pouvoir enfin n’être plus obligé de peiner pour sa pitance. À quand la fin de l’antique malédiction "tu gagneras ton pain à la sueur de ton front" (Genèse 3) ? On travaille en visant à enfin pouvoir se reposer… Et avec Jésus, qui multiplie les pains, on accède peut-être enfin au temps où on sera libéré du travail quotidien harassant… D’où ce désir des foules, que connaît Jésus, de le faire roi (v. 15)…

*

C’est la reconnaissance de cette foule : ils ont reconnu en Jésus celui qui les a nourris. C’est d’ailleurs la base de la reconnaissance — source de bonheur —, qui s’adresse à un autre qu’à soi-même… Car si on y est attentif, la reconnaissance, qui conduit à reconnaître quelqu’un d’autre, nous fait sortir de nous-mêmes, et par là-même nous conduit à un vrai bonheur.

On a bien ici de la part de la foule qui cherche Jésus une attitude de reconnaissance — que Jésus met en lumière : "vous me cherchez parce que avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés" (v. 26) — reconnaissance… du ventre… Écho au bœuf et à l’âne de nos crèches de Noël, dont la présence a son origine au livre d’Ésaïe : "Le bœuf connaît son possesseur, Et l’âne la crèche de son maître : Mon peuple ne connaît rien, il n’a point d’intelligence." (És 1, 3) La reconnaissance du ventre du bœuf et de l’âne : ce n’est déjà pas mal… Mais pas ce n’est pas assez : "vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés."

Jésus en appelle à une reconnaissance plus profonde — en signes —, vraie source de bonheur celle-là, par laquelle la faim de pain va apparaître comme signe désignant une faim plus fondamentale ; le désir du rassasiement comme signe d’un désir plus fondamental, ancré dans l'éternité. "Dieu a mis dans le cœur de l'homme la pensée de l'éternité" (Ecc 3, 11), écrivait l’Ecclésiaste, qui considère le repos comme le fruit heureux du travail, en méditation de la loi, dont l’observance, dit-il, est le tout de l’homme (Ecc 12, 13). Or que dit-il aujourd’hui, ce livre de la loi ?

*

Dans notre texte d’Exode 16, nous voyons le peuple quinze jours après sa sortie d'Égypte, commençant à regretter amèrement le temps qui lui apparaît à présent ironiquement comme le temps de son rassasiement ! — à savoir le temps de son esclavage. Et de rouspéter contre Moïse et Aaron qui leur ont fait quitter "les marmites de viandes" pour leur donner la sécheresse du désert !

Dès lors, nous sont données des scènes dignes de Job ou de Jérémie, fatigués devant le poids de la vie : "que ne sommes nous morts […] en Égypte" ! "Pourquoi ne suis-je pas mort dès les entrailles de ma mère" s'exclamait Job (3, 11) ; ou le prophète Jérémie : "malheur à moi, ma mère, car tu m'as fait naître" (Jér 15, 10). Et contre cette inévitable douleur, contre la douleur d'exister, au fond, la douleur de devenir selon le projet de Dieu, une nostalgie radicale perce dans la rouspétance, dans la protestation contre tout inconfort en fin de compte : celle de la bienheureuse éternité, inscrite de façon confuse et indélébile au cœur de nos mémoires.

*

De même dans notre texte du livre de l'Exode, lorsque le peuple prend à partie Moïse et Aaron, ceux-ci remarquent : "ce n'est pas contre nous que sont dirigés vos murmures, c'est contre le Seigneur" (Ex 16, 8). C'est là encore ce que, en écho inversé, enseignera Jésus : "ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel, mais mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel" (Jean 6, 32). Et, on l’a compris, ne nous y trompons pas, le pain du ciel n’est donc pas non plus le pain multiplié la veille. Ce pain là, comme la manne, désigne le pain du ciel, qui est tout autre chose que ce qui ne fait que remplir le ventre !

*

Et en contrepartie, cette nourriture, la manne, devient épreuve pour qui ne reconnaît pas dans ses regrets égyptiens sa vraie nostalgie, sa faim d’éternité : "le peuple en recueillera, jour par jour, la quantité nécessaire ; ainsi je le mettrai à l'épreuve et je verrai s'il marche, ou non, selon ma loi." (Ex 16, 4).

Signe de ce que Dieu seul est celui qui nourrit son peuple : puisque, conformément à la loi, le peuple ne travaille pas le jour du shabbath, — eh bien ! la veille de ce jour de repos, la manne tombera double (v. 5).

"Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle" (Jean 6, 27).

À nouveau la dimension de l'épreuve : allons-nous travailler pour la nourriture qui pourrit ? "Travaillez, non pour la nourriture qui périt". Car prenons-y garde. Au peuple aveugle à sa vrai faim, sourd à la vraie Parole, en redemandant, exigeant plus, Dieu a répondu finalement : de la viande en abondance, des cailles, en quantité, au point qu'on en vomissait… mais on avait pourtant toujours faim !

Mais, nous dit Jésus : "Moi je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif" (Jean 6, 35). Qu’est-ce à dire ?

*

Aux foules qui le poursuivent de leurs pieuses assiduités, Jésus a répondu : "vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés" (Jean 6, 26). Reconnaissance — du ventre, donc ! "Le bœuf connaît son possesseur, Et l’âne la crèche de son maître." (Ésaïe 1, 3) Ce n’est déjà pas mal… Mais pas assez… Reprenons :

Pour quelle raison les foules viennent-elles de se mettre en peine de traverser la mer de l'autre côté de laquelle Jésus les nourrissait la veille ?

On a vu Jésus — qui n'attend aucune gloire que pourraient lui apporter ses actions ! — se retirer du peuple, qui entendait le gratifier d'un titre royal ; s'en venant par la suite de ce côté du lac… à pied pour sa part, doublant la barque des disciples. Et Jésus d'inviter ses auditeurs à travailler pour une autre nourriture, celle qui subsiste pour la vie éternelle (v. 27). Un travail, une "œuvre de Dieu" qui consiste, un vrai repos… à "croire à celui qu'il a envoyé" (v. 29) — à savoir lui, Jésus.

Et là, on découvre cette réaction étrange à cet appel à la foi adressé à cette foule qui vient d'assister à la multiplication des pains : pour appuyer la foi qu'on lui demande, la foule requiert un signe afin de croire Jésus ! On est tenté de penser : mais enfin, ce signe elle vient de le voir, de le toucher, de le goûter ! Les pains multipliés la veille ! La suite du texte nous fait alors comprendre ce qu'on entend par ce signe : sa perpétuation, chaque matin, comme la manne : "nos pères ont mangé la manne dans le désert" (v. 31). Rien de nouveau sous le soleil : on persiste à regretter les marmites égyptiennes, se manifesteraient-elles sous l'espèce d'un miracle. On nourrit dans le signe l'espérance d'une sécurité matérielle définitive.

"Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera" (Jean 6, 27) — don du Ressuscité, le Fils de l’Homme, de la part du Père : "Mon Père vous donne le vrai pain venu du ciel" (Jean 6, 32). Et : "Moi, je suis le pain de vie" (v. 35). Qu’est-ce à dire ?

Eh bien, au-delà de nos recherches légitimes, mais à vue limitée, de manne, de cailles, de marmites égyptiennes, ou de simple pain quotidien, fût-il multiplié, le Christ, nous guidant à travers nos peines et nos périls, nous conduit à la reconnaissance de notre vraie faim et de celui-là seul qui la comble, concrètement, par une nourriture qui subsiste en éternité dans le signe du pain du ciel, présenté comme corps déchiré du Christ nous rejoignant jusqu’à la mort.

"Ils lui dirent : 'Seigneur donne nous toujours ce pain-là'" (v. 34). Que telle soit notre prière : "donne nous toujours ce pain-là". "Comme une biche soupire après des courants d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !" (Ps 42, 2.)


RP, Châtellerault, 04.08.24
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dimanche 19 mai 2024

"Il vous fera accéder à la vérité tout entière"




Ac 2, 2-6 ; Ps 104 ; Ga 5, 16-25 ; Jean 15, 26-27 & 16, 12-15

Actes 2, 2-6
2 Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d’un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ;
3 alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux.
4 Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer.
5 Or, à Jérusalem, résidaient des juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 À la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.


Jean 15, 26-27
26 Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ;
27 et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.


Jean 16, 12-15
12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.
13 lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir.
14 Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
15 Tout ce que le Père a est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.


*

Dans le texte de l’Évangile de Jean que nous avons lu, Jésus annonce l'envoi de l’Esprit saint, qui le dévoile comme Christ glorifié. Au livre des Actes des Apôtres, selon Luc cette fois, lors d’une fête juive des semaines, Chavouot en hébreu — sept semaines (après Pâques), soit 50 jours (d’où son nom de Pentecôte en grec — pour traduire le Chavouot de l’hébreu), lors d’une fête juive de Chavouot, donc, a lieu l'événement spectaculaire dont nous avons lu le récit. C’est ce que nous fêtons aujourd’hui : la fête de Chavouot en sa reprise chrétienne — comme événement de Pentecôte.

Selon Jean, cela est donné dans une étrange parole de Jésus. Alors qu’il va partir, être retiré à ses disciples — il va mourir ; il rappelle dans ce départ cette réalité étonnante de la vie de Dieu avec le monde : son retrait, son absence. Car si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même présent — il est ici —, il est aussi absent, caché, comme l’est aussi le Père — nous ne le voyons pas.

Cela signifie plusieurs choses. D’abord qu’il règne, que l’on n’a point de mainmise sur lui. Caché selon Luc dans la nuée à l’Ascension, comme le Nom imprononçable, au Sinaï, il ne saurait être retenu. Le rituel biblique exprime cela par le voile du Tabernacle, puis celui du Temple, derrière lequel ne vient, et qu’une fois l’an, que le grand prêtre.

Ce lieu très saint a son équivalent céleste, comme nous l’explique l’Épître aux Hébreux (8, 5) lisant l’Exode (25, 40). Temple céleste symbolisé par des langues de feu : un livre populaire à l’époque, le livre d’Hénoch (70, 7-8), évoqué par l’épître de Jude (v. 14), dit que le Temple céleste est fait de langues de feu (voir 2 Chr 7, 2 et le feu lors de la dédicace du 1er Temple de Jérusalem). Les langues de feu d'Actes 2 annoncent le temple céleste dans lequel officie le Christ.

C’est dans le lieu très saint céleste qu’il est entré par son départ, entré au-delà du voile dit l’Épître aux Hébreux, par son départ avéré à sa mort. Le Christ entre dans son règne et se retire, voilé dans une nuée (comme dans le signe de l’Ascension). Sa croix est alors, comme il l’annonçait, glorification : « l’Esprit de vérité vous conduira dans toute la vérité ; […] Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera » (Jean 16, 13-14).

*

Le don de l’Esprit est alors la présence de celui qui ne se laisse plus voir, et le partage de sa vie. Jésus présent de façon visible, Jésus dans ce monde, est celui qu’on voulait fixer sur un trône palpable, lors des Rameaux, celui dont on voudrait se faire un Dieu commode, saisissable, visible, en somme ; et il est celui qu’on croyait fixer, par la crucifixion.

Or Jésus manifeste le Dieu insaisissable, invisible, celui qui nous échappe, qui échappe à nos velléités de nous en fixer la forme, d’en faire une idole ! Une telle volonté relève de l’esprit du monde.

Mais l’Esprit de Dieu, l’Esprit saint, est celui qui nous communique cette impalpable, imperceptible présence au-delà de l’absence, et nous met dans la communion de l’insaisissable. C’est pourquoi sa venue est liée au départ de Jésus — ce que Jésus vient de dire à ses disciples : « si je ne m’en vais pas, le Saint Esprit ne viendra pas ».

Nous laissant ainsi la place, il nous permet alors de devenir par l’Esprit saint ce à quoi Dieu nous destine, ce pourquoi il nous a créés.

*

Cela nous enseigne en parallèle ce qu’il nous appartient de faire en ces temps d’absence : devenir ce à quoi nous sommes destinés, en marche vers le Royaume ; accomplissement de la Création.

C’est à présent, dans cette perspective, l’ultime étape du projet de Dieu : l’effusion de l’Esprit promise par les prophètes — « comme l’eau couvre le fond des mers », une effusion générale (Joël 3 / Actes 2), sur tous les peuples (Actes 8 & 10). Le baptême d’eau, selon la promesse d’Ézéchiel (36, 25-26), “je vous aspergerai d’une eau pure et je mettrai en vous mon Esprit”, devient alors le signe du don de l’Esprit saint. L’universalité du don est la nouveauté, car en Israël, les fidèles connaissaient la vie de l’Esprit déjà auparavant — et des temps d’effusion, de réveil. Dorénavant, dans cette nouvelle effusion, tous les peuples sont au bénéfice du don de Dieu.

Dans le judaïsme, la fête de Chavouot/Pentecôte est la fête du don de la Torah, au cœur de laquelle est le Décalogue.

Il s'agit d’un don à portée universelle, à observer via son inscription dans les cœurs par l’Esprit. Au jour de la Pentecôte relatée dans le livre des Actes, ce don de la Loi et son inscription dans les cœurs va concerner toutes les nations — “à Jérusalem, résidaient des juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. […] Chacun entendait [les disciples dans] sa propre langue” (Ac 2, 5-6). Premier temps de l'élargissement de l’Alliance du Sinaï, on est aussi au premier temps d’un élargissement du don de la Loi, qui débouchera, plus tard dans les siècles, dans l’extension du Décalogue comme Déclaration des Droits de l’Homme, dont celle rédigée en 1789 l’est sur des tables semblables à celles qui représentent les tables de la Loi du Sinaï. Ce n’est pas par hasard… C’est aussi une signification du don universel de l'Esprit saint.

Avant cela, c’est le premier temps de la réalisation d’une promesse : « élevé de la terre », le Christ « attire tous les hommes à lui » (Jn 12, 32). Cela pour une connaissance partagée du Père, et c’est cela la vie éternelle : « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3). Cette connaissance, cette consolation, n’est autre que la participation à l’humilité du Christ, à son entrée dans la condition du serviteur, que nous sommes invités à faire nôtre (Ph 2, 4-6) — c'est la connaissance de la vérité, car sans humilité, il n’y a que mensonge sur nous-même.

C’est à une dépossession que nous sommes appelés. Le don de l’Esprit saint suppose la dépossession de toute sagesse et puissance qu’a connue Jésus crucifié (1 Co 2, 1-11 ; Ph 2, 7). Dépossession qui doit aussi être notre part. Or cette dépossession correspond précisément à l’action mystérieuse de Dieu dans la Création. On lit dans la Genèse que Dieu est entré dans son repos. Dieu s’est retiré pour que nous puissions être, comme le Christ s’en va, par la croix comme Ascension — c’est là sa glorification — pour que vienne l’Esprit qui nous fasse advenir nous-mêmes devant Dieu.

Parole d’encouragement pour nous : l’Esprit saint remplit de sa force de vie quiconque, étant dépossédé, jusqu’à être abattu, en appelle à lui en reconnaissant cette faiblesse et cette incapacité. L’Esprit saint ne remplit pas un peuple ou un individu plein de lui-même.

C’est même au contraire quand nous sommes sans force, que tout devient possible. Pierre, qui vient de renier Jésus, faiblesse immense, est à la veille de recevoir la puissance qui va l’envoyer, plein de la seule force de Dieu. Et de même tous les disciples, dont la faiblesse, la dépossession de toute capacité, a été la porte du déferlement de l’Esprit saint. Message actuel pour nous, Église faible, en perte de force, en un peuple faible.

En se retirant, ultime humilité à l’image de Dieu, le Christ, Dieu créant le monde, nous laisse la place pour qu’en nous retirant à notre tour, nous devenions, par l’Esprit, par son souffle mystérieux, ce que nous sommes de façon cachée. Non pas ce que nous projetons de nous-mêmes, non pas ce que nous croyons être en nous situant dans le regard des autres.

Devenir ce que nous sommes en Dieu qui s’est retiré pour que nous puissions être, par le Christ qui s’est retiré pour nous faire advenir dans la liberté de l’Esprit saint, suppose que nous nous retirions à notre tour de ce que nous avons pris l’habitude de croire de nous-mêmes, que nous nous retirions de l’image qu’ont forgée de nous nos parents, nos maîtres, nos amis ou ennemis ; que nous nous retirions de la volonté de nous différencier par nous-mêmes — que nous nous retirions en Dieu pour accéder à la vérité, conduits par l’Esprit de vérité dans toute la vérité.

L’Esprit de Dieu, le libérateur, est celui qui insuffle en nous la liberté de n’être rien de ce dont nous aurions la maîtrise, de ne plus rechercher ce que nos habitudes nous ont rendu désirable, de ne plus désirer ni haïr en réaction.

Le Christ lui-même s’est retiré pour nous laisser notre place, pour que l’Esprit vienne nous animer, cela à l’image de Dieu se retirant dans son repos pour laisser le monde être.

Que ce jour soit pour nous une prière de retrait en Dieu, d'entrée dans son repos. De sorte que l’Esprit de Dieu que nous envoie le Christ se retirant, nous fasse accéder à la vérité — coulant en nous comme la sève dans le cep, pour être le souffle nouveau qui nous anime.


RP, Châtellerault, Pentecôte, 19.05.24
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dimanche 28 avril 2024

“Dieu est plus grand que notre cœur”




Actes 9, 26-31 ; Psaume 98 ; 1 Jean 3, 18-24 ; Jean 15, 1-8

1 Jean 3, 18-24

‭‭Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité.‭
‭Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui ;‭
‭car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.‭
‭Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu.‭
‭Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.‭
‭Et c’est ici son commandement : que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné.‭
‭Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné.


*

“Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.‭” (1 Jn 3, 20)

Nous le savons : notre cœur nous condamne… nous sommes tourmentés pour ce qu’on a fait ou pour ce qu’on n’a pas fait.

Ce qui nous rapproche de ce que nous dit Paul — “il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me gifler et m’empêcher de m’enorgueillir.‭ ‭Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi,‭ et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse” (2 Co 12, 7-9).

Être tourmenté, condamné par son propre cœur, et finalement n’avoir comme seule consolation que cette promesse : “Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse” — seul recours pour que notre cœur ne nous condamne plus. Savoir n’être ni juste, ni au niveau requis, et savoir aussi que Dieu fait avec ce que nous sommes…

C’est ce que l’écrivain Georges Bernanos dit en ces termes : “Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais, si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ.” (Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne)

S’oublier, pour commencer — sans doute est-ce là un fruit du don de l'Esprit saint. “La grâce est de s’oublier.” Grâce qui relève de la connaissance réelle de ce que “Dieu est plus grand que notre cœur.”

Mais qu’il est difficile de réaliser cela de façon si réelle que l’on parvienne vraiment à s’oublier, tant l’orgueil nous en empêche, nous poussant à être en permanence préoccupés de nous-mêmes — tourmentés pour ce qu’on a fait ou pour ce qu’on n’a pas fait (sachant qu'il s’agit d’“aimer non pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité”). Comment ne pas en être tourmenté quand au quotidien on contemple la misère du monde (pensons au riche face à Lazare à sa porte ou sur l’écran de télévision), en contraste à notre confort ?

Voilà à nouveau “l’ange de Satan”, venant nous gifler : “qu’as-tu fait, ou pas fait ?”, sachant que de toute façon on n’en fera jamais assez, sauf à sombrer dans une indécente bonne conscience croyant avoir mieux fait que les autres ou simplement avoir fait sa part…

Orgueil étrange, greffé sur un frein à l’orgueil, puisque être tourmenté par “l’ange de Satan”, nous rappelant constamment nos défaillances, vient d'abord nous empêcher de nous enorgueillir, écrit Paul. Mais voilà que l’orgueil nous saisit à nouveau, qui consiste cette fois à rester préoccupé par soi, par ce que “l'ange de Satan” nous dit de nos insuffisances, et donc à être encore préoccupé de soi !

“La grâce est de s’oublier”, note donc Bernanos — cela étant rendu possible en sachant que “Dieu est plus grand que notre cœur”. Et sachant cela — que “Dieu est plus grand que notre cœur, et qu’il connaît toutes choses”, et qu’il nous a aimés, nous ayant mystérieusement rejoints —, “la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ”… comme lui-même nous a aimés.

C’est sans doute là le cœur de cette 1ère épître de Jean, le cœur du cœur étant que “Dieu est amour” (1 Jn 4, 8 & 16), ce cœur où se résolvent les contradictions apparentes : “Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous” (1 Jn 1, 8) ; et “‭quiconque demeure en lui ne pèche point ; quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu” (1 Jn 3, 9). N’est-ce pas contradictoire ?

Les Réformateurs avaient une formule nous entraînant au nœud de cette contradiction apparente et nous en donnant la résolution : nous sommes à la fois justes et pécheurs.

Pécheurs en nous-mêmes, “si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes”, et justes en Jésus-Christ : “‭quiconque demeure en lui ne pèche point”.

Déjà justes et encore pécheurs. Justes en espérance. Et “quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur” (1 Jn 3, 3). C’est pourquoi, “son commandement [est] que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné” (1 Jn 3, 23). Avec confiance : “que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ”, qui a, lui, pleinement observé les commandements.

Entre le pas encore et l’espérance du déjà, qui déjà nous purifie, la formule des Réformateurs a un troisième terme : à la fois justes, pécheurs et repentants.

Pécheurs, en nous-mêmes, justes en Jésus-Christ, et repentants de savoir cela, le repentir étant le chemin intérieur constant entre les deux autres pôles, juste et pécheur. Non pas une complaisance morbide et douteuse (il y a un repentir qui mène à la mort, nous avertit Paul), mais le repentir qui mène à la vie, selon le vrai sens du mot repentir : retour. “Revenez à moi”, tel est l'appel lancé par les prophètes, que donne encore l’épître de Jean, en regard du fondement de cet appel, révélé dans le Christ nous rejoignant, venant en chair (1 Jn 4, 2), cela jusqu'à la mort.

L'épître résume cette révélation par cette expression (1 Jn 4, 8 & 16) : “Dieu est amour”, expression unique dans les Écritures, unique dans toute l’histoire des religions, fondée sur la foi en la venue en chair, jusqu’à la mort, de celui qui montre ainsi combien il nous a aimés.

Cela parle du pardon, sachant qu’a priori nous n’aurions rien en nous pour être aimables : et pourtant, “‭si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute injustice.‭” (1 Jn 1, 8-9)

Parlant du pardon, cela parle aussi de l’observance des commandements, dont le cœur est l’amour reconnaissant pour Dieu, concrétisé dans l’amour du prochain — prochain pas aimable a priori lui non plus, pécheur comme nous et pourtant aimé de Dieu comme nous. Nous voilà donc appelés à l’aimer aussi, comme Dieu que l’on ne voit pas, tandis que l’on voit le prochain : “celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?‭” (1 Jn 4, 20)

Voilà comment on retrouve le cœur de la loi, le cœur de tout commandement, accompli, selon Paul dans une seule parole : “toute la loi, dit-il, est accomplie dans cette seule parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même” (Ga 5, 14). Cœur de la loi. “Quiconque pèche transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi” (1 Jn 3, 4).‭ Or, “ce qui vous a été annoncé et ce que vous avez entendu dès le commencement, c’est que nous devons nous aimer les uns les autres,‭ et ne pas ressembler à Caïn, qui était du malin, et qui tua son frère” (1 Jn 3, 11-12).

Souvenez-vous de l’épisode de Caïn. Je lis, au livre de la Genèse, ch. 4, v. 6-8 : “Le Seigneur dit à Caïn : ‘Pourquoi t’irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le.’ Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu’ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère et le tua.”

Le péché est tapi à ta porte… Mais toi, domine-le. On a entendu la suite, Caïn ne l’a pas dominé. Car Caïn n’a pas reçu le pardon de ses péchés. Il jalousait son frère. Il n’a pas reçu le pardon, l’élargissement de son cœur, et la capacité de pardonner. Il n’a pas reçu la capacité de soumettre le péché : le péché l’a vaincu, Caïn ne l’a pas dominé… N’ayant pas reconnu cette part sombre de lui-même.

Mais voici le fruit de l’Esprit saint : l’Esprit du Ressuscité qui a vaincu la mort a pouvoir sur tout. Il a pouvoir même sur le péché. Il ouvre même comme possible l’impossible commandement donné à Caïn : “domine sur le péché”. Impossible, Caïn n’ayant fait que projeter sur son frère la frustration qui l’habitait.

Face à cela, le don de l'Esprit saint est aussi pénétration de tout ce qui fait notre être, jusqu'en ses zones d'ombre — pénétrant jusqu'aux profondeurs de Dieu, l'Esprit sonde tout en nous en dit Paul (1 Co 2, 10). Une pénétration empreinte de miséricorde, qui dit et promet que sa présence en nous nous révèle à nous-même et ainsi nous libère. La liberté étant que nos fautes nous sont pardonnées, que l’Esprit saint nous les soumet en nous permettant de connaître ce qui est en nous. Il nous donne ainsi “la grâce (qui) est de s’oublier.” Et même, il ouvre sur “la grâce des grâces ( :) s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ.”

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Et si c'était là le fruit qui nous est promis dans l’évangile de ce jour ? — Jean 15, 1-8 :
Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.‭
‭Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit.‭
‭Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée.‭
‭Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi.‭
‭Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.‭
‭Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent.‭
‭Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.‭
‭Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples.


RP, Châtellerault, 28.04.24
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