Affichage des articles dont le libellé est x CP. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est x CP. Afficher tous les articles

mardi 2 juillet 2013

"Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome"




Actes 18.1-17
1 [Paul] quitta Athènes pour se rendre à Corinthe.
2 Il y trouva un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, récemment arrivé d’Italie avec sa femme Priscille, parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome. Il se lia avec eux ;
3 comme il avait le même métier, il demeurait chez eux et travaillait : ils étaient, de leur métier, fabricants de tentes.
4 Chaque shabbat, il discutait dans la synagogue et persuadait des Juifs et des Grecs.
5 Mais quand Silas et Timothée furent descendus de Macédoine, Paul se consacra entièrement à la Parole ; il attestait aux Juifs que Jésus est le Christ.
6 Mais comme les Juifs s’opposaient à lui avec des calomnies, il secoua ses vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, j’en suis pur ; dorénavant j’irai vers les non-Juifs.
7 Il partit de là et se rendit chez un nommé Titius Justus, un adorateur de Dieu dont la maison était contiguë à la synagogue.
8 Pourtant Crispos, le chef de la synagogue, crut le Seigneur, avec toute sa maison. Et beaucoup de Corinthiens qui écoutaient devenaient croyants et recevaient le baptême.
9 Pendant la nuit, le Seigneur dit à Paul en vision : N’aie pas peur ! Parle, ne te tais pas,
10 car moi, je suis avec toi. Personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un peuple nombreux dans cette ville.
11 Il resta un an et six mois à enseigner parmi eux la parole de Dieu.
12 Alors que Gallion était proconsul de l’Achaïe, les Juifs se dressèrent d’un commun accord contre Paul et le conduisirent devant le tribunal,
13 en disant : Cet individu persuade les gens d’adorer Dieu d’une manière contraire à la loi.
14 Paul allait prendre la parole lorsque Gallion dit aux Juifs : S’il s’agissait d’un forfait ou d’un délit grave, quel qu’il soit, je vous écouterais patiemment, ô Juifs, comme il se doit ;
15 mais s’il s’agit de débats sur des mots, sur des noms et sur votre propre loi, cela vous regarde ; moi, je ne souhaite pas en être juge.
16 Et il les renvoya du tribunal.
17 Alors tous prirent Sosthène, le chef de la synagogue, et se mirent à le battre devant le tribunal, sans que Gallion s’en soucie le moins du monde.

*

Où l’on rencontre des expulsés de Rome, Aquilas et Priscilla (Ac 18 ; 1 Co 16, 19) — expulsés avec les autres juifs, pour des raisons proches de ce qui apparaît dans la suite de notre texte. Aquilas et Priscilla ou Prisca (Ro 16, 3 ; 2 Ti 4, 19). Prica signifie en latin « ancienne », Priscilla « petite ancienne », équivalent du grec Presbyterissa / Presbytera : un probable titre latin (elle et Aquilas viennent d’Italie), titre pouvant correspondre à « ancienne », féminin de « prêtre ».

Cf. un parallèle chez des juifs de Malte : « La ville romaine de Melite, dans l'archipel de Malte, en Méditerranée centrale, avait, en commun avec d'autres avant-postes provinciaux de l'Empire, une colonie de diaspora juive comme en témoignent six hypogées qui mettent bien en évidence la ménorah à sept branches. Il y a des indices possibles d'organisation religieuse et peut-être administrative dans une inscription en grec qui marque la sépulture d'un gerusiarch et fidèle des ‘commandements’ qui était peut-être le chef d'un conseil des anciens de la synagogue de la ville, et de son épouse Eulogia ‘l'aînée’. Le titre presbytera utilisé dans le texte a un sens spécial et suggère que le mari et la femme occupaient des postes prestigieux au niveau de la gestion de la colonie. » (Mario Buhagiar, “The Jewish Catacombs of Roman Melite”, The Antiquaries Journal / Volume 91 / August 2011, pp 73-100.)

Le fait que Prisca / Priscilla soit mentionnée systématiquement avec Aquilas la marque comme personnage important, avec un ministère (ou au moins — on trouve la trace de cet usage, mais plus tard — « femme d’ancien », de prêtre). Ici sa mention systématique peut suggérer un ministère presbytéral, qui implique alors qu’on mentionne aussi son mari — elle est nommée avant Aquilas en Ac 18, 18 et (Prisca) Ro 16, 3 ; 2 Ti 4, 19. Harnack y voit l’auteur de l’Épître aux Hébreux (écrite d’Italie) et le fait que l’auteur ne soit pas nommé (une femme).

Le couple a été chassé de Rome par Claude — expulsion connue par ailleurs comme étant due, selon Suétone (Claude, § 25) à ce que les juifs « fomentaient de constants tumultes à l'instigation de "Chrestus" » : i.e. probablement Christ.

Il est intéressant de noter que c’est ce qui va se passer dans la suite du texte : les juifs de Corinthe se disputent entre partisans du Christ et les autres. Les « chrétiens » de Corinthe sont bien juifs pour la plupart. La prédication de Paul divise la synagogue : le chef Crispos lui-même se convertit et est remplacé par un autre, Sosthène. Paul se met donc à prêcher à côté, chez Titius Justus, après avoir prévenu de la suite des querelles, qui vont tourner aux coups, voire au sang, de la part des deux partis…

Sous l’œil indifférent (pour l’instant) des autorités régionales romaines (le proconsul Gallion). On pressent que ce qui s’est passé à Rome leur pend au nez : trouble à l’ordre public. Une description des choses propre à faire frémir : Sosthène roué de coups. À l’instar des descriptions des conflits dans les anciens livres bibliques, le livre des Actes se contente de décrire, de constater le fait et l’indifférence des autorités romaines. Les choses changeront dans la suite des temps, quand les autorités romaines finiront par appuyer les chrétiens contre les juifs.

Le débat ne saurait être autre que celui de la parole dont Paul entend user librement — « ne te tais pas », lui confirme sa vision (v. 9) —, une libre parole qu’exercent plusieurs dans les deux camps qui se forment.

Hélas déjà on glisse aux invectives et aux coups — était-ce alors évitable ? L’histoire n’a pas donné que cela soit évité. Mais il nous appartient de prendre la leçon : le débat est sain et légitime, même sur ce qui nous semble essentiel : il s’agit de savoir être respectueux et de garder l’humilité de recevoir même de ce qui nous semblerait incompatible avec nos convictions… Notre Dieu, sa vérité, est au-delà de ce que nous pouvons en dire, de ce qu’en reçoivent nos convictions les plus sincères : « le Seigneur est dans son saint temple, que toute la terre fasse silence devant lui » (Habacuc 2, 20).

Prière :

Psaume 84
2 Comme elles sont chéries, tes demeures, SEIGNEUR (YHWH) des Armées !
3 Je m’épuise à force de languir après les cours du temple du SEIGNEUR, mon cœur et ma chair crient vers le Dieu vivant.
4 Même le passereau trouve un gîte, et l’hirondelle un nid où elle dépose ses petits :tes autels, SEIGNEUR (YHWH) des Armées, mon roi et mon Dieu !
5 Heureux ceux qui habitent ta maison !Ils te loueront encore.
6 Heureux les hommes dont la force est en toi !Ils ont dans leur cœur des routes toutes tracées.
7 Lorsqu’ils traversent la vallée du Baka, ils en font une oasis, et la pluie d’automne la couvre aussi de bénédictions.
8 Leur vigueur ne cesse de croître, ils paraîtront devant Dieu à Sion.
9 SEIGNEUR, Dieu des Armées, entends ma prière !Prête l’oreille, Dieu de Jacob !
10 Toi qui es notre bouclier, ô Dieu, vois !Regarde le visage de l’homme qui a reçu ton onction !
11 Mieux vaut en effet un jour dans les cours de ton temple que mille ailleurs ; j’ai choisi de me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que de résider sous les tentes de la méchanceté.
12 Car le SEIGNEUR Dieu est un soleil et un bouclier, le SEIGNEUR donne la grâce et la gloire, il ne refuse aucun bien à ceux qui suivent la voie de l’intégrité.
13 SEIGNEUR (YHWH) des Armées, heureux l’homme qui met sa confiance en toi !


RP
CP Poitiers, 2.07.13


lundi 14 janvier 2013

Parfum versé




Luc 7, 36-50
36 Un Pharisien l’invita à manger avec lui; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.
37 Survint une femme de la ville qui était pécheresse; elle avait appris qu’il était à table dans la maison du Pharisien. Apportant un flacon de parfum en albâtre
38 et se plaçant par-derrière, tout en pleurs, aux pieds de Jésus, elle se mit à baigner ses pieds de larmes; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux du parfum.
39 Voyant cela, le Pharisien qui l’avait invité se dit en lui-même: "Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est: une pécheresse."
40 Jésus prit la parole et lui dit: "Simon, j’ai quelque chose à te dire." -"Parle, Maître, dit-il.
41 - "Un créancier avait deux débiteurs; l’un lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.
42 Comme ils n’avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce de leur dette à tous les deux. Lequel des deux l’aimera le plus?"
43 Simon répondit: "Je pense que c’est celui auquel il a fait grâce de la plus grande dette." Jésus lui dit: "Tu as bien jugé."
44 Et se tournant vers la femme, il dit à Simon: "Tu vois cette femme? Je suis entré dans ta maison: tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle, elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.
45 Tu ne m’as pas donné de baiser, mais elle, depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers.
46 Tu n’as pas répandu d’huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
47 Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour."
48 Il dit à la femme: "Tes péchés ont été pardonnés."
49 Les convives se mirent à dire en eux-mêmes: "Qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés?"
50 Jésus dit à la femme: "Ta foi t’a sauvée. Va en paix."

*

Que nous dit ce geste de la femme essuyant les pieds de Jésus avec ses cheveux, à travers les paroles que Jésus adresse à elle d’une part, à son hôte pharisien de l’autre ?

Tout d’abord, on peut remarquer que l’hôte pharisien est choqué, et du geste, et du fait que Jésus laisse faire. On peut le comprendre, on le serait à moins !

Remarquons aussi qu’il n’a pas exprimé son trouble. Jésus comprend ce trouble sans qu’il ne soit exprimé : il n’a évidemment aucune difficulté à imaginer que l’homme soit choqué.

Tout de même : une femme connue en ville pour avoir les mœurs légères et qui se met à mouiller de ses larmes et à sécher de ses cheveux les pieds de Jésus ! En les couvrant de parfum… le tout accompagné de baisers !

On s’attendrait au moins à ce que Jésus la repousse, fût-ce délicatement. Mais non, il laisse faire. Et devine donc l’effet produit sur son hôte, les remous intérieurs que cela provoque.

Et Jésus subtilement, y apporte réponse par sa petite parabole, expliquant que la dette de la femme, ou plutôt la conscience de dette de la femme est plus aiguë, à savoir la conviction d’être dans le péché, est chez elle plus intense. Il est vrai qu’elle a matière, peut-on penser avec l’hôte de Jésus.

La dette qui lui est remise est donc plus grande — quant à la conscience qu’elle en a. Elle manifeste donc une reconnaissance à proportion de la dette remise, ou de sa conscience d’être en dette. Bref, on est plus reconnaissant envers quelqu’un qui efface une dette qu’on a envers lui si elle atteint plusieurs milliers d’euros, qu’envers quelqu’un à qui l’on doit quelques centimes…

Eh bien, explique alors Jésus, c’est exactement la situation de la femme. Son geste, maladroit peut-être, correspondant à sa (rudimentaire) culture n’en est pas moins un grand geste que Jésus reçoit comme tel : un geste — maladroit peut-être — de reconnaissance immense (signifié par le prix exorbitant du parfum).

Elle aime intensément parce qu’il lui a été beaucoup pardonné — comme traduit justement la TOB. Méfions-nous de la mauvaise traduction assez courante : on lui pardonne parce qu’elle aime… Non ! Son amour relève de la reconnaissance : elle aime parce qu’elle sait le prix du pardon la concernant.

Preuve qu’il faut bien l’entendre ainsi : Jésus choque à nouveau — ou au moins interroge — tout le cercle des convives. Qui est-il pour pardonner les péchés ?

C’est la question qui était posée deux chapitres plus haut à Jésus qui venait de proclamer son pardon au paralytique : « Quel est cet homme qui dit des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » (Luc 5, 21) Et après le miracle que Jésus leur donne en signe de son pouvoir de pardonner les péchés, tous de s’étonner : « Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires » disaient les témoins (Luc 5, 26).

Eh bien c’est la même chose que Jésus donne à voir aujourd’hui. Et à présent, Jésus franchit un pas de plus dans ce sens, en recevant le geste de reconnaissance de la femme — fût-il indécent aux yeux de tous. Jésus en reconnaît la valeur. En ses gestes à elle, avec toute sa maladresse, elle a exprimé sa louange. L’accueil que fait Jésus au geste de reconnaissance de la femme est ce pas supplémentaire franchi dans sa leçon sur la grâce : il accepte quiconque avec ses gestes et ses façons — sembleraient-ils surprenants : et ô combien, pour le geste cette femme ! Et signe de ce que cela vaut pour quiconque : elle n’est pas nommée — elle en devient ainsi figure de l’Église.

« Jésus dit à la femme : "Ta foi t’a sauvée. Va en paix." » (v. 50). « le Fils de l’homme a sur la terre autorité pour pardonner les péchés » (Luc 5, 24). Il nous le dit à nouveau, à chacun de nous, à quiconque lui donne sa confiance — parlant à chacun de nous, parlant à l’Église : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix. »


RP,
CP Poitiers, 14.01.13


lundi 10 décembre 2012

Osée, "Dieu dans la peau" !




Osée 1, 1 - 2, 3
1 1 Parole du SEIGNEUR qui parvint à Osée, fils de Bééri, aux jours d’Ozias, de Jotam, d’Achaz, d’Ezéchias, rois de Juda, et aux jours de Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël.
2 Début de ce que le SEIGNEUR a dit par l’entremise d’Osée :
Le SEIGNEUR dit à Osée : Va, prends une prostituée et des enfants de la prostitution ;car le pays se vautre dans la prostitution, en abandonnant le SEIGNEUR.
3 Il alla et prit Gomer, fille de Diblaïm. Elle fut enceinte et lui donna un fils.
4 Le SEIGNEUR lui dit : Appelle-le du nom de Jizréel ; car encore un peu de temps et je ferai rendre des comptes à la maison de Jéhupour le sang de Jizréel : je mettrai fin à la royauté de la maison d’Israël.
5 En ce jour-là je briserai l’arc d’Israël dans la vallée de Jizréel.
6 Elle fut de nouveau enceinte et mit au monde une fille. Il lui dit : Appelle-la du nom de Lo-Rouhama (« Celle dont on n’a pas compassion ») ; car je ne continuerai plus à avoir compassion de la maison d’Israël en lui pardonnant indéfiniment.
7 Mais j’aurai compassion de la maison de Juda ; je les sauverai par le SEIGNEUR, leur Dieu ; je ne les sauverai ni par l’arc, ni par l’épée, ni par la guerre, ni par les chevaux, ni par les chars.
8 Elle sevra Lo-Rouhama ; puis elle fut encore enceinte et mit au monde un fils.
9 Il dit : Appelle-le du nom de Lo-Ammi (« Pas mon peuple ») ; car vous n’êtes pas mon peuple, et moi, je ne serai rien pour vous.

2 1 Pourtant le nombre des Israélites sera comme le sable de la mer qui ne peut ni se mesurer ni se compter ; au lieu même où on leur disait : « Vous n’êtes pas mon peuple ! » on leur dira : « Fils du Dieu vivant ! »
2 Les Judéens et les Israélites seront rassemblés, ils se donneront un chef unique et sortiront du pays ; car grand sera le jour de Jizréel.
3 Dites à vos frères : Ammi ! (« Mon peuple ! ») Et à vos sœurs : Rouhama ! (« Toi dont on a compassion ! »)

*

Osée : nous ne savons rien de lui sinon que sa femme le trompe. Osée nous raconte ses déboires conjugaux avec son épouse infidèle, nommée Gomer. Osée, naturellement, souffre de ces déboires, et c’est de là que va partir sa prophétie. Il va comparer ses propres malheurs avec sa femme et ceux de Dieu avec son peuple, infidèle lui aussi.

On sait qu’Israël s’est coupé en deux après le règne de Salomon. Osée parle à Israël, royaume du Nord, séparé de la dynastie qu’il considère comme légitime, celle du Sud, Juda (ch. 3 v.5). Les indications chronologiques placées en tête du livre (sont nommés des rois de Juda, le Sud, et Jéroboam II, du Nord) permettent de dire que la prophétie réfère à une époque située entre 786 et 724 av. J.-C., époque sur laquelle on a quelques informations.

Jéroboam II, ici mentionné, a régné à Samarie, capitale du Nord, pendant 41 ans, dès 785 av. J.-C., env. ; rendant la prospérité au royaume.

Mais, avec la prospérité, la corruption, les injustices, l’abandon de Dieu et l'idolâtrie se développent ; le fossé entre les riches et les pauvres se creuse toujours davantage : les nantis vivent dans un luxe inouï, oppriment les plus pauvres, multiplient les injustices et les abus.

Et après la mort de Jéroboam II, la situation se dégrade. Ce sera la période la plus sombre de l'histoire d'Israël : des usurpateurs s'emparent du pouvoir, puis sont renversés à leur tour (4 successeurs de Jéroboam sont assassinés durant cette période) ; bref, c'est le règne du despotisme et de la confusion.

Le message d'Osée est principalement dirigé contre l'idolâtrie qui accompagnait la prospérité matérielle. Dès son entrée en Terre promise, Israël avait été confronté au culte de Baal, dieu de la pluie et de la fertilité. On subit les influences de l'idolâtrie. Le livre d'Osée témoigne d’un temps où la masse du peuple a adhéré au culte de Baal et d'Achéra, le plus immoral de tout l'ancien Orient : plusieurs fois par an, leurs fêtes étaient accompagnées de prostitution rituelle, violence et beuveries, etc.

Osée veut amener son peuple au repentir, le faire revenir au Dieu qui ne se lasse pas de l'aimer et de l'attendre. Comme lui, le prophète Osée, aime et attend Gomer.

Le livre commence donc par l'histoire du mariage et des malheurs conjugaux d'Osée : le texte nous dit que Dieu lui demande d'épouser une prostituée qui fatalement, quelque temps plus tard, lui devient infidèle. Non pas, probablement, que Dieu l’ait envoyé épouser une femme préalablement prostituée – qui plus est dans le but d’en faire sortir une prophétie ! Mais c’est rétrospectivement qu’Osée considère que ses déboires sont dans le regard de Dieu qui a évidemment prévu les choses. Et sachant que selon le Proverbe, c’est Dieu qui donne sa femme à chacun : « celui qui a trouvé une femme, c’est là un don de Dieu » ; Osée considère que la femme que Dieu lui a donnée, il la lui a donnée en sachant très bien l’aboutissement des choses : un Osée malheureux comme son Dieu. C’est une façon de nous dire que ce qu’Osée en est venu à découvrir à travers son vécu douloureux avec son épouse, correspond à ce que Dieu vit avec son peuple, qui se prostitue avec des divinités illusoires qui se font célébrer dans la prostitution dite sacrée, adultère à l’égard de Dieu.

Ainsi Osée peut s’identifier à lui, en quelque sorte, le comprendre. Quoiqu’il en soit de savoir si Gomer était déjà au moment du mariage ce qu'elle est devenue, Dieu connaissait ses dispositions profondes et il avait une intention prophétique : à travers cette histoire, il va parler à son peuple. C’est ainsi qu’Osée l’interprète.

Dieu n'avait-il pas, lui aussi, pris son peuple pour le combler de son amour, bien qu'il ait connu d'avance ses dispositions profondes et ce qui allait s'ensuivre ? Et le prophète de rappeler certaines choses : dès le désert du Sinaï, Israël a adoré le veau d'or (ch. 13 v. 2) ; puis entré en Terre promise, il a sacrifié à l’idole Baal (ch. 2. v 7s.), il a consulté les voyants (ch. 4 v. 12)... Tout cela équivaut à de l'adultère à l’égard de Dieu, à de la prostitution. Osée utilise cette image du mariage que bien des prophètes (Jer 2.2; 3.1-4; Isa 54.5; Eze 16.33) et des auteurs du Nouveau Testament (2 Co 11.2; Eph 5.23-32, etc.) reprendront pour décrire les relations de Dieu avec son peuple.

C’est de la sorte qu’à travers ses souffrances conjugales, Osée comprend celles de Dieu. Sa fidélité à l'épouse infidèle reflète la patience et l'amour de Dieu, inébranlable et fidèle. Le "prophète au cœur brisé" peut apporter le message — qui vaut à travers les siècles, jusqu’à nous — du Dieu dont le cœur est meurtri par les infidélités de son peuple. Reste cette promesse : Israël saura de nouveau quel est son Dieu et reviendra à lui.

C’est l’histoire du boulanger de Pagnol parlant à la chatte Pomponette pour lui expliquer le malheur du chat Pompon. Le boulanger qui parle en fait à sa femme, qui parle de sa femme. Osée parlant de son épouse parle en fait de Dieu.

Et Osée de souligner ainsi la sainteté de Dieu et son horreur pour le péché (2.4-5 ; 6.5; 9.9; 12.15, etc.), ainsi que son amour pour Israël (2.16-18, 22-25 ; 3.1; 11.1-4, 8-9; 14.5, 9 [4, 8], etc.). Le péché, en dernière analyse, est, sous sa plus terrible forme, une infidélité à l'amour. Il frappe Dieu au cœur.

La pensée essentielle du message d'Osée est alors la suivante : l'amour, puissant, inaltérable de Dieu pour le peuple, ne sera satisfait que lorsqu'il aura rétabli une parfaite harmonie entre le peuple et lui.


RP
10.12.12, CP Poitiers


mardi 14 décembre 2010

... Depuis son Temple sacré...




Michée 1
1 Parole du SEIGNEUR qui parvint à Michée de Morésheth aux jours de Jotam, d'Achaz, d'Ezéchias, rois de Juda ; ce qu'il a vu au sujet de Samarie et de Jérusalem.
2 Ecoutez, vous tous, peuples ! Prête attention, terre, toi et ce qui te remplit ! Que le Seigneur DIEU soit témoin contre vous, le Seigneur, depuis son temple sacré !
3 Car le SEIGNEUR sort de son lieu il descend, il marche sur les hauteurs de la terre.
4 Sous lui les montagnes fondent, les vallées s'entrouvrent comme la cire devant le feu, comme l'eau qui dévale une pente.
5 Et tout cela à cause de la transgression de Jacob, à cause des péchés de la maison d'Israël ! Quelle est la transgression de Jacob ? N'est-ce pas Samarie ? Quels sont les hauts lieux de Juda ? N'est-ce pas Jérusalem ?
6 Je ferai de Samarie un monceau de pierres dans les champs pour y planter de la vigne ; je précipiterai ses pierres dans la vallée, je mettrai ses fondations à découvert,
7 toutes ses statues seront mises en pièces, tous ses gains seront jetés au feu, et je démolirai toutes ses idoles : recueillies avec le gain de la prostitution, elles redeviendront un gain de prostitution.
8 C'est pourquoi je me lamenterai, je hurlerai, je marcherai déchaussé et nu, je ferai entendre des lamentations comme le chacalet des gémissements comme les autruches.
9 Car sa plaie est incurable, elle s'étend jusqu'à Juda ; elle atteint la porte de mon peuple, jusqu'à Jérusalem.
10 Ne l'annoncez pas dans Gath, ne pleurez pas dans Akko ! Je me roule dans la poussière à Beth-Léaphra.
11 Passe, habitante de Shaphir, dans la nudité et la honte ! L'habitante de Tsaanân n'ose sortir, la lamentation de Beth-Etsel vous prive de son appui.
12 L'habitante de Maroth tremble pour son bonheur, car le malheur est descendu, venant du SEIGNEUR jusqu'à la porte de Jérusalem.
13 Attelle char et chevaux, habitante de Lakish ! Tu as été pour Sion la belle le commencement du péché, car en toi se sont trouvées les transgressions d'Israël.
14 C'est pourquoi tu te sépareras de Morésheth-Gath ; les maisons d'Akzib seront une tromperie pour les rois d'Israël.
15 Je t'amènerai un nouveau conquérant, habitante de Marésha ; la gloire d'Israël s'en ira jusqu'à Adoullam.
16 Rase-toi, coupe ta chevelure, à cause de tes fils chéris ! Elargis ta tonsure comme le vautour, car ils s'en vont en exil loin de toi !

*

Lorsque le temple terrestre tend à s’aligner sur les « hauts lieux » (ces sanctuaires d’idoles) sur la route desquels s’est déjà inscrit le sanctuaire de Samarie, le temple a marqué irrémédiablement qu’il n’est qu’une représentation du Sanctuaire céleste, inaccessible à nos idoles. On entre dans une spiritualité affinée, radicalement dégagée des idoles.

C’est cette spiritualité qui est déjà celle de Michée, et qui, déjà avant l’exil, lui permet d’esquisser l’explication de l’apparent abandon par Dieu du peuple de la promesse — « témoin contre vous, le Seigneur, depuis son temple sacré » (v. 2).

Dieu ne se confond pas avec les projections imaginaires qui grèvent le culte de Samarie et qui déjà atteignent Jérusalem.

Aussi, signe que le temple terrestre est dépouillé de son sens, de sa vocation à signifier le Dieu qui est au-delà de nos projections, il est sérieusement menacé par les puissances étrangères. Non seulement le temple ambivalent de Samarie, mais même le temple de Jérusalem !

C’est pourquoi, dans sa lamentation, Michée tient à en rester aux immédiats environs de Jérusalem. Il ne parle même pas de Gath, qui est déjà menacé et est dans une périphérie relativement éloignée (approximativement entre Jérusalem et Gaza dans la géographie actuelle) — pour ne rien dire d’Akko loin dans le nord (actuel Acre au Liban) — non le danger n’est pas éloigné, il est là, aux abords de Jérusalem, qui a perdu sa symbolique protectrice tant ce qui s’y passe montre que si Dieu est bien dans son temple, c’est du Temple céleste qu’il s’agit.

Quel sens pour aujourd’hui ? Dans un monde corrompu jusqu’au cœur des sanctuaires de nos pouvoirs, il est vain de vivre comme si les plaies qui frappent des pays lointains ne nous concernaient pas. Non seulement elles nous concernent dans la solidarité humaine, mais la menace est peut-être plus proche de nous qu’on veut le croire, ne serait-ce que parce que dans la géopolitique mondiale les sanctuaires de nos pouvoirs ne sont pas si innocents que cela dans nombre des malheurs et des violences qui frappent les peuples « lointains », pas si lointains que cela…

« Ne l'annoncez pas dans Gath, ne pleurez pas dans Akko ! Je me roule dans la poussière à Beth-Léaphra » (v. 10). Beth-Léaphra — ou : la maison de poussière —, ici-même.

RP
14.12.10, CP Antibes


mardi 30 novembre 2010

"Tenez ferme"




1 Thessaloniciens 2, 17 – 3, 13
17 Pour nous, frères, séparés de vous pour un temps, loin des yeux mais non du cœur, nous avons redoublé d'efforts pour aller vous voir, car nous en avions un vif désir.
18 C'est pourquoi nous avons voulu nous rendre chez vous — moi-même, Paul, à plusieurs reprises — et Satan nous en a empêchés.
19 En effet quelle est notre espérance, notre joie, l'orgueil qui sera notre couronne en présence de notre Seigneur Jésus, lors de sa venue sinon vous ?
20 Oui, c'est vous qui êtes notre gloire et notre joie. 

1 Aussi, n'y tenant plus, nous avons décidé de rester seuls à Athènes,
2 et nous avons envoyé Timothée, notre frère, collaborateur de Dieu pour la bonne nouvelle du Christ, afin de vous affermir et de vous encourager dans l'intérêt de votre foi,
3 pour que personne ne soit ébranlé dans les détresses présentes. En effet, vous le savez vous-mêmes, c'est pour cela que nous sommes là.
4 Lorsque nous étions chez vous, nous vous disions d'avance que nous allions connaître la détresse ; c'est ce qui est arrivé, vous le savez.
5 C'est pourquoi, n'y tenant plus, j'ai envoyé Timothée s'informer de votre foi, de peur que le tentateur ne vous ait mis à l'épreuve et que notre travail n'ait été inutile.
6 Mais Timothée vient de nous arriver de chez vous ; il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi, de votre amour et du bon souvenir que vous gardez toujours de nous ; il nous a annoncé que vous souhaitiez vivement nous revoir, ce que nous souhaitons tout aussi vivement.
7 Ainsi, au milieu de tout notre désarroi et de notre détresse, frères, nous avons puisé de l'encouragement en vous, grâce à votre foi.
8 Maintenant, nous vivons, puisque vous tenez ferme dans le Seigneur.
9 Comment pouvons-nous rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour toute la joie dont nous nous réjouissons à cause de vous devant notre Dieu ?
10 Nuit et jour, nous lui adressons de très instantes supplications, pour qu'il nous soit donné de vous revoir et de suppléer ce qui manque à votre foi.
11 Que notre Dieu et Père lui-même, et notre Seigneur Jésus, aplanissent notre chemin jusqu'à vous !
12 Que le Seigneur fasse foisonner et abonder votre amour les uns pour les autres et pour tous, à l'exemple de celui que nous avons pour vous !
13 Qu'il affermisse votre cœur, pour qu'il soit irréprochable dans la sainteté devant notre Dieu et Père, à l'avènement de notre Seigneur Jésus, avec tous ses saints ! Amen !

*

Ce passage est précédé par un propos fameux et redoutable, qui permet pourtant, si toutefois on le lit bien, de cerner le sens de ce que nous venons de lire.

Le propos précédent et redoutable, si on le lit mal, est celui selon lequel Paul écrirait que « les juifs […] ont "tué le Seigneur Jésus" […] » (1 Th 2, 15). On sait que le terme grec traduit généralement par « juifs » peut aussi vouloir dire « Judéens » (notion religieuse dans un cas, politico-régionale dans l’autre). Le choix se détermine par le contexte. Or le v. précédent indique qu’il est ici question (comme la plupart du temps pour ce terme dans le NT) de référence politico-régionale : « vous avez imité les Églises de Dieu qui sont en Judée […] puisque vous aussi avez souffert, de vos propres compatriotes, ce qu’elles ont souffert de la part des Judéens ; eux qui ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes […] » (1 Th 2, 14-15). Paul sait très bien qu’il n’aurait aucun sens d’attribuer aux juifs thessaloniciens l’événement advenu en Judée (la mort de Jésus) dans la complicité des autorités judéennes et romaines ! Le propos de Paul n’en est pas moins redoutable, qui, de plus, ouvre effectivement à un glissement qui renvoie aux tensions de Thessalonique. Le propos n’en serait que plus redoutable si, au lieu de lire « Judéens », comme l’induit le contexte, on traduit le terme par « juifs », selon l’habitude séculière qui a appuyé l’anti-judaïsme chrétien.

Or on serait avec 1 Thessaloniciens, selon nombre de critiques, peut-être l'épître la plus ancienne du Nouveau Testament. Voilà qui commencerait bien mal ! Si c'était ce que dit Paul. Mais ce n'est pas le cas. Ce qui se confirme dans le texte qui suit et que nous avons lu...

Paul est déjà aux prises avec des disciples judéens de Jésus qui ont une autre interprétation des conséquences de sa résurrection quant à l'application de loi de Moïse en vue du Royaume qui s'ouvre. Et leur influence se fait sans doute sentier jusqu'à Thessalonique (« Ils veulent nous empêcher d'annoncer aux autres peuples le message qui peut les sauver » - 1 Th 2, 16). Et c'est cela le problème des destinataires de son épître. Et c'est pour cela que Paul souhaite aller voir les Thessaloniciens — et à défaut leur a envoyé Timothée —, pour les affermir dans son Évangile universel, voulant que les croyants en Jésus d'origine païenne restent ce qu'ils sont quant à leur coutumes nationales, sous peine de grever l'annonce de l'Évangile d'une coloration traditionnelle particulière, en l'occurrence sa tradition d'origine propre, à savoir celle du judaïsme. Fort bien tout cela, mais le risque pour Paul, est de ruiner ipso facto d'extension universelle du Royaume dont la résurrection du Christ est le point de déclenchement.

Voilà qui peut déranger mêmes les autorités romaines. Car si le judaïsme est toléré dans l'Empire, on n'aime pas trop le développement des mouvements qui rompent les frontières des communautés. D'où, au cœur de la persécution en marche, la tentation pour les disciples de Jésus de se rattacher purement et simplement à la version judéenne de leur adhésion à Jésus.

C'est une mise en garde contre cette tentation qui transparait dans cette épitre, à travers encouragements et félicitations, mise en garde d'autant plus vive que le Royaume est proche, et qu'il n'est pas opportun d'en hypothéquer l'urgence en rognant son ouverture universelle...

RP
30.11.10, CP Vence


mardi 16 novembre 2010

Des chemins troubles vers la délivrance




Psaume 15
1 Psaume. De David.
SEIGNEUR, qui séjournera dans ta tente ? Qui demeurera dans ta montagne sacrée ?
2 Celui qui suit la voie de l'intégrité, qui pratique la justice et qui parle loyalement, de tout cœur.
3 Il n'utilise pas sa langue pour calomnier, il ne fait pas de mal à son prochain et il n'outrage pas ses proches.
4 Il repousse celui qui est méprisable à ses yeux, mais il honore ceux qui craignent le SEIGNEUR ; il ne se rétracte pas, s'il fait un serment à son préjudice.
5 Il ne prête pas son argent à intérêt, il n'accepte pas de pot-de-vin aux dépens de l'innocent. Celui qui agit ainsi ne vacillera jamais.

Psaume 106
34 Ils n'ont pas dévasté les peuples que le SEIGNEUR leur avait indiqués.
35 Ils se sont mêlés aux nations et ils ont appris leurs œuvres.
36 Ils ont servi leurs idoles, et celles-ci ont été pour eux un piège ;
37 ils ont sacrifié leurs fils et leurs filles aux dévastateurs,
38 ils ont répandu le sang innocent, le sang de leurs fils et de leurs filles, qu'ils ont sacrifiés aux idoles de Canaan, et le pays a été profané par les effusions de sang.
39 Ils se sont rendus impurs par leurs œuvres, ils se sont prostitués par leurs agissements.
40 Le SEIGNEUR s'est mis en colère contre son peuple, et il a pris en abomination son patrimoine.
41 Il les a livrés aux nations ; ceux qui les détestaient les ont dominés ;
42 leurs ennemis les ont opprimés, et ils ont été humiliés sous leur main.
43 Bien souvent il les a délivrés ; mais ils ont fait des projets de rebelles et ils se sont enfoncés dans leur faute.
44 Il a vu leur détresse lorsqu'il a entendu leur cri.
45 Il s'est souvenu en leur faveur de son alliance ; il a eu pitié, selon sa grande fidélité,
46 et il leur a accordé la compassion de tous ceux qui les avaient emmenés captifs.
47 Sauve-nous, SEIGNEUR, notre Dieu, et rassemble-nous d'entre les nations, afin que nous célébrions ton nom sacré et que nous mettions notre honneur à te louer !
48 Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d'Israël, depuis toujours et pour toujours ! Que tout le peuple dise : Qu'il en soit ainsi ! Louez le SEIGNEUR (Yah) !

*

Le Psaume 15 donne comme un déploiement des effets de la Loi reçue dans l’intériorité, le Psaume 106 présente son échec quant à son application dans le temps.

Le Psaume 106 présente en résumé quelques-unes des étapes marquantes du parcours du peuple depuis l’exil d’Égypte jusqu’au retour d’exil de Babylone, montrant qu’au cours temps il a fait preuve d’une constance remarquable, de génération en génération, dans la surdité à l’appel de Dieu et dans la pratique du culte des idoles.

Et rien n’a jamais changé, jusqu’en l’exil, qui a été la conséquence de la conformation à l’idolâtrie ambiante. Le retour d’exil lui-même n’est pas le fruit d’un changement, mais de la seule miséricorde de Dieu attentif à la détresse de son peuple (v. 44-46).

C’est au point que jusqu’à présent il est question de retour à Dieu, comme effet de sa seule miséricorde (v. 47-48).

À ce point se scelle l’échec de la Loi à accomplir ce qu’elle prescrit. Échec avéré dans l’histoire du peuple, qui permet même de s’interroger sur le rapport entre la Loi comme parole éternelle et la Loi dans sa compréhension historique. Le récit épique de l’histoire du peuple est reçu comme effet de sa compréhension de la Loi, et de la non-observation de cette compréhension. Avec une question : la non-observance de ce qui fut reçu comme prescriptions historiques n’est-elle pas elle-même le signe de la distance entre la Loi éternelle et sa compréhension dans le temps (1er usage de la Loi – usage politique).

Ainsi le peuple n’est-il pas dans la situation d’Abraham percevant l’ordre de Dieu comme étant celui de sacrifier son fils… jusqu’à ce que Dieu le mène à entendre que ce n’est nullement de cela qu’il s’agit ? De même le peuple percevant l’ordre de détruire les nations des territoires de la conquête ne se voit-il pas au bout du compte dévoiler, mais cette fois par sa désobéissance, que cette compréhension-là de La loi en dévoile une impasse, celle au bout de laquelle de toute façon l’idolâtrie succède à l’idolâtrie ? Et débouche sur l’exil loin de Dieu, perçu comme Dieu de colère.

Une Loi s’avérant haïssable par cela même qu’elle semble prescrire, en radicale opposition aux désirs de notre propre nature — voire à ses désirs les plus sains (qu’est-ce que cette exaltation à regret d’une dévastation non-avérée ? – v. 34). Mais du coup se dévoile aussi de la façon la plus crue l’ambiguïté de notre propre nature, qui à travers même ses désirs les plus sains en cache d’autres, secrets, bien moins avouables, projetant à la face du ciel les débouchés les plus vils de ses volontés, jusqu’au sacrifice dévastateur de ses propres enfants ! (v. 37)

À ce point, la Loi, suscitant la haine contre son auteur, marque et son impuissance et sa seule fonction, intérieure, nous mettant face à nos mensonges. Elle nous conduit alors (2e usage de la Loi, pédagogique) à recourir à la grâce et à la confession que l’avons bien mal lue et reçue. Elle n’offre dès lors à l’être gracié que le tracé d’une structuration intérieure — suivre la voie de l'intégrité (3e usage de la Loi, structurateur) —, une injonction à la vie, riant des impuissances de notre propre nature à atteindre ce qui reste hors d’atteinte.

R.P.
Antibes, CP, 16.11.10