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dimanche 13 avril 2025

"Ni par la puissance ni par la force"




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2, 6-11 ; Luc 19, 28-40

Zacharie 9, 9
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse.
Zacharie 4, 6
Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le SEIGNEUR de l’univers.

*

Au jour où Jésus entre à Jérusalem, la ville est occupée par les armées romaines — qui finiront par la détruire. Jésus en a pleuré, nous dit l'Évangile de Luc (19, 41). Mais il annonce aussi que la victoire viendra quand même, de façon surprenante, mystérieuse, une victoire totale, jusque sur la mort, le dernier ennemi (1 Corinthiens 15, 26)…

Déjà le prophète Zacharie parlait de la victoire inespérée du Seigneur sur la puissance des armées ennemies, et jusque sur le pouvoir de la mort, « ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, par mon Souffle, dit le Seigneur » (Zach 4, 6) — tandis que, toujours selon le prophète Zacharie, le Messie annoncé comme le futur roi David, le porteur de cette délivrance étonnante, arrive sur un ânon, un petit âne (Zach 9, 9).

Au jour des Rameaux (Rameaux que Luc ne mentionne d'ailleurs pas), c’est encore cette espérance que porte l'ânon face à l’immense supériorité militaire de Rome ; c’est toujours l’espérance du prophète Zacharie, que veut encore redonner Jésus par le geste de son entrée dans Jérusalem au dos d’un ânon — qui n’est pas un cheval, pas un animal militaire, ni prestigieux, parce que, selon la prophétie de Zacharie : « ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, dit le Seigneur ».

*

Alors… — Luc 19, 28-41 — :
28 […] Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.
29 Or, quand il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont dit des Oliviers, il envoya deux disciples
30 en leur disant : « Allez au village qui est en face ; en y entrant, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a jamais monté. Détachez-le et amenez-le.
31 Et si quelqu’un vous demande : “Pourquoi le détachez-vous ?” vous répondrez : “Parce que le Seigneur en a besoin.” »
32 Les envoyés partirent et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : « Pourquoi détachez-vous cet ânon ? »
34 Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. »
35 Ils amenèrent alors la bête à Jésus, puis jetant sur elle leurs vêtements, ils firent monter Jésus ;
36 et à mesure qu’il avançait, ils étendaient leurs vêtements sur la route.
37 Déjà il approchait de la descente du mont des Oliviers, quand tous les disciples en masse, remplis de joie, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
38 Ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !
39 Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples !
40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !
41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle ».

*

Venu sur un ânon, Jésus présente le royaume d’un roi humble, pacifique, sans armes ni armée, accueilli au nom de Dieu — « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » — au nom du Seigneur par lequel, par l’Esprit duquel, tout est toujours possible…

Ce n’est pas par la puissance et la force que l’on obtient la vraie délivrance, « c’est par mon Esprit, mon Souffle, dit le Seigneur. »

Or voilà que le signe de cette délivrance, par la puissance non de la force, mais du doux et léger Souffle de Dieu ; voilà que ce signe qu’est la venue du roi humble sur un ânon, vient d’être donné. Il entre sur un ânon…

*

« Lui qui est de condition divine
n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu.
Mais il a de lui-même renoncé à tout ce qu'il avait, prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux autres hommes, reconnu comme un simple homme,
il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix. »

(Philippiens 2, 6-8)

*

… Dans un royaume “normal”, ce n’est pas celui qui se fait serviteur qui règne, c’est au contraire celui qui se fait mousser, qui veut montrer à tout le monde combien il fait tout bien, et qui pour cela n’hésite pas à dénigrer les autres, ce que font ou, pense-t-il, ne font pas les autres… Au lieu d’être de ceux-là, pensons à la formule de l’acteur Robin Williams : « chaque personne que vous rencontrez est dans un combat dont vous ne savez rien. Alors soyez gentils. Toujours. »

Reconnaissons que grand ou petit, jeune ou vieux, nous voulons être le premier, le plus important, ou le plus apprécié ; nous avons à demander pardon de vouloir nous ranger devant les autres, de penser à nos désirs avant ceux des autres, parfois quitte à les dénigrer, les blesser.

Ce n’est pas l’Esprit de Dieu que cet esprit-là : « par mon Esprit, souffle doux et léger, pas par la puissance, ni par la force », ni en se faisant valoir, croyant et disant faire mieux que les autres, en en disant du mal. Ce n’est pas ainsi qu’on fait venir le royaume éternel. « Les rois des nations agissent avec elles en seigneurs, et ceux qui dominent sur elles se font appeler bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous » (Luc 22, 25-26a). Le royaume du Christ est un royaume où celles et ceux qui sont déconsidérés, comme le Christ l’a été, vivent devant lui ; contrairement aux royaumes de ce temps où règnent ceux qui en imposent.

Au lieu de penser être mieux, faire mieux, les disciples du roi du royaume sont comme des ânes, réputés disgracieux, stupides et balourds, réputés ne pas faire les choses comme il faut par ceux qui pensent mieux faire ; mais c’est un âne, un de ceux qui font des âneries, qui a porté ce roi qui a renoncé à tout ce qu'il avait, ce roi qui a renoncé à être le plus fort, lui qui est de condition divine. Il s’est abandonné à l’Esprit de son Père pour instaurer son royaume « ni par la puissance ni par la force, mais par l’Esprit du Seigneur ».

Ainsi il peut dire à chacune et chacun de nous : « Qu’il n’en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. […] Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Luc 22, 26-27)

*

« C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé
et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tous s’agenouillent,
dans les cieux, sur la terre, sous la terre,
et affirment que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. »

(Philippiens 2, 9-11)

*

C’est cela, le royaume où règne le plus humble, qui s’est fait serviteur ; c’est le royaume où il accueille toutes celles et ceux qui sont comme des ânes, comme ce petit âne qu’il a choisi pour le porter à Jérusalem et au monde…


RP, Châtellerault, Rameaux, 13 avril 2025
Culte en entier :: :: Prédication (format imprimable)


dimanche 2 avril 2023

“Hosanna”




Matthieu 21, 1-11
1 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2 en leur disant : "Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin, et il les laissera aller tout de suite."
4 Cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qu’a dit le prophète :
5 Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme.
6 Les disciples s’en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : "Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux !"
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi : "Qui est-ce ?" disait-on ;
11 et les foules répondaient : "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."

*

Hosanna ! C’est l’acclamation de la foule lorsque Jésus entre en procession royale à Jérusalem. Hosanna : reprise du v. 25 du Ps 118, dit traditionnellement, rameaux en mains, lors de la fête de Souccoth — célébrée en septembre-octobre. (« Hosanna », qui vient du grec, dérive de l’hébreu « Hochi’ah na’ »« Hoshanna » : sauve, maintenant.) Si le mot Hosanna est devenu une exclamation de joie et de bienvenue, à l’origine c'est une supplique : « Sauve maintenant », sauve tout de suite, dans l’instant présent, dès cet instant, sauve ce temps, sauve notre temps.

Cela peut être assez proche de l’appel des Épîtres (aux Éphésiens 5, 16 ; ou aux Colossiens 4, 5) à « racheter le temps ». En ce sens, cela suppose qu’il y a un autre temps, où « mille ans sont comme un jour » (Ps 90), d’où se « rachète » le temps, comme on sort quelqu’un d’un fleuve. « Béni soit celui qui vient » parmi nous… depuis le « plus haut des cieux », depuis hors du fleuve de ce temps. Où l’on trouve ce sens à « Hoshanna » : le Royaume à venir est aussi présent — de façon cachée, maintenant, « au milieu de nous ». Manifeste-le, rends-le présent, demande-t-on à Jésus. « Hoshanna (du) plus haut des cieux »… « Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient » à la rencontre de Jérusalem, à notre rencontre, dans notre temps.

Notre temps, notre maintenant, est appelé à être sauvé, racheté — car notre temps se corrompt, contrairement au temps éternel inauguré ici-bas dans la résurrection du Christ selon le temps céleste où un jour est comme mille ans et où mille ans sont comme un jour (2 Pierre 3, 8).

L’Écriture nous invite à revêtir en Jésus Christ l’incorruptibilité où le temps cesse d’être perte. Un peu comme devant Jésus, aux Rameaux, on dépouillait ses vêtements du temps pour revêtir le Christ du « plus haut des cieux ». Le temps, notre temps, est celui de l’exil hors de l’éternité. Ce temps, celui de notre monde, qui dès lors « est tout entier au pouvoir du Malin » (1 Jean 5, 19).

Là, on est au cœur du quiproquo des Rameaux. Les foules attendent sans doute une délivrance — à l’égard de l’oppression romaine —, mais qui les laissera, elles l’ignorent, dans ce temps de ténèbres, le nôtre, où « le monde entier est au pouvoir du Malin » — car après Rome, il y en aura d'autres, autant de signes d'une oppression plus fondamentale. Tant que ce monde dure c’est de cette autre oppression, qui porte les oppressions du temps, qu’il s’agit d’être sauvé (cf. Mt 21, 5 / Zacharie 9, 9).

*

Or qui a accompli cela ? Celui à qui la foule le demande à ce moment-là. Mais la foule ne sait pas exactement ce qu’elle demande — comme Abraham, quand il commence sa montée du mont Morija ne sait pas. Il ne sait pas encore qu'il s'agit de retrouver Isaac en vérité, et non plus tel qu'Abraham le maintenait sous son pouvoir. La foule ne sait pas que celui qu’elle acclame comme un roi temporel devra être sacrifié comme tel, pour rayonner de sa vérité éternelle.

Alors le temps est racheté. Voilà la parole surgie de la foule agitée, de la foule en fête, parole silencieuse derrière les mots, mais qui retentira au dimanche de Pâques en écho de l’éternité dans laquelle est fondé le salut de celles et ceux qui sont dans le temps.




(Textes du jour : Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2.6-11 ; Matthieu 21.1-11)





dimanche 28 mars 2021

Un royaume à l’envers




Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2.6-11 ; Marc 11.1-10

Zacharie 9, 9
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse.
Zacharie 4, 6
Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le SEIGNEUR de l’univers.

*

Au jour où Jésus entre à Jérusalem, la ville est occupée par les armées romaines — qui finiront par la détruire. Jésus en a pleuré, nous dit l'Évangile de Luc (ch. 19, v. 41). Mais il annonce aussi que la victoire viendra quand même, de façon surprenante, mystérieuse, une victoire totale, jusque sur la mort, le dernier ennemi (1 Corinthiens 15, 26)… Une victoire pour un royaume à l’envers.

Déjà le prophète Zacharie parlait de la victoire inespérée du Seigneur sur la puissance des armées ennemies, et jusque sur le pouvoir de la mort, « ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, par mon Souffle, dit le Seigneur » (Zach 4, 6) — tandis que, toujours selon le prophète Zacharie, le Messie annoncé comme le futur roi David, le porteur de cette délivrance étonnante, arrive sur un ânon, un petit âne (Zach 9, 9).

Au jour des Rameaux, c’est encore cette espérance que porte l'ânon face à l’immense supériorité militaire de Rome ; c’est toujours l’espérance du prophète Zacharie, que veut encore redonner Jésus par le geste de son entrée dans Jérusalem au dos d’un ânon — qui n’est pas un cheval, pas un animal militaire, ni prestigieux, parce que, selon la prophétie de Zacharie : « ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, dit le Seigneur ».

*

Alors… — Marc 11, 1-10 — :
1 Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples
2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le.
3 Et si quelqu’un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ?” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” »
4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d’une porte, dans la rue. Ils le détachent.
5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? »
6 Eux leur répondirent comme Jésus l’avait dit et on les laissa faire.
7 Ils amènent l’ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s’assit dessus.
8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d’autres des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne.
9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

*

Venu sur un ânon, Jésus présente un royaume à l’envers, celui d’un roi humble, pacifique, sans armes ni armée, accueilli au nom de Dieu — « Hosanna ! Sauve maintenant ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! » — au nom du Seigneur par lequel, par l’Esprit duquel, tout est toujours possible…

Ce n’est pas par la puissance de la force que l’on obtient la vraie délivrance, « c’est par mon Esprit, mon Souffle, dit le Seigneur. »

Or voilà que le signe de cette délivrance, par la puissance non de la force, mais du doux et léger Souffle de Dieu ; voilà que ce signe qu’est la venue du roi humble sur un ânon, vient d’être donné. Il entre sur un ânon…

*

« Lui qui est de condition divine
n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu.
Mais il a de lui-même renoncé à tout ce qu'il avait, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux autres hommes, reconnu comme un simple homme,
il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix. »
(Philippiens 2, 6-8)

*

… Pour un royaume à l’envers. Car dans un royaume à l’endroit, ce n’est pas celui qui se fait serviteur qui règne, c’est au contraire celui qui se fait mousser, qui veut montrer à tout le monde combien il fait tout bien, et qui pour cela n’hésite pas à dénigrer les autres, ce que font ou, pense-t-il, ne font pas les autres… Au lieu d’être de ceux-là, pensons à la formule de l’acteur Robin Williams : « chaque personne que vous rencontrez est dans un combat dont vous ne savez rien. Alors soyez gentils. Toujours. »

Reconnaissons que grand ou petit, jeune ou vieux, nous voulons être le premier, le plus important, ou le plus apprécié ; nous avons à demander pardon de vouloir nous ranger devant les autres, de penser à nos désirs avant ceux des autres, parfois quitte à les dénigrer, les blesser.

Ce n’est pas l’Esprit de Dieu que cet esprit-là : « par mon Esprit, souffle doux et léger, pas par la puissance, ni par la force », ni en se faisant valoir, croyant et disant faire mieux que les autres, en en disant du mal. Ce n’est pas ainsi qu’on fait venir le royaume à l’envers, royaume éternel. « Les rois des nations agissent avec elles en seigneurs, et ceux qui dominent sur elles se font appeler bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous » (Luc 22, 25-26a). Le royaume du Christ est bien un royaume à l’envers. Un royaume où celles et ceux qui sont déconsidérés, comme le Christ l’a été, vivent devant lui ; contrairement aux royaumes à l’endroit, où règnent ceux qui en imposent.

Au lieu de penser être mieux, faire mieux, les disciples du roi du royaume à l’envers sont comme des ânes, réputés disgracieux, stupides et balourds, réputés ne pas faire les choses comme il faut par ceux qui pensent mieux faire ; mais c’est un âne, un de ceux qui font des âneries, qui a porté ce roi qui a renoncé à tout ce qu'il avait, ce roi qui a renoncé à être le plus fort, lui qui est de condition divine. Il s’est abandonné à l’Esprit de son Père pour instaurer son royaume à l’envers « ni par la puissance ni par la force, mais par l’Esprit du Seigneur ».

Ainsi il peut dire à chacune et chacun de nous : « Si l’un de vous veut être important, qu’il soit votre serviteur. Si l’un de vous veut être le premier, qu’il soit serviteur de tous. En effet, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et offrir sa vie pour prix de nos vies. » (Marc 10, 43-45)

*

« C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé
et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tous s’agenouillent,
dans les cieux, sur la terre, sous la terre,
et affirment que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. »
(Philippiens 2, 9-11)

*

C’est cela, le royaume à l’envers, le royaume où règne le plus humble, qui s’est fait serviteur ; c’est le royaume où il accueille toutes celles et ceux qui sont comme des ânes, comme ce petit âne qu’il a choisi pour le porter à Jérusalem et au monde…


RP, Poitiers, Rameaux, 28 mars 2021
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dimanche 5 avril 2020

De Souccoth à Rameaux




Cultes au temple suspendus jusqu'à nouvel ordre suite aux directives des pouvoirs publics.

Liturgie et prédication en PDF ici

Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2.6-11 ; Matthieu 21.1-11

Matthieu 21, 1-11
1 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2 en leur disant : "Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin, et il les laissera aller tout de suite."
4 Cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qu’a dit le prophète :
5 Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme.
6 Les disciples s’en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : "Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux !"
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi : "Qui est-ce ?" disait-on ;
11 et les foules répondaient ; "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."


« Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme », reprise de Zacharie 9, 9 par Matthieu (21, 5). Dans le cadre de l’année liturgique juive, c'est lors de la fête de Souccoth qu'on lit Zacharie (ch. 14, v. 1-21) annonçant le jour où toute l’humanité reconnaît le Dieu vivant, — tandis que, toujours selon Zacharie, le Messie annoncé arrive sur un ânon (ch. 9, v. 9). La lecture de Zacharie 14 annonçant le jour où toute l’humanité reconnaît le Dieu vivant, a lieu le premier jour de la fête de Souccoth, ou des « cabanes » (i.e. « tabernacles »), célébrée au début de l’automne, suite à Roch Hachana, le Nouvel an. Une fête durant laquelle on vit une semaine sous des branchages, des Souccoth, des « cabanes » comme au temps de l’Exode, au temps du désert, qu’elle commémore ; tandis qu’elle annonce face au souvenir de l’Exode, une nouvelle Pâque, une délivrance définitive.

Le dernier jour de la fête, tous les fidèles font cortège autour de la Torah, en chantant « Hoshanna »« Seigneur, sauve maintenant » (Ps 118, 25), rameaux en mains, selon la prescription du livre du Lévitique (ch. 23, v. 40) : « Vous prendrez des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence du Seigneur votre Dieu, durant sept jours », demeurant dans des cabanes de branchages, sept jours devenus dans les Évangiles figure des sept jours de la semaine sainte.

Car, on le voit bien, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête juive de Souccoth. Et ce n’est pas par hasard. Souccoth commémorant les lendemains de la première Pâque, a une connotation pascale. S’annonce alors pour le peuple la délivrance qui s’accomplit dans la venue du Règne du Messie que, dans les Évangiles, on reconnaît en Jésus.

Voilà qui met en perspective le rapport de Rameaux et de la Semaine sainte ! Un rapport qui ne serait pas tant de l’ordre de la chronologie que de celui de la permanence de la promesse, qui relie tout le temps liturgique, du Nouvel an à la Pâque et à la Pentecôte (« par mon Esprit », dit le Seigneur — Zacharie 4, 6) : une mise en perspective ouvrant sur l’entrée de ce temps dans l’éternité du Ressuscité… Où s'explique le « télescopage », très perceptible chez Jean, entre Souccoth et l'entrée de Jésus à Jérusalem… Où la croix devient l'axe du temps.

Une mise en perspective qui fait rejaillir tout à nouveau la promesse de la première Pâque : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » — quand tu entreras dans la liberté que je te donne, tu sauras enfin accueillir le don que je te fais.

Et voici que « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant bien longtemps après, par la bouche de David (Ps 95, 7-8) : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. Il reste donc un repos de sabbat pour le peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là » (Hébreux 4, 7 & 9-11). Pour cela, Seigneur, « sauve maintenant ! Hoshanna ! »

Le dernier chapitre du livre de Zacharie, le ch. 14, lu lors la fête de Souccoth, le premier jour de la fête, annonce, avant la pacification autour du Dieu vivant, un temps où tous les peuples se réuniront pour lutter contre Jérusalem et s'en empareront.

Mais ils seront finalement vaincus. « Et ceux qui se seront dressés contre Jérusalem y monteront chaque année pour se prosterner devant le Roi Seigneur des Armées, et célébrer la solennité de Souccoth », annonce la prophétie. Dans sa signification profonde, cette fête, symbole de la protection divine, préfigure les jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant ; le Messie annoncé par ce même Zacharie arrivant sur un ânon.

Venu sur un ânon, Jésus se présente en triomphateur humble et pacifique, au nom de Dieu — « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » — Dieu en qui tout est toujours possible. Cette procession royale précède la violence de l’attaque future de Jérusalem, comme la procession royale du livre de Zacharie annonce le salut miraculeux de Jérusalem — salut qui intervient au cœur même de sa détresse.

Quelle est la chronologie des événements selon Zacharie ? Difficile à dire. Deux perspectives se superposent : l’attaque de Jérusalem et sa délivrance miraculeuse liée à la présence du roi humble, venant sur un ânon, au seul nom du Seigneur.

Ce n’est pas par la force que tu obtiens ta délivrance, c’est par mon Esprit, dit le Seigneur (dans la prophétie de Zacharie — 4, 6 : « ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon esprit, dit le Seigneur des armées »).

En d’autres termes la procession de Jésus sur un ânon vient annoncer la délivrance de Jérusalem, qui peut intervenir à tout moment. Le Seigneur intervient au cœur même de la menace, au cœur même de l’encerclement de Jérusalem par tous ses ennemis.

Or voilà que le signe de cette intervention, le roi humble venant sur un ânon, vient d’être donné.

*

Où l’on retrouve le côté superposé qui est celui de l’apparente chronologie Souccoth-Pâques dans les Évangiles. Ce n’est pas un ordre chronologique des événements qui est proposé — mais tout comme dans Zacharie, c’est un croisement menace-délivrance qui se superposent. Avec une question : qu’allons nous choisir, la terreur devant l’ennemi qui menace ? Ou la confiance en ce que la délivrance, qui ne vient pas par la force — l’ennemi est de toute façon trop puissant —, est donnée par l’Esprit du Seigneur, Esprit d’humilité. La menace s’accomplira — quelques décennies après en l’occurrence : l’an 70.

Mais déjà au cœur de la menace, a été donnée la parole de la délivrance : celle du prophète Zacharie : « réfugiez-vous en moi seul, c’est par mon Esprit », dit le Seigneur. Et signe de cela, ton roi vient à toi sur un ânon. À ce moment-là, au jour des Rameaux, dans cette prophétie de Souccoth, tout est donné, tout est en passe d’être accompli !

Car ce qui s’annonce aux Rameaux, c’est l’accomplissement de l’invocation de Souccoth : « Hoshanna », « sauve dès maintenant » ! C’est bien dès maintenant, toujours dès maintenant, que vient le salut. L’intervention du Dieu du salut a lieu dès aujourd’hui, avant même que les puissances ennemies n’aient mis en œuvre leur menace.

Alors se dessine la façon dont la délivrance, qui n’est pas le fait de la force s’opère dès maintenant, la façon dont elle va s’accomplir : non seulement celui qui vient sur un ânon ne va pas déployer on ne sait quels moyens militaires terrestres, ou autres armées célestes, mais il va briser la puissance de l’ennemi, de tout ennemi… en mourant : la croix est en perspective. Il l’emporte alors jusque sur le dernier ennemi, la mort, qui ne peut le retenir, et le voit se relever au dimanche de Pâques.

C’est là ce qu’annonce la fête de Souccoth selon sa relecture dans l’Évangile des Rameaux : l’accomplissement de toutes les délivrances… « ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit ».


RP, Rameaux, 05.04.2020


dimanche 14 avril 2019

"Il vit la ville, il pleura sur elle"




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2, 6-11 ; Luc 19, 28-40

Luc 19, 28-44
28 Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem.
29 Lorsqu'il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples,
30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis ; détachez-le et amenez-le.
31 Si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. »
32 Ceux qui avaient été envoyés s'en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l'ânon ?
34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin.
35 Et ils l'amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l'ânon et firent monter Jésus.
36 A mesure qu'il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin.
37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus.
38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel
et gloire dans les lieux très hauts !
39 Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples !
40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !
41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle
42 en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t'est caché.
43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t'entoureront de palissades, t'encercleront et te presseront de toutes parts ;
44 ils t'écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine.

*

« Parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine », dit Jésus se lamentant sur Jérusalem (v. 44), « tu vas être détruite »… Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que la Judée n’a pas, loin s’en faut, la puissance militaire des Romains. La destruction de 70 : une issue inéluctable.

Perspective tragique pour laquelle Jésus pleure (v. 41). Déjà le prophète Zacharie, ch. 4, v. 6, parlait ainsi de l’intervention divine : « ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le Seigneur des armées (célestes) ».

Telle est la leçon qui transpire de l’issue inéluctable induite de la faiblesse militaire, leçon qui perce depuis la prophétie de Zacharie ; la leçon que Jérusalem ignore tragiquement, et que veut rappeler Jésus par le geste prophétique de son entrée dans la ville au dos d’un ânon — d’où la mise en scène, qui a retenu les disciples, autour de l’ânon, qui n’est pas un cheval, pas un animal militaire ! « Ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le Seigneur des armées ».

Dans le cadre de l’année liturgique juive, on lit Zacharie (ch. 14, v. 1-21) — annonçant le jour où toute l’humanité reconnaît le Dieu vivant, tandis que, toujours selon Zacharie, le Messie annoncé arrive sur un ânon (ch. 9, v. 9) —, on lit Zacharie le premier jour de la fête de Soukkoth, célébrée au début de l’automne, suite à Roch Hachana, le Nouvel an. Une fête durant laquelle on vit une semaine sous des branchages, des Soukkoth, des ‘tentes’, ou ‘cabanes’ comme au temps de l’Exode, au temps du désert, que la fête commémore ; tandis qu’elle annonce face au souvenir de l’Exode, une nouvelle Pâque, une délivrance définitive.

Le dernier jour de la fête, tous les fidèles font cortège autour de la Torah, en chantant « Hoshanna » — « Seigneur, sauve maintenant » (Ps 118, 25), rameaux en mains — rameaux qui ne sont pas mentionnés par Luc, non plus que l’expression « Hosanna ». La fête de Soukkoth se déroule selon la prescription du livre du Lévitique (ch. 23, v. 40) : « Vous prendrez des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence du Seigneur votre Dieu, durant sept jours », demeurant dans des cabanes de branchages, sept jours devenus dans les évangiles figure des sept jours de la semaine sainte.

On le voit, notre fête de Rameaux (qui, donc, ne porterait pas ce nom s'y l'on s'en tenait au seul texte de Luc) évoque irrésistiblement cette fête juive de Soukkoth. Et ce n’est pas par hasard. Soukkoth commémorant les lendemains de la première Pâque, a une connotation pascale. S’annonce alors pour le peuple la délivrance qui s’accomplit dans la venue du Règne du Messie que, dans les évangiles, on reconnaît en Jésus.

Notons qu’à bien y regarder, les Évangiles ne sont pas explicites sur le moment de Rameaux !… Voilà qui met en perspective le rapport de Rameaux et de la Semaine sainte ! Un rapport qui ne serait pas tant de l’ordre de la chronologie que de celui de la permanence de la promesse, qui relie tout le temps liturgique, du Nouvel an à la Pâque et à la Pentecôte (« par mon Esprit », dit le Seigneur) : une mise en perspective ouvrant sur l’entrée de ce temps dans l’éternité de Ressuscité…

Une mise en perspective qui fait rejaillir tout à nouveau la promesse de la Pâque au jour de l'Exode : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » — quand tu entreras dans la liberté que je te donne, tu sauras enfin accueillir le don que je te fais.

Voici que le Seigneur nous redit cette promesse : « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant bien longtemps après, par la bouche de David (Ps 95, 7-8) : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. Il reste donc un repos de sabbat pour le peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là » (Hébreux 4, 7 & 9-11). Pour cela, Seigneur, « sauve maintenant ! Hoshanna ! »

Voilà qui éclaire la lamentation de Jésus sur Jérusalem qui suit immédiatement son entrée triomphale !

Cette lamentation sur une Jérusalem en passe d’être la proie de ses ennemis se rattache à la façon dont est soulignée la présence de l’ânon. Sa préparation mystérieuse en quelque sorte, sa présence dès lors inévitable ce jour-là, nous placent au cœur de la prophétie de Zacharie.

Le dernier chapitre du livre de Zacharie, le ch. 14, lu lors la fête de Soukkoth, le premier jour de la fête, annonce, avant la pacification autour du Dieu vivant, un temps où tous les peuples se réuniront pour lutter contre Jérusalem et s'en empareront.

Mais ils seront finalement vaincus. « Et ceux qui se seront dressés contre Jérusalem y monteront chaque année pour se prosterner devant le Roi Seigneur des Armées célestes, et célébrer la solennité de Soukkoth », annonce la prophétie. Dans sa signification profonde, cette fête, symbole de la protection divine, préfigure les jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant ; le Messie annoncé par ce même Zacharie arrivant sur un ânon.

Après le temps de joie de la fête ; tandis que Jésus approche de Jérusalem, il pleure sur elle, dit le texte, donnant alors une tonalité particulière à la fête, et soulignant tout le sens prophétique qu’il lui donne.

Venu sur un ânon, il se présente en triomphateur humble et pacifique, au nom de Dieu — « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » — Dieu en qui tout est toujours possible. Cette procession royale précède la violence de l’attaque future de Jérusalem, comme la procession royale du livre de Zacharie annonce le salut miraculeux de Jérusalem — salut qui intervient au cœur même de sa détresse.

Quelle est la chronologie des événements selon Zacharie ? Difficile à dire. Deux perspectives se superposent : l’attaque de Jérusalem et sa délivrance miraculeuse liée à la présence du roi humble, venant sur un ânon, au seul nom du Seigneur.

Ce n’est pas par la force que tu obtiens ta délivrance, c’est par mon Esprit, dit le Seigneur (dans la prophétie de Zacharie : « ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon esprit, dit le Seigneur des armées »).

En d’autres termes la procession de Jésus sur un ânon vient annoncer la délivrance de Jérusalem, qui peut intervenir à tout moment. Le Seigneur intervient au cœur même de la menace, au cœur même de l’encerclement de Jérusalem par tous ses ennemis.

Or voilà que le signe de cette intervention, le roi humble venant sur un ânon, vient d’être donné.

*

Où l’on retrouve le côté superposé qui est celui de l’apparente chronologie Soukkoth-Pâques dans les évangiles. Ce n’est pas un ordre chronologique des événements qui est proposé — mais tout comme dans Zacharie, c’est un croisement menace-délivrance qui se superposent. Avec une question : qu’allons nous choisir, la terreur devant l’ennemi qui menace ? Ou la confiance en ce que la délivrance, qui ne vient pas par la force — l’ennemi est de toute façon trop puissant —, est donnée par l’Esprit du Seigneur, Esprit d’humilité, l’humilité de son envoyé, venant sur un ânon, et pas sur un cheval de guerre ?

Voilà le signe qui est donné ce jour-là, et voilà la raison des pleurs de Jésus : la menace s’accomplira — quelques décennies après en l’occurrence : l’an 70.

Mais déjà au cœur de la menace, il a donné la parole de la délivrance : celle du prophète Zacharie : « réfugiez-vous en moi seul, c’est par mon Esprit », dit le Seigneur. Et signe de cela, ton roi vient à toi sur un ânon. À ce moment-là, au jour des Rameaux, dans cette prophétie de Soukkoth, tout est donné, tout est en passe d’être accompli !

Car ce qui s’annonce aux Rameaux, c’est l’accomplissement de l’invocation de Soukkoth : « Hoshanna », « sauve dès maintenant » ! C’est bien dès maintenant, toujours dès maintenant, qu’est venu le salut. L’intervention du Dieu du salut a lieu dès aujourd’hui, avant même que les puissances ennemies n’aient mis en œuvre leur menace.

Alors se dessine la façon dont la délivrance, qui n’est pas le fait de la force, s’opère dès maintenant, et la façon dont elle va s’accomplir : non seulement le roi humble sur l’ânon ne va pas déployer on ne sait quels moyens militaires terrestres, ou autres armées célestes, mais il va briser la puissance de l’ennemi, de tout ennemi… en mourant : la croix est en perspective. Il l’emporte alors jusque sur le dernier ennemi, la mort, qui ne peut le retenir, et le voit se relever au dimanche de Pâques.

C’est là ce qu’annonce la fête de Soukkoth selon sa relecture dans l’évangile des Rameaux : l’accomplissement de toutes les délivrances…


RP, Châtellerault, 14.04.19 (PDF)


dimanche 25 mars 2018

Rameaux — Christ solidaire




Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2.6-11 ; Marc 11.1-10

Marc 11, 1-10

1 Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples
2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le.
3 Et si quelqu'un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ?” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” »
4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent.
5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? »
6 Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire.
7 Ils amènent l'ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s'assit dessus.
8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d'autres des feuillages qu'ils coupaient dans la campagne.
9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

*

Tout commence, avant la procession royale aux Rameaux, par un geste de solidarité de Jésus avec son peuple exilé. Geste posé devant Jean le Baptiste, et auquel Rameaux va donner son éclairage : son baptême :

Marc 1, 7-11
7 Jean prêchait, disant : Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers.
8 Moi, je vous ai baptisés d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint-Esprit.
9 En ce temps-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
10 Au moment où il sortait de l’eau, il vit les cieux s’ouvrir, et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
11 Et une voix fit entendre des cieux ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection.

Celui dont même un immense prophète, Jean, s’estime indigne, vient partager l’exil du peuple dans la souffrance et la mort, afin de l’en ramener. Aux jours des Rameaux c’est une victoire, victoire sur tout ce qui nous blesse, qui est fêtée.

*

Histoire de Pétoulet 1er, roi de Corso de M. André Blanchard — illustré en couleurs, Avignon, Rullière, 1956 (M. Blanchard était mon instituteur au CP, qui avait offert son livre à ses élèves) —, ou : de la tristesse de la solitude de Pétoulet, son exil au grenier de son oncle, aux eaux sombres de la Fontaine de Vaucluse, puis au corso, défilé en pleine lumière.

Pétoulet est un enfant de L’Île-sur-Sorgue (devenu L’Île-sur-la-Sorgue), tout petit (une pétoule est en provençal une petite crotte de rat). Pétoulet rêve d'être une star du corso qui va bientôt se dérouler dans sa ville.

Le corso est connu en Provence (le mot est d’origine italienne et désigne une promenade publique). À l’origine, c’est une occasion de célébrer ensemble un événement important. Celui-ci, coïncide bien souvent avec l’arrivée du printemps. Temps de Rameaux auquel le corso ressemble, finalement.

Le corso, ou fréquemment corso fleuri, consiste en un défilé de chars fleuris. À L’Île-sur-Sorgue, où se déroule l'histoire de Pétoulet, il s’agit d’un corso nautique, sur la Sorgue, la rivière qui trouve sa source dans la Fontaine de Vaucluse.

La Fontaine de Vaucluse est un des lieux surprenants de la nature. Un gouffre profond au pied d’une falaise, une vallée fermée, vallée clause, qui a donné son nom au département du Vaucluse. En temps normal, au fond de ce gouffre, apparaît comme un petit lac profond, mais d’où jaillit chaque printemps un flot impressionnant d’eau accumulée auparavant, croit-on, dans les profondeurs souterraines des autres montagnes alentour, dont le fameux Mont Ventoux. En naît la Sorgue, une de ces rivières abondantes du Vaucluse, dont celle qui abreuve L’Île-sur-Sorgue, et sur laquelle va se dérouler le corso nautique dont rêve Pétoulet.

Pétoulet rêve de corso, mais son oncle chez qui il demeure l’a puni et enfermé au grenier : pas question de corso pour lui ! Enfermé dans son grenier, Pétoulet rêve. Et voilà que vient à lui un être angélique, pour le sauver de sa tristesse : lui apparaît une fée qui le transporte à la Fontaine de Vaucluse, et le conduit dans le gouffre. Pétoulet plongé dans les eaux mystérieuses pour un baptême qui lui fait rencontrer le poète Pétrarque et sa bien aimée Laure. Pétrarque et Laure ont vraiment existé. Pétrarque était un poète qui vivait au XIVe siècle dans le Vaucluse, et qui s'était réfugié aux bords de la Fontaine de Vaucluse pour y célébrer l’amour de sa bien-aimée, Laure de Noves. M. Blanchard nous apprend que Pétoulet, guidé par sa fée, a retrouvé Pétrarque et Laure demeurant jusqu’aujourd’hui, vivant leur amour sur un îlot dans les profondeurs secrètes de la Fontaine de Vaucluse. Et les voilà qui accueillent Pétoulet, et qui décident de le consoler de sa tristesse : ils lui confectionnent un superbe char avec des fleurs et de grands pétales qui flottent, et l’attellent à des cygnes. Pétoulet prend place sur le char de fleurs, que les cygnes mettent en marche, le tirant jusqu’à Île sur Sorgue, faisant une entrée triomphale à Pétoulet, dès lors sacré roi du corso.

*

« Il est un autre baptême dont je dois être baptisé », annonce Jésus (Luc 12, 50), autre baptême qui se préfigure au jour de son baptême par Jean : cet autre baptême est son engloutissement dans les eaux sombres de la mort où il rejoindra — on ne peut plus totalement — le peuple qu'il rachète… Il nous rejoint jusqu'à la douleur de la mort, en passant par tout ce qui nous constitue, jusqu'aux sinuosités de nos égarements, par quoi il nous garantit que rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu (cf. Ésaïe 54, 10 : « Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Eternel, qui a compassion de toi » ; ou Romains 8, 38-39 : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »), pas même nos propres tortuosités. Il nous a rejoints, devant Jean, « baptisant en vue du repentir/retour à Dieu », il nous a rejoints jusqu'à nos repentirs et jusqu'à nos prières. Le Christ a fait siennes les prières d’êtres chargés de faiblesses. Il a fait siens les Psaumes, ces Psaumes qui nous ressemblent. Rejoignant chacun dans les faiblesses qui sont les siennes, il nous rejoint par sa mort, dans les eaux de cet autre baptême, qui « lui viennent jusqu’à la gorge » (Psaume 69) :
2 Dieu, sauve-moi : l’eau m’arrive à la gorge.
3 J’enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir ; Je suis tombé dans un gouffre, et les eaux m’inondent.
4 Je m’épuise à crier, mon gosier se dessèche, Mes yeux se consument, tandis que je regarde vers mon Dieu.
5 Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, Ceux qui me haïssent sans cause ; Ils sont puissants, ceux qui veulent me perdre, Qui sont à tort mes ennemis. Ce que je n’ai pas volé, il faut que je le restitue.

16 Que les flots ne m’inondent plus, Que l’abîme ne m’engloutisse pas, Et que la fosse ne se ferme pas sur moi !
17 Réponds-moi, Seigneur ! car ta bonté est immense. Dans ta grande bonté, tourne vers moi ton regard,
18 Et ne cache pas ta face à ton serviteur ! Je suis dans la détresse, réponds-moi vite !
19 Approche-toi de ma vie, délivre-la ! Sauve-moi, à cause de mes ennemis !
Il nous rejoint jusqu'à ressentir son engloutissement dans la mort, que préfigure son baptême, comme un véritable abandon — selon le Psaume de ce jour, le Psaume 22 qu’il prie sur la croix, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » —, cela pour nous faire ressortir du gouffre, avec lui dans la lumière de sa résurrection. C'est ce que préfigure la procession de Rameaux, comme procession de l’entrée dans la Jérusalem promise, dans la Jérusalem future.

C’est cette promesse que nous fêtons à Rameaux, même sans tout en comprendre. Une joie simple, un accueil chantant de celui qui nous rejoint aussi jusque dans nos fêtes, qui donnent quelques moments, quelques jours de lumière dans le temps pourtant sombre qui s’annonce pour Jésus. Quelques moments de lumière annonçant la lumière de Pâques, la lumière de la résurrection.


RP, Poitiers, Rameaux, 25/03/18


dimanche 9 avril 2017

Quand Jésus entra dans Jérusalem...




Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2.6-11 ; Matthieu 21.1-11

Matthieu 21, 1-11
1 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2 en leur disant : "Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin, et il les laissera aller tout de suite."
4 Cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qu’a dit le prophète :
5 Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme.
6 Les disciples s’en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : "Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux !"
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi : "Qui est-ce ?" disait-on ;
11 et les foules répondaient ; "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."

*

Les foules attendent une délivrance — d'abord à l’égard de l’oppression romaine —, mais qui les laissera, elles l’ignorent, dans ce temps de ténèbres, le nôtre, où « le monde entier est au pouvoir du Malin » (1 Jean 5, 19) — car après Rome, il y en aura d'autres, autant de signes d'une oppression plus fondamentale. Tant que ce monde dure c’est de cette autre oppression, qui porte les oppressions du temps, qu’il s’agit d’être sauvé.

Car si notre temps, nos moments qui se succèdent, qui perpétuent l’exil dans la misère, sont signe de perte, de manquement, de déficience, de captivité sous une griffe diabolique, et sont dès lors signes de notre incapacité de voir autre chose que ce qui se voit ; bref, si les jours sont mauvais, c'est qu'il est temps, toujours, de racheter un temps de corruption : Éphésiens 5, 16, « rachetez le temps car les jours sont mauvais » ; « rachetez le temps », le moment. Ce qui fait écho au cri : « Hoshanna », sauve maintenant, en cet instant, sauve l’instant, sauve en ce temps — ouvre dès maintenant le temps éternel, le jour d’éternité.

Pour cela il nous faut, de Rameaux à Pâques, apprendre à voir sacrifier le Messie tel que nous le concevons pour retrouver dès maintenant le Sauveur éternel, révélé au dimanche de Pâques.

Jusque là — 1 Jean 5, 19 & 20 : « Nous savons […] que le monde entier est sous la puissance du malin. » Mais déjà, « nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné l’intelligence pour connaître le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. »

*

Il s’agit alors de racheter ce temps en vivant dès maintenant selon le temps céleste, dans la vérité de Dieu. Exactement ce que ne fait pas ce peuple enthousiaste qui acclame un Messie en quiproquo. Forcément en quiproquo tant il est au-delà de la mesure que l'on conçoit !

Car c’est ici la brèche de l’irruption du salut dans le temps, du salut du temps. C’est ici que se rachète le temps, cette mesure de notre déperdition. C’est ce que ce « Hoshanna », sans même que ceux qui le prononcent ne le sachent, demande à Jésus. Dans la foi qu’il est un temps céleste, celui du Royaume à venir, qui n’est pas marqué par le manque, un regard sur notre temps nous enseigne la confiance en Dieu, et l’espérance actuelle de ce temps éternel qui nous est donné d’en-haut ; irruption, promise à notre foi, de l’éternité du Royaume.

Ne pas se soumettre aux aveuglements de ce temps, ne pas se conformer au siècle présent et à ses clameurs, aux clameurs des foules trompées, mais se fixer résolument dans la vérité, loi du siècle à venir, incorruptible, pour voir racheter celui-ci.

Vivre dans le siècle à venir se manifeste en ce siècle dans une attitude concrète : il ne s’agit pas de le fuir, mais d’en signifier dans la fidélité au quotidien, le rachat de chaque instant par la confiance à la loi du siècle à venir (Matthieu 6, 33-34 — « cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu »...).

*

Mais en est-on là au jour des Rameaux ? Ou est-on dans le quiproquo que l'on percevait déjà la veille dans l'inimitié montante de l'institution officielle ? — Jean 11, 48-52 : « Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation » — parole de cette instance qui vaut Église institutionnelle, celle de « Caïphe, qui était Grand Prêtre en cette année-là, [disant] : "Vous n’y comprenez rien et vous ne percevez même pas que c’est votre avantage qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière." — « Ce n’est pas de lui-même qu’il prononça ces paroles, mais, comme il était Grand Prêtre en cette année-là, il fit cette prophétie qu’il fallait que Jésus meure pour la nation et non seulement pour elle, mais pour réunir dans l’unité les enfants de Dieu qui sont dispersés. »

Bientôt, les proches de Jésus rejoindront la crainte sage de l'institution officielle. Aujourd'hui, ils rêvent encore, ils acclament leur Messie — acclamation menaçante pour la nation et pour lui, comme l'a deviné Caïphe : les Romains veillent.

La foule heureuse elle, qui est celle qui espère en Jésus, qu'elle acclame, celle de l’Église renouvelée, réveillée, rejoindra bientôt par la déception la crainte légitime et sage de Caïphe et de l’institution ; cela jusqu'aux plus proches de Jésus, dont l'un le livrera et dont le plus enthousiaste, Pierre, le reniera.

La puissance menaçante de Rome plane, immense, face à cette dérisoire montée à Jérusalem de la manifestation non-autorisée de ce petit candidat à la messianité ! Tous, de Caïphe à Pierre en passant par la foule aux Rameaux sont dans la même fausse espérance, une espérance à la mesure de ce siècle, de ce temps corrompu. Mais, avertira Paul, plus tard (Romains 12, 2) : « ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu […]. ».

L'avertissement de Paul vaut aussi pour plus tard, jusque pour nous — avertissement contre tous ce qui consiste à se ranger à l'ordre temporel, porté alors par Rome. « Nous n'avons de roi que César » proclamera-t-on bientôt (Jean 19, 15) ! ne voyant plus le sens de ce panneau ironique et dérisoire, motif de la crucifixion, « Jésus de Nazareth, roi des Judéens ».

*

Les Hoshanna des enthousiastes, mais ils ne le savent pas ! sont porteurs d'une tout autre espérance, dont l'ouverture passera par le sacrifice de la vaine espérance — espérer contre toute espérance. Pour cela, il faudra voir sacrifier le Jésus qui nous plaît — mais ça vaut au fond pour tous ceux que l'on acclame selon nos conceptions propres ! Tous, à commencer par nos proches, sont à une tout autre mesure que ce que nous en concevons. Laissons-les être ce que Dieu a fait d'eux, d'elles...

Pour l'heure, il faudra voir sacrifier ce Jésus que l'on porte vers le trône de Jérusalem, et qui forcément nous décevra, décevra nos fausses attentes : il est en vérité à une toute autre mesure que nos courtes espérances, contre lesquelles il faut apprendre à espérer.

C'est un autre trône qui attend celui que l'on acclame, un trône d'éternité dont le signe en ce temps est son rejet pour le temps. C'est ainsi qu'il sauve le temps, notre temps, qu'il sauve chacun de jours, de nos instants, c'est ainsi qu'il répond à notre cri : Hoshanna.

La foule qui l'acclame ne sait pas exactement ce qu’elle demande — la foule ne sait pas encore que celui qu’elle acclame comme un roi temporel devra être sacrifié comme tel, pour rayonner de sa vérité éternelle.

« Sauve maintenant ». Alors le temps est racheté. Voilà la parole surgie de la foule agitée, de la foule en fête, une parole chargée d'une vérité silencieuse pour l'heure, mais qui retentira au dimanche de Pâques en écho de l’éternité dans laquelle est fondée la parole du salut de ceux qui sont dans le temps.


RP, Poitiers, Rameaux, 09/04/17


dimanche 20 mars 2016

"Humble et monté sur un ânon"




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2, 6-11 ; Luc 19, 28-40

Luc 19, 28-38
28 Sur ces mots, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.
29 Or, quand il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont dit des Oliviers, il envoya deux disciples
30 en leur disant : « Allez au village qui est en face ; en y entrant, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a jamais monté. Détachez-le et amenez-le.
31 Et si quelqu’un vous demande : “Pourquoi le détachez-vous ?” vous répondrez : “Parce que le Seigneur en a besoin.” »
32 Les envoyés partirent et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : « Pourquoi détachez-vous cet ânon ? »
34 Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. »
35 Ils amenèrent alors la bête à Jésus, puis jetant sur elle leurs vêtements, ils firent monter Jésus ;
36 et à mesure qu’il avançait, ils étendaient leurs vêtements sur la route.
37 Déjà il approchait de la descente du mont des Oliviers, quand tous les disciples en masse, remplis de joie, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
38 Ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur !
Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »


*

Lors de la montée de Jésus à Jérusalem, aux Rameaux, la foule ne sait pas exactement ce qu’elle demande — un roi — ; mais la foule ne sait pas que celui qu’elle acclame comme un roi temporel devra être sacrifié comme tel, pour rayonner de sa vérité éternelle.

Et pourtant, renvoyant à Zacharie 9, 9, Jésus en a donné le signe : « Il est humble et monté sur un ânon ». Rameaux annonce le renoncement, le don total, pour la résurrection du Christ éternel au dimanche de Pâques.

Il a fallu, de Rameaux à Pâques, apprendre à sacrifier ce que l'on concevait de Jésus — « qui dites-vous que je suis ? » avait-il demandé aux disciples — pour retrouver l'être de résurrection révélé au dimanche de Pâques.

S'annonce ce que dit Jésus à ses disciples au moment de sa mort : « vous ne me verrez plus ». Et puis vous me verrez, ajoute-t-il. Un Jésus est sacrifié, celui que l'on croyait connaître, pour qu’apparaisse le vrai Jésus, que l'on ne peut saisir — Jésus Christ éternel.

Tout cela est donné à valoir pour nous, pour chacun de nous. Il nous faut sacrifier ce que l'on croit pouvoir posséder de ses proches, et de soi-même pour paraître en pleine lumière, nés de Dieu. « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » dira Paul aux Colossiens (3, 3).

C'est ce que Jésus vit pour nous de Rameaux à Pâques, ce qu'il sait être en train de vivre, renvoyant délibérément au livre de Zacharie en entrant à Jérusalem à dos d'ânon — « ni par la puissance ni par la force, mais par mon esprit » (Za 4, 6) —, annonçant par là le renoncement à une royauté temporelle, à une royauté de conquête par la force militaire que représenterait un cheval.

C’est ce qu'il sait être en train de vivre depuis son baptême, car son baptême annonce bien cela — rappelons-le en ce jour de célébration d'un baptême —, le trajet de la semaine sainte : il est un autre baptême dont je dois être baptisé, faisant référence à sa mort.

*

« Jésus, baptisé lui aussi », écrivait Luc au début de son Évangile (ch. 3, v. 21). « Lui aussi ». Miséricorde étonnante qui est dans le partage, dans la solidarité qui se dit dans ce baptême, et qui ira jusqu'à la mort.

Solidarité jusqu'au bout, qui étonne alors Jean le Baptiste, souvenez-vous. Car quel besoin de repentir, demandait Jean, de baptême de repentir, pour un homme sans péché ? C'est là un geste de solidarisation avec le peuple exilé dans ses fautes et dans la culpabilité. Le Seigneur partage l'exil de son peuple, vient dans l'exil avec lui afin de l'en ramener — baptisé lui aussi « comme tout le peuple était baptisé » (Lc 3, 21).

Être Fils de Dieu, ainsi que le dit de Jésus la voix venue du ciel avec l'Esprit saint apparu comme une colombe lors du baptême de Jésus, est pleinement lié à la réalisation — de Rameaux à Pâques — de ce qui s'annonce par ce baptême de solidarité. Être Fils de Dieu, réalité intemporelle, s'exprime dans le temps : dans son humanité, Jésus est le Fils éternel de Dieu, et il le signifie dans son baptême. Dans ce geste, se faire baptiser, qui le solidarise avec nous, Jésus reçoit de l'Esprit, publiquement, sa consécration pour entrer dans son ministère de Messie, de Sauveur du peuple, ce qui marque le temps de la fin de l'exil du peuple dans le péché et la culpabilité.

Par ce geste, il exprime sa prise en charge de son rôle de serviteur, celui qui se solidarise avec son peuple — et à Rameaux, le jour est venu d'aller jusqu'au bout. C'est l'œuvre de la seule grâce de Dieu, qui vient nous rejoindre dans les lieux de nos égarements — cela s'accomplit de Rameaux à Pâques — pour nous placer devant lui, dans la liberté de l'Esprit, fin de tous les exils, liberté fondée sur la confiance en sa faveur, sa grâce.


Lorsque avec l'Esprit venu comme une colombe, la voix déclare ainsi Jésus Fils de Dieu, c'est, en vertu de la solidarité qu'il montre à notre égard en se faisant baptiser, notre adoption comme fils et fille à notre tour qui est aussi prononcée. Le baptême, qui est en premier lieu un geste d'humilité, un geste de repentir, devient aussi le signe d'une régénération. Et là, c'est aussi notre baptême dont il est question. Ici, il nous est dit aussi : « toi aussi tu reçois la force de l'Esprit de Jésus par lequel en se solidarisant avec toi, il a sanctifié, rempli d'Esprit, ce geste d'humilité. »

Dieu a dit une fois pour toutes en Jésus : « tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » Et cela signifie aussi ce partage de l'Esprit du Christ, ce don de son Esprit, dont le baptême est désormais un signe. Ce don d'affermissement, de force, est ce qui nous qualifie, nous donne capacité de grandir dans la liberté.


Alors la vie jaillira comme un fleuve qui donne sans cesse l'eau qu'il reçoit, comme ce fleuve au-dessus duquel la colombe désignait l'Esprit par lequel nous aussi pouvons devenir fils et filles, c'est-à-dire libres. Une vie de résurrection dès aujourd'hui, qui se manifeste dans la beauté de la vie dès aujourd'hui, c'est-à-dire dans le don, où précisément elle se trouve : « qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera » (Luc 9, 24). C'est dès aujourd'hui qu'il faut vivre la vie de résurrection, qui est une vie de don et de bonté.


RP, Poitiers, Rameaux, 20/03/16


dimanche 29 mars 2015

"Hosanna au plus haut des cieux !"




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 22 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 11, 1-11

Marc 11, 1-11
1 Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples
2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le.
3 Et si quelqu'un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ? ” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” »
4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent.
5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? »
6 Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire.
7 Ils amènent l'ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s'assit dessus.
8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d'autres des feuillages qu'ils coupaient dans la campagne.
9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
11 Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.

*

« Vous prendrez du fruit de beaux arbres, des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence de l'Éternel votre Dieu, durant sept jours » (Lévitique 23, 40). Il s’agit de la fête de Soukkoth — la fête des Cabanes…

Les rameaux agités aux cris de « Hosanna » — « donne le salut à présent » — pendant les jours de cette fête de Soukkoth, sont donc un bouquet de feuillages. Des rameaux composés de palmes et de feuillages.

Le premier jour de la fête, on lit le prophète Zacharie (chapitre 14, 1-21) qui annonce un temps où tous les peuples réunis contre Jérusalem seront finalement vaincus. La fête de Soukkoth est alors aussi préfiguration des jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant. Le libérateur du peuple captif, annoncé par ce même Zacharie (ch. 9, 9) arrivant sur un ânon.

Évidemment, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête de Soukkoth. Et ce n’est pas par hasard. S’annonce alors pour le peuple la venue du Règne du Messie que l’on reconnaît ce jour-là en Jésus.

La fête de Soukkoth, qui elle, est célébrée au début de l’automne… et pas au temps de la préparation de la Pâque, annonce un chemin de liberté dont Rameaux dit aux disciples de Jésus qu’il arrive à son terme avec : la terre promise, le Règne de Dieu, enfin en vue.

*

Car voilà que pour l’Évangile, tout se réorganise autour de la croix. Le temps, pour les disciples, est comme brisé par un nouvel aujourd’hui de Dieu, aujourd’hui éternel. Le nœud du temps s’apprête à être dévoilé. On n’est pas encore à Pâques, après le dimanche de Pâques qui annonce la résurrection de toutes choses, quand l’histoire, qui se poursuit, s’avère être passée par la nuit de la croix. Mais ce pic de l’Histoire se dessine déjà, ce nouveau pivot du temps commence à se dresser.

… La croix : ce nouvel axe de toutes choses autour duquel se réorganise le temps, et donc le temps liturgique qui, pour l’Église, place là cette fête de Rameaux.

Vous trouverez tout comme le dit Jésus dit le texte : « répondez : Le Seigneur en a besoin ; il renverra l’ânon ici tout de suite. » Aujourd’hui, maintenant.

Psaume 2, 7 : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. » Et, Psaume 95, 7 : « Il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix ! » Aujourd’hui, tout de suite.

Aujourd’hui-même : dites : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra, il le renvoie ici tout de suite. »

Et en effet, les disciples « sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent. Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? » Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire.

Le nouvel axe du temps, avec son avant, cet épisode qui prépare l’ânon renvoyant au livre du prophète Zacharie annonçant le Messie, et son après, après Pâques, se dessine déjà. Notre temps liturgique, où Rameaux annonce Pâques, se présente comme le signe de cela.

Déjà se profile le mont des Oliviers et son jardin d’agonie de Jésus (v. 1).

Tout est en place pour accueillir celui qu’en ce jour, on acclame comme le Messie annoncé par Zacharie.

Tout est en place pour l’apparition d’un axe du monde, la croix, autour duquel se présente la nouveauté d’un temps qui va bientôt couvrir la face la terre, qui va bientôt courir par tout l’empire romain et tous les espaces d’un temps nouveau, pour le meilleur ou pour le pire, avant que ne se déploie enfin le meilleur, le jour du Royaume du Prince de la paix, humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse.

« Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » — entonne déjà la foule, qui ignore pour l’heure que ce nouvel axe du temps qu’elle célèbre déjà, apparaîtra dans quelques jours, demain, dans quelques heures, en fait déjà ici, tout de suite, comme une croix dressée vers le ciel.

« Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze. »

Déjà le soir, la nuit de l’axe du temps s’est approchée. L’aujourd’hui de Dieu pour nous : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs ».

Le temple où entre Jésus, où la présence de Dieu se donne comme réalité tangible, et d’où il sort pour se rendre à Béthanie, où s’annonce son calvaire…

Philippiens 2, 6-11...
6 Lui qui était vraiment divin,
il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu,
7 mais il s'est vidé de lui-même
en se faisant vraiment esclave,
en devenant semblable aux humains ;
reconnu à son aspect comme humain,
8 il s'est abaissé lui-même
en devenant obéissant jusqu'à la mort
— la mort sur la croix.
9 C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé
et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour qu'au nom de Jésus
tout genou fléchisse
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
11 et que toute langue reconnaisse
que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père.
Les hommes ne voient que gloire en ce jour où s’approche la nuit de la croix, quand celui qui monte vers le temple au dos d’un ânon, n’est qu’humilité en route vers sa croix, — écho au vide dans lequel le monde a pu prendre place — nouveau lieu du vide à partir duquel se bâtit le monde, le temps et l’histoire, en marche vers le Royaume qui vient dans l’homme qui paraît là, semblable à tout humain…


RP, Poitiers, 29.03.15


dimanche 13 avril 2014

Hoshanna — une montée pour le rachat du temps




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 24 ; Philippiens 2, 6-11 ; Matthieu 20, 29–21.11

Matthieu 20, 29 – 21, 11
29 Lorsqu’ils sortirent de Jéricho, une grande foule le suivit.
30 Deux aveugles assis au bord du chemin entendirent que Jésus passait et crièrent : Aie compassion de nous, Seigneur, Fils de David !
31 La foule les rabrouait pour les faire taire, mais ils n’en crièrent que plus fort : Aie compassion de nous, Seigneur, Fils de David !
32 Jésus s’arrêta, les appela et dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ?
33 Ils lui dirent : Seigneur, que nos yeux s’ouvrent !
34 Ému, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue et le suivirent.

1 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2 en leur disant : "Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin, et il les laissera aller tout de suite."
4 Cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qu’a dit le prophète :
5 Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme.
6 Les disciples s’en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : "Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux !"
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi : "Qui est-ce ?" disait-on ;
11 et les foules répondaient : "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."

*

Hosanna ! C’est l’acclamation de la foule lorsque Jésus entre en triomphe à Jérusalem. On récite ce v. 25 du Ps 118 lors de la fête des tabernacles (en septembre-octobre), pendant que la procession solennelle fait le tour de l’autel des sacrifices. Le mot Hosanna, comme le texte des Évangiles en témoigne, est devenu une exclamation de joie, ou un cri de bienvenue, mais à l’origine, il avait le sens d’une supplique. « Sauve maintenant », sauve tout de suite, dans l’instant présent, sauve dès cet instant, sauve ce temps, sauve notre temps.

(Hosanna, du grec « Hosanna », dérivé de l’hébreu « Hochi’ah na’ », Ps 118, 25 : sauve, maintenant ou : sauve, nous t’en prions — ou : donne, accorde le salut, maintenant.)

Avez-vous remarqué que cela nous fait rejoindre l’appel de Paul (aux Ep 5, 16 ; ou aux Col 4, 5) à « racheter le temps » ? Quand, sachant que « l'on ne rattrape pas le temps perdu », ce fameux « rachetez le temps » pourrait s'avérer n'avoir aucun sens, de même que l’appel « Hoshanna » — sauve maintenant.

Si tout cela a un sens, c’est qu’il y a un autre temps, où « mille ans sont comme un jour », d’où se « rachète » le temps, comme on sort quelqu’un d’un fleuve. « Béni soit […] celui qui vient » parmi nous… depuis le « plus haut des cieux », depuis hors du fleuve de ce temps.

Où l’on trouve ce sens à « Hoshanna » : le Royaume à venir est aussi présent — de façon cachée, maintenant, « au milieu de nous ». Manifeste-le, rends-le présent, demande-t-on à Jésus. « Hoshanna (du) plus haut des cieux »… « Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient » à la rencontre de Jérusalem, à notre rencontre, dans notre temps.

Notre temps, notre maintenant, est appelé à être sauvé, racheté — car notre temps se corrompt, contrairement au temps éternel, inauguré ici-bas dans la résurrection du Christ, selon le temps céleste où un jour est comme mille ans et où mille ans sont comme un jour.

L’Écriture nous invite à revêtir en Jésus Christ l’incorruptibilité où le temps cesse d’être perte. Un peu comme devant Jésus on dépouillait ses vêtements du temps pour revêtir le Christ du « plus haut des cieux ». Le temps, notre temps, est celui de l’exil hors de l’éternité. Ce temps, celui de notre monde, qui dès lors « est tout entier au pouvoir du Malin » (1 Jean 5, 19).

Là on est au cœur du quiproquo de Rameaux. Les foules attendent sans doute une délivrance — à l’égard de l’oppression romaine —, mais qui les laissera, elles l’ignorent, dans ce temps de ténèbres, le nôtre, où « le monde entier est au pouvoir du Malin » — car après Rome, il y en aura d'autres, autant de signes d'une oppression plus fondamentale. Tant que ce monde dure c’est de cette autre oppression, qui porte les oppressions du temps, qu’il s’agit d’être sauvé.

Les aveugles de Jéricho, peu avant le début de la procession, en ont porté le signe. Captifs des ténèbres, la foule ne voit pas d’un bon œil qu’ils en soient délivrés ! En délivrant de la nuit du regard ces aveugles — que nous sommes tous —, Jésus indique le sens de la procession qui vient peu après. C’est d’une délivrance bien plus vaste que celle que la foule attend que Jésus est porteur. Les aveugles guéris sont alors le signe qu'il faudra voir en la montée des Rameaux autre chose que ce qu'y ont vu les foules encore aveugles. Comme la montée d'Abraham (Genèse 22) avec son âne, qui devra trouver un autre Isaac que le jeune homme Isaac avec lequel il est monté. Où est l’agneau ? a demandé Isaac. Rameaux annonce le sacrifice de l'agneau au vendredi saint, pour la résurrection du vrai Christ au dimanche Pâques.

« Hoshanna » prend alors son sens, que les foules qui le crient ignorent, celui d’une parole, donnée dans un appel à la délivrance du peuple en exil dans les ténèbres — cet exil que rappelle la fête des Tabernacles, qui suit le Yom Kippour où est sacrifié ce qui doit mourir pour être retrouvé en vérité. Ce que rappelle le cri : « Hoshanna », que l'on prononce pour la fête des Tabernacles.

Car si notre temps, nos moments qui se succèdent, qui perpétuent l’exil, sont signe de perte, de manquement, de déficience, de captivité sous une griffe diabolique, et dès lors de notre incapacité de voir autre chose que ce qui se voit ; ils sont cependant rachetables : « rachetez le temps », le moment. Comme le moment d'Abraham a été racheté dans ce signe de lumière : il faut laisser Isaac être ce qu'il est devant Dieu. Il faut en sacrifier ce qu'il croit savoir à sa place. Il me faut sacrifier un Isaac tel que je le comprends pour recevoir Isaac libre devant Dieu. Il faut, de Rameaux à Pâques, apprendre à sacrifier le Messie tel que je le conçois pour retrouver dès maintenant le Sauveur éternel, révélé au dimanche de Pâques.

Jusque là — 1 Jean 5, 19 & 20 : « Nous savons […] que le monde entier est sous la puissance du malin. » Mais déjà, « nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné l’intelligence pour connaître le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus–Christ. C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. »

*

Il s’agit de racheter ce temps en vivant dès maintenant selon le temps céleste, dans la vérité de Dieu. C’est la brèche de l’irruption du salut du temps. C’est ainsi que se rachète le temps, cette mesure de notre déperdition. C’est ce que ce « Hoshanna », sans même que ceux qui le prononcent ne le sachent, demande à Jésus. Dans la foi qu’il est un temps céleste, celui du Royaume à venir, qui n’est pas marqué par le manque et l'aveuglement, un regard sur notre temps nous enseigne la confiance en Dieu, et l’espérance actuelle de ce temps total qui nous est donné d’En haut, irruption promise à notre foi, de l’éternité du Royaume.

Ne pas se soumettre aux aveuglements de ce temps, ne pas se conformer au siècle présent et à ses clameurs, aux clameurs des foules trompées, mais se fixer résolument dans la vérité, loi du siècle à venir, incorruptible, pour voir racheter celui-ci. Et vivre dans le siècle à venir se manifeste en ce siècle dans une attitude concrète : il ne s’agit pas de le fuir, mais d’en signifier dans la fidélité au quotidien, le rachat de chaque instant par la confiance à la loi du siècle à venir (Mt 6, 33-34).

*

Or qui a accompli cela ? Celui à qui la foule le demande à ce moment-là. Mais la foule ne sait pas exactement ce qu’elle demande — comme Abraham, quand il commence sa montée ne sait pas. Il ne sait pas encore qu'il s'agit de retrouver Isaac en vérité, et non plus tel qu'Abraham le maintenait sous son pouvoir. La foule ne sait pas que celui qu’elle acclame comme un roi temporel devra être sacrifié comme tel, pour rayonner de sa vérité éternelle.

« Sauve maintenant ». Alors le temps est racheté. Voilà la parole surgie de la foule agitée, de la foule en fête, une parole silencieuse, mais qui retentira au dimanche de Pâques en écho de l’éternité dans laquelle est fondée la parole du salut de ceux qui sont dans le temps.


RP, Poitiers, 13/04/14


dimanche 24 mars 2013

De Souccoth à Rameaux




Ésaïe 50.4-7 ; Psaume 48 ; Philippiens 3.8-14 ; Luc 19.28-44

Luc 19, 28-40
28 Après avoir ainsi parlé, Jésus marcha devant la foule, pour monter à Jérusalem.
29 Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne appelée montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,
30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le, et amenez-le.
31 Si quelqu’un vous demande: Pourquoi le détachez-vous ? vous lui répondrez : Le Seigneur en a besoin.
32 Ceux qui étaient envoyés allèrent, et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ?
34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin.
35 Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus.
36 Quand il fut en marche, les gens étendirent leurs vêtements sur le chemin.
37 Et lorsque déjà il approchait de Jérusalem, vers la descente de la montagne des oliviers, toute la multitude des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
38 Ils disaient : Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts !
39 Quelques pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus : Maître, reprends tes disciples.
40 Et il répondit : Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront !

*

« Vous prendrez du fruit de beaux arbres, des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence de l'Éternel votre Dieu, durant sept jours » (Lévitique 23, 40). Il s’agit de la fête de Soukkoth — la fête des Cabanes… Les rameaux agités aux cris de « Hosanna » — « donne le salut à présent » — pendant les jours de cette fête de Soukkoth, sont un bouquet de palmes et de feuillages.

Évidemment, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête de Soukkoth. Et ce n’est pas par hasard.

Sachant qu’on lit à Soukkoth le prophète Zacharie (chapitre 14, 1-21) qui annonce un temps où tous les peuples réunis contre Jérusalem seront finalement vaincus, l’évocation de la fête de Soukkoth comme préfiguration des jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant ; du jour où le Messie annoncé par ce même Zacharie (ch. 9, 9) arrivera sur un ânon, — cette évocation est donnée comme signe que l’on le reconnaît ce jour-là en Jésus.

La fête de Soukkoth célèbre un chemin de liberté dont Rameaux annonce aux disciples de Jésus qu’il arrive à son terme avec la terre promise, le Règne de Dieu, enfin en vue. Or la fête de Soukkoth — la fête des Cabanes —, est célébrée au début de l’automne… et pas au temps de la préparation de la Pâque !

*

Mais voilà que pour l’Évangile, tout se réorganise autour de la croix. Luc n’évoque d’ailleurs plus les Rameaux ! Le temps, pour les disciples, est comme brisé par un nouvel aujourd’hui de Dieu, aujourd’hui éternel. Le nœud du temps s’apprête à être dévoilé. On n’est pas encore à Pâques, après le dimanche de Pâques qui annonce la résurrection de toutes choses, quand l’histoire, qui se poursuit, s’avère être passée par la nuit de la croix. Mais ce pic de l’Histoire se dessine déjà, ce nouveau pivot du temps commence à se dresser.

… La croix : ce nouvel axe de toutes choses autour duquel se réorganise le temps, et donc le temps religieux qui, pour l’Église, place là cette fête de Rameaux.

Vous trouverez tout comme le dit Jésus, dit le texte : « répondez : Le Seigneur en a besoin ». Aujourd’hui, maintenant. Psaume 2, 7 : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. » Et, Psaume 95, 7 : « Il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix ! » Aujourd’hui, tout de suite.

Aujourd’hui-même : dites : « Le Seigneur en a besoin » ; il renverra l’ânon, ici, tout de suite. Et en effet, les disciples sont partis et ont trouvé l’ânon comme Jésus l’avait dit. Ils le détachent. « Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? » Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit : « le Seigneur en a besoin ».

Le nouvel axe du temps, avec son avant, cet épisode qui prépare l’ânon renvoyant au livre du prophète Zacharie annonçant le Messie, et son après, après Pâques, se dessine déjà. Notre temps liturgique, où Rameaux annonce Pâques, se présente comme le signe de cela.

Déjà se profile le mont des Oliviers (.v 37) et son jardin d’agonie de Jésus. Tout est en place pour accueillir celui qu’en ce jour on acclame comme le Messie annoncé par Zacharie. Tout est en place pour l’apparition de l’axe du monde, la croix, autour duquel se présente la nouveauté du Royaume du Prince de la paix, humble et monté sur un ânon.

« Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts ! » — entonne déjà la foule, qui ignore pour l’heure que ce nouvel axe du temps, qu’elle célèbre déjà, ce point fixe autour duquel pivote l’univers, apparaîtra dans quelques jours, demain, dans quelques heures, en fait déjà ici, tout de suite, comme une croix dressée vers le ciel.


RP
Poitiers, Rameaux, 24.03.13


dimanche 1 avril 2012

Rameaux




Ésaïe 50, 4-7 ; Psaume 24 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 11, 1-11

Marc 11, 1-11
1 Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples
2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le.
3 Et si quelqu'un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ? ” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” »
4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent.
5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? »
6 Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire.
7 Ils amènent l'ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s'assit dessus.
8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d'autres des feuillages qu'ils coupaient dans la campagne.
9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
11 Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.

*

« Vous prendrez du fruit de beaux arbres, des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence de l'Éternel votre Dieu, durant sept jours » (Lévitique 23, 40). Il s’agit de la fête de Soukkoth — la fête des Cabanes…

Les rameaux agités aux cris de « Hosanna » — « donne le salut à présent » — pendant les jours de cette fête de Soukkoth, sont donc un bouquet de feuillages. Des rameaux composés de palmes et de feuillages.

Le premier jour de la fête, on lit le prophète Zacharie (chapitre 14, 1-21) qui annonce un temps où tous les peuples réunis contre Jérusalem seront finalement vaincus. La fête de Soukkoth est alors aussi préfiguration des jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant. Le Messie annoncé par ce même Zacharie (ch. 9, 9) arrivant sur un ânon.

Évidemment, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête de Soukkoth. Et ce n’est pas par hasard. S’annonce alors pour le peuple la venue du Règne du Messie que l’on reconnaît ce jour-là en Jésus.

La fête de Soukkoth célèbre un chemin de liberté dont Rameaux annonce aux disciples de Jésus qu’il arrive à son terme avec : la terre promise, le Règne de Dieu, enfin en vue.

Or la fête de Soukkoth — la fête des Cabanes —, est célébrée au début de l’automne… et pas au temps de la préparation de la Pâque !

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Mais voilà que pour l’Évangile, tout se réorganise autour de la croix. Le temps, pour les disciples, est comme brisé par un nouvel aujourd’hui de Dieu, aujourd’hui éternel. Le nœud du temps s’apprête à être dévoilé. On n’est pas encore à Pâques, après le dimanche de Pâques qui annonce la résurrection de toutes choses, quand l’histoire, qui se poursuit, s’avère être passée par la nuit de la croix. Mais ce pic de l’Histoire se dessine déjà, ce nouveau pivot du temps commence à se dresser.

… La croix : ce nouvel axe de toutes choses autour duquel se réorganise le temps, et donc le temps liturgique qui, pour l’Église, place là cette fête de Rameaux.

Vous trouverez tout comme le dit Jésus dit le texte : « répondez : Le Seigneur en a besoin ; il renverra l’ânon ici tout de suite. » Aujourd’hui, maintenant.

Psaume 2, 7 : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. » Et, Psaume 95, 7 : « Il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix ! » Aujourd’hui, tout de suite.

Aujourd’hui-même : dites : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra, il le renvoie ici tout de suite. »

Et en effet, les disciples « sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent. Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? » Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire.

Le nouvel axe du temps, avec son avant, cet épisode qui prépare l’ânon renvoyant au livre du prophète Zacharie annonçant le Messie, et son après, après Pâques, se dessine déjà. Notre temps liturgique, où Rameaux annonce Pâques, se présente comme le signe de cela.

Déjà se profile le mont des Oliviers et son jardin d’agonie de Jésus (v. 1).

Tout est en place pour accueillir celui qu’en ce jour, on acclame comme le Messie annoncé par Zacharie.

Tout est en place pour l’apparition d’un axe du monde, la croix, autour duquel se présente la nouveauté d’un temps qui va bientôt couvrir la face la terre, qui va bientôt courir par tout l’empire romain et tous les espaces d’un temps nouveau, pour le meilleur ou pour le pire, avant que ne se déploie enfin le meilleur, le jour du Royaume du Prince de la paix, humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse.

« Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » — entonne déjà la foule, qui ignore pour l’heure que ce nouvel axe du temps qu’elle célèbre déjà, apparaîtra dans quelques jours, demain, dans quelques heures, en fait déjà ici, tout de suite, comme une croix dressée vers le ciel.

« Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze. »

Déjà le soir, la nuit de l’axe du temps s’est approchée. L’aujourd’hui de Dieu pour nous : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs ».

Le temple où entre Jésus, où la présence de Dieu se donne comme réalité tangible, et d’où il sort pour se rendre à Béthanie, où s’annonce son calvaire…

Philippiens 2, 6-11...
6 Lui qui était vraiment divin,
il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu,
7 mais il s'est vidé de lui-même
en se faisant vraiment esclave,
en devenant semblable aux humains ;
reconnu à son aspect comme humain,
8 il s'est abaissé lui-même
en devenant obéissant jusqu'à la mort
— la mort sur la croix.
9 C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé
et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour qu'au nom de Jésus
tout genou fléchisse
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
11 et que toute langue reconnaisse
que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père.
Les hommes ne voient que gloire en ce jour où s’approche la nuit de la croix, quand celui qui monte vers le temple au dos d’un ânon, n’est qu’humilité en route vers sa croix, — écho au vide dans lequel le monde a pu prendre place — nouveau lieu du vide à partir duquel se bâtit le monde, le temps et l’histoire, en marche vers le Royaume qui vient dans l’homme qui paraît là, semblable à tout humain…

RP
Cagnes, 01.04.12