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dimanche 30 septembre 2018

"Peuple de prophètes" ?




Nombres 11, 25-29 ; Psaume 19 ; Jacques 5, 1-6 ; Marc 9, 38-48

Nombres 11, 25-29
25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.
26 Deux hommes étaient restés dans le camp; ils s’appelaient l’un Eldad, l’autre Médad; l’esprit se posa sur eux — ils étaient en effet sur la liste, mais ils n’étaient pas sortis pour aller à la tente — et ils prophétisèrent dans le camp.
27 Un garçon courut avertir Moïse: "Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp!"
28 Josué, fils de Noun, qui était l’auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint: "Moïse, mon seigneur, arrête-les!"
29 Moïse répliqua: "Serais-tu jaloux pour moi? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit!"

*

Moïse est découragé. Être le pasteur d’un peuple récalcitrant comme celui du désert, il n’en peut plus ! Ce à quoi Dieu a répondu (v.23) : « Crois-tu que j’ai le bras trop court ? Tu vas voir maintenant si ma parole se réalise ou non pour toi. » Une parole qui va se réaliser d’une façon qui peut sembler étrange : Moïse va recevoir des coopérateurs, et donc perdre, apparemment, un peu de son prestige. Cela n’échappe pas à Josué.

Ces coopérateurs sont choisis par Moïse — mais c’est Dieu qui les qualifie, en leur donnant de son Esprit pour les envoyer en mission. Cela correspond au fond à ce que l’on appelle appel externe, adressé par les hommes, par l’Église, par l’institution — ici par Moïse — ; et appel interne, appel de Dieu, qui seul qualifie ceux qu’il appelle, même si l’appel externe, est indispensable — comme une voix qui porte l’appel de Dieu. Si je vous dis : « toi réponds à l’appel », cette interpellation extérieure à vous ne sera efficace que si elle résonne en vous, intérieurement — et ça, c’est l’œuvre de Dieu.

Dieu avait dit à Moïse : « Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, tu les amèneras à la tente de la rencontre, je prélèverai un peu de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre en eux... » Moïse fait donc une liste de soixante-dix personnes, et les convoque à la Tente de la Rencontre, c’est-à-dire la Tente qui abritait l’Arche d’Alliance, qui est dressée hors du campement où demeure le peuple. Désormais il sera donc entouré d’une sorte de sénat, (selon le sens équivalent en latin au mot ancien), ou de conseil presbytéral (selon le grec).

Sur les soixante-dix choisis par Moïse pour aller à la Tente de la rencontre, hors du camp, deux, Eldad et Medad, n’y vont pas, mais restent dans le camp. Le texte ne dit pas si c’est par mauvaise volonté, ni si cette désobéissance signifie une réticence par rapport à Moïse.

Quoi qu’il en soit, ce qui va suivre va montrer à quel point Moïse ne s’est pas trompé, ou à quel point il est inspiré, doué de l’Esprit de Dieu, parce que ces deux-là s’avèrent bel et bien être appelés et qualifiés par Dieu — et s’ils ont, peut-être, résisté à Moïse, ils ne sauraient résister à Dieu, à l’appel intérieur ; et bon gré mal gré, ils prophétiseront — c’est-à-dire diront la parole de Dieu —, fût-ce au milieu du campement.

Et Moïse, le texte permet de le supposer, le sait bien. Peut-être lui ont-ils, apparemment, résisté à lui, mais au fond, il sait qu’il s’agit de bien autre chose. Quiconque a connu la vocation, l’appel de Dieu et a répliqué d’abord : « pourquoi moi ? » — le sait bien. Et Moïse lui même n’a-t-il pas d’abord répondu à Dieu l’envoyant en Égypte — « pourquoi moi ? Envoie quelqu’un d’autre de plus doué, plus compétent, etc. » Vous vous souvenez.

Dans notre texte, Dieu fait comme il avait dit : il « prélève une part de l’Esprit qui reposait sur Moïse, pour le donner aux soixante-dix anciens ». Manière imagée de dire que, désormais, les anciens sont en mission autour de Moïse et donc que l’Esprit du Dieu qui les a appelés, qui les a vraiment appelés lui-même, ce don de l’Esprit en est le signe — l’Esprit les accompagne, et les précède.

Ce qui, en outre, confirme le discernement de Moïse qui les a lui-même choisis. Y compris les deux réfractaires restés au camp : ils reçoivent eux aussi l’Esprit pour être à même de remplir leur mission.

Le comportement d’Eldad et Medad n’est pas du goût de tout le monde ; quelqu’un se précipite pour avertir Moïse : « Eldad et Medad sont en train de prophétiser dans le camp ! » Et là, on assiste à deux réactions diamétralement opposées : Josué, le fidèle serviteur de Moïse, veut défendre les prérogatives de son maître. Il est anormal que ceux qui ont désobéi ou à tout le moins ont fait preuve d’indépendance soient quand même au bénéfice de l’Esprit.

Et Josué de s’affoler : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Réflexe d’inquiétude qui signifie aussi : « au secours, nous perdons le contrôle ! Nous ne maîtrisons plus rien ! » Moïse, lui, ne s’en fait manifestement pas : il sait. On peut même imaginer qu’il se souvient de sa propre vocation, qui ne s’est donc pas faite non plus sans difficultés. « Pourquoi moi ? »

Quant à l’inquiétude de Josué pour les prérogatives de son maître — en choisissant de s’entourer de soixante-dix Anciens, Moïse savait de toute façon qu’il acceptait de ne plus tout maîtriser. Et il s’en réjouit. D’autant plus qu’à présent, l’Esprit du Seigneur accompagne de toute façon Eldad et Medad. On a entendu la réponse de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son Esprit ! »

Et oui, il a bien compris aussi cet aspect du malaise de Josué. Perdant un peu de la lourdeur de sa tâche, Moïse va perdre aussi un peu de son prestige personnel. Et — c’est important — il s’en réjouit. Quelques versets plus bas, le même livre des Nombres précise : « Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur la terre. » (Nb 12, 3). Nous venons d’en avoir la preuve : il se réjouit sincèrement de ne plus être seul à porter le poids de la charge du peuple, et de ne plus avoir le monopole — en quelque sorte — de l’Esprit et le prestige qui s’ensuit. Et ce faisant, Moïse, accomplissant cet aspect essentiel de sa vocation, se fait annonciateur du Royaume. Ce qui n’échappera pas à ses héritiers spirituels.

70 anciens. Ils deviendront le signe de la responsabilité partagée, puis de l’avancée du Royaume ; l’un n’allant pas sans l’autre. Savez-vous que, selon le Targoum, ancienne version araméenne paraphrasée de la Bible, Eldad et Medad, dans leurs prophéties que la Bible ne transmet pas, ont annoncé la délivrance finale d’Israël et la résurrection des morts ?

Intuition tout à fait justifiée, comme vérifiée en anticipation par l’Histoire : les 70 anciens deviendront en effet la préfiguration de toutes les étapes vers le Royaume. Ils deviendront le modèle du sanhédrin, en quelque sorte témoin de la parole de Moïse et de sa loi au sein du peuple. Puis ils donneront leur titre, 70 — septante — à la version de la Bible destinée à tous les peuples, la traduction grecque du même nom : Septante.

Puis 70 disciples seront choisis par Jésus pour préfigurer en Israël la prochaine mission universelle de l’Église. Toujours l’élargissement de la promesse à toutes les nations. Écho à l’événement, la prophétie bien connue de Joël : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos anciens auront des songes, Et vos jeunes gens des visions » (Jl 3, 1). On sait que c’est cette prophétie qui sera reprise au livre des Actes, lors de l’événement de Pentecôte, premier signe décisif de l’élargissement de l’Alliance à toutes les nations. Écho encore à Ésaïe : mon Esprit couvrira la terre comme l’eau couvre le fond des mers.

Voilà une prophétie qui est bien celle de la perte contrôle, de notre perte de contrôle. Dieu seul prend l’initiative. C’est ce qui doit advenir, c’est le sens de ce que fonde la mission de Moïse. Moïse s’y opposerait ? Impensable. Et pourtant, quelle tentation, si l’on voit que ce sera encore celle des disciples de Jésus, dont la vocation spécifique est pourtant d’amener à la concrétisation de cet élargissement de l’Alliance scellée avec Moïse.

Marc 9, 38-41
38 Jean lui dit: "Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas."
39 Mais Jésus dit: "Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi.
40 Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
41 Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.

« Nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais que l’on sache, l’expulsion des idoles qui rendent captifs — le mot démons traduit en grec le mot hébreu pour idoles —, cette libération pour vivre dans la liberté de l’Esprit de Dieu est la vocation donnée dès le Sinaï ! Mais qu’elle est forte la tentation de se vouloir propriétaires de la parole libératrice : « nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas » — bref parce qu’il n’était pas membre de la même Église que nous… propriétaires exclusifs du don de Dieu !

Même tentation que celle de Josué : « ils prophétisent sans être avec toi, là où c’était prévu, au Tabernacle ; fais-les donc taire. » — « Nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas ». Même réponse de Moïse et de Jésus : « Ne l’empêchez pas. » C’est ainsi que la promesse du Royaume fait son chemin, qui fera dire à Paul : « nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Co 12, 13).

Même réponse de Moïse et de Jésus, qui vaut confirmation d’une vocation. L’appel externe (reçu par Eldad et Medad, désignés par leur nom « Dieu a aimé » et « amour » ; mais jusque là apparemment pas par l’homme de l’évangile — qui justement n’est pas nommé !) — comme vis-à-vis et confirmation d’un appel interne (reçu par les uns et par l’autre — et finalement validé par Jésus : « Ne l’empêchez pas. »)...

Dieu appelle chacun d’entre nous, il appelle chacun à entendre son appel, chacun à son rôle, et envoyés par l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut pour l’espérance et la promesse de son Royaume. Dieu appelle chacun de nous individuellement aussi à discerner quelle est la tâche qu’il nous confie dans cette grande œuvre : l’avènement de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle où la justice habitera.

Et cela vaut au-delà même de nos communautés diverses : « qui n’est pas contre nous est pour nous », rappelle Jésus. Nul n’est de trop dans ce grand projet, quelles que soient de notre part les réticences à ceux que nous voudrions empêcher. Et aucun geste n’est méprisable : « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau ne l’aura pas fait en vain » !…

Et si c’était moi Eldad — que « Dieu a aimé » ou Medad, au bénéfice de son amour —, que Dieu appelle maintenant à sortir vers lui du fond de moi plutôt que de rester campé, dans le provisoire d’un camp, telle est la question de la vocation qui est la nôtre, celle qui nous est adressée, pleine de la promesse qu’elle porte.


RP, Poitiers, 30.09.18


dimanche 20 mai 2018

Perdre le contrôle




Actes 2, 1-11 ; Psaume 104 ; Galates 5, 16-25 ; Jean 15, 26-27 & 16, 12-15

Actes 2, 1-8
1 Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu.
2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s’en posa sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis d’Esprit saint et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’énoncer.
5 Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem.
6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Étonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d'Asie,
10 de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains,
11 Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu !

*

Il s’en est passé des choses depuis ce moment du livre des Actes des Apôtres, où s’annonçait un envoi vers toutes nations et toutes langues ! Et cela ne s’est pas toujours passé pour le mieux, dans cette extension de l’Évangile aux nations. Que de peuples pour pleurer suite à la violence de l’histoire dans les soutes de laquelle est trop souvent arrivé l’Évangile ! Et voilà les grands témoins du Dieu consolateur, de l’Esprit consolateur, pleurant avec les peuples, comme déjà Moïse au livre des Nombres déplorait cette attitude voulant que l’Esprit soit réservé à d’aucuns (fût-ce à lui-même), qui en viennent ensuite à prétendre régner en son nom, et finissent par se faire oppresseurs ! Cela parce que leur perte de contrôle au profit de l’Esprit de Dieu n'a pas eu lieu !

*

Une promesse de Jésus, celle d'une perte de contrôle au profit de l'Esprit…

Jean 15, 26-27
26 “Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ;
27 et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

Jean 16, 12-15
12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.
13 lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir.
14 Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
15 Tout ce que le Père a est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.

*

Des langues qui se séparent, pour une perte de contrôle, perte de maîtrise du langage et partage de l'Esprit, écho au livre des Nombres…

Nombres 11, 25-29
25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et parla à Moïse ; il prit de l’esprit qui était sur lui et le mit sur les soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.
26 Deux hommes étaient restés dans le camp ; ils s’appelaient l’un Eldad, l’autre Médad ; l’esprit se posa sur eux — ils étaient en effet sur la liste, mais ils n’étaient pas sortis pour aller à la tente — et ils prophétisèrent dans le camp.
27 Un garçon courut avertir Moïse : "Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp !"
28 Josué, fils de Noun, qui était l’auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint : "Moïse, mon seigneur, arrête-les !"
29 Moïse répliqua : "Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit !"

Il eût très souvent mieux valu que l'on perdît le contrôle ! Ce serait cela qu’avait pressenti Moïse… qui est d’abord, en ce chapitre du livre des Nombres, en proie au découragement. Car Moïse est découragé, comme les Apôtres au départ de leur maître, jusqu’à ce jour de Shavouoth, fête juive du don de la Torah, qui fait écho au Sinaï, où Moïse la recevait au milieu du vent et du feu.

Moïse bientôt découragé d’être le pasteur d’un peuple récalcitrant comme celui du désert ! Ce à quoi Dieu a répondu… en partageant son Esprit (v. 23) : « Crois-tu que j’ai le bras trop court ? Tu vas voir maintenant si ma parole se réalise ou non pour toi. » Parole qui va se réaliser d’une façon qui peut sembler étrange : Moïse va recevoir des coopérateurs, que Dieu va doter de son Esprit.

Ces coopérateurs sont choisis par Moïse — mais c’est Dieu qui les qualifie (ce n’est pas au contrôle de Moïse), en leur donnant de son Esprit pour leur mission.

Dieu avait dit à Moïse : « Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, tu les amèneras à la tente de la rencontre, je prélèverai un peu de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre en eux… » Moïse fait donc une liste de soixante-dix personnes, et les convoque à la Tente de la Rencontre, c’est-à-dire la Tente qui abritait l’Arche d’Alliance, qui est dressée hors du campement où demeure le peuple. Désormais il sera donc entouré d’une sorte de sénat, (selon le sens équivalent en latin au mot ancien), ou de conseil presbytéral (selon le grec).

Tous convoqués pour aller à la Tente de la rencontre, hors du camp, il s’en trouve deux, Eldad (nom qui signifie : Dieu a aimé) et Medad (bien aimé), qui n’y vont pas, mais restent dans le camp. Le texte ne dit pas pourquoi. Quoi qu’il en soit, ce qui va suivre va montrer à quel point Moïse ne s’est pas trompé, ou à quel point il est inspiré, doué de l’Esprit de Dieu, parce que ces deux-là s’avèrent bel et bien être appelés et qualifiés par Dieu — et s’ils ont, peut-être, résisté à Moïse, ils ne sauraient résister à Dieu, à l’appel intérieur ; et bon gré mal gré, ils prophétiseront — c’est-à-dire diront la parole de Dieu —, fût-ce au milieu du campement.

Et Moïse, sans doute, le sait bien. Peut-être lui ont-ils, apparemment, résisté à lui, mais au fond, il sait qu’il s’agit de bien autre chose… Perte de contrôle. Quiconque a connu la vocation, l’appel de Dieu et a répliqué d’abord : « pourquoi moi ? » — le sait bien. Et Moïse lui même n’a-t-il pas d’abord répondu à Dieu l’envoyant en Égypte — « pourquoi moi ? Envoie quelqu’un d’autre de plus doué, plus compétent, etc. »

Dans notre texte, Dieu fait comme il avait dit : il « prélève une part de l’Esprit qui reposait sur Moïse, pour le donner aux soixante-dix anciens ». Manière imagée de dire que, désormais, les anciens sont en mission autour de Moïse et donc que l’Esprit du Dieu qui les a appelés, qui les a vraiment lui-même appelés, ce don de l’Esprit en est le signe — l’Esprit les accompagne, et les précède.

Et Josué de s’affoler : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Réflexe d’inquiétude qui signifie aussi : « au secours, nous perdons le contrôle ! Nous ne maîtrisons plus rien ! » Moïse, lui, ne s’en fait manifestement pas : il sait. On peut même imaginer qu’il se souvient de sa propre vocation, qui ne s’est donc pas faite non plus sans difficultés. « Pourquoi moi ? »

Dès le départ, Moïse savait qu’il acceptait de ne plus tout maîtriser. Et il s’en réjouit. D’autant plus qu’à présent, l’Esprit du Seigneur accompagne de toute façon Eldad et Medad. On a entendu la réponse de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son Esprit ! »

70 Anciens pour commencer (70, chiffre rond, ou 72 si on compte comme deux de plus Eldad et Medad — car selon le Talmud Dieu a accordé à Moïse que le nombre d'anciens représente chaque tribu par nombre égal : 6 anciens pour chacune des douze tribus, ce qui fait 72). Symbole de tout le peuple comme plus tard, en Actes 2, les 12 Apôtres, premiers d'une multitude, de toutes les nations qui sont sous le ciel (Actes 2, 5), 70 étant dans la Bible le chiffre des nations. Les 70 sont alors le signe de la l’avancée du Royaume. Selon le Targoum, ancienne version araméenne paraphrasée de la Bible, Eldad et Medad, dans leurs prophéties que la Bible ne transmet pas, ont annoncé parmi les 70 la délivrance finale d’Israël et la résurrection des morts ?

Les 70 anciens deviennent la préfiguration de toutes les étapes vers le Royaume. Ils deviendront le modèle du sanhédrin, en quelque sorte témoin de la parole de Moïse et de sa loi au sein du peuple. Puis ils donneront leur titre, 70 — septante — à la version de la Bible destinée à tous les peuples, la traduction grecque du même nom : Septante.

Puis, dans le Nouveau Testament, 70 disciples (ou 72 si l'on n'arrondit pas) seront choisis par Jésus pour préfigurer en Israël la prochaine mission universelle de l’Église. Toujours l’élargissement de la promesse à toutes les nations. Écho à l’événement, en Actes 2, la prophétie bien connue de Joël : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos anciens auront des songes, Et vos jeunes gens des visions » (Joël 3, 1&). On sait que c’est cette prophétie qui sera reprise par Pierre au livre des Actes (ch. 2, 16 sq.), lors de l’événement de Pentecôte, signe décisif de l’élargissement de l’Alliance à toutes les nations. Écho aussi à Ésaïe : mon Esprit couvrira la terre comme l’eau couvre le fond des mers.

Voilà une prophétie qui est bien celle de la perte contrôle, de notre perte de contrôle. Dieu seul, son Esprit, prend l’initiative pour amener à la concrétisation de l’élargissement de l’Alliance scellée avec Moïse.

Promesse de Jésus, Jean 16, 12-15 :
12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.
13 lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir.
14 Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
15 Tout ce que le Père a est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.

Dieu appelle chacun d’entre nous, de chaque peuple, il appelle chacun à entendre son appel, chacun à son rôle, et envoyés par l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut pour l’espérance et la promesse de son Royaume. Dieu appelle chacun de nous individuellement aussi à discerner quelle est la tâche qu’il nous confie dans cette grande œuvre : l’avènement de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle où la justice habitera, dans cette Cité nouvelle qui, selon le livre d'Hénoch (ch. 14, v. 9 et 15) dans la Bible de l'Église éthiopienne, est entourée de langues de feu, bâtie de langues de feu.

À nous à présent de perdre le contrôle. L’histoire nous a montré tragiquement combien il est urgent de laisser agir l’Esprit de Dieu, en nous, par nous, et par celles et ceux par qui il veut surprendre le monde, les Eldad — que « Dieu a aimé » — et Medad — « au bénéfice de son amour ».


RP, Poitiers, 20.05.18


dimanche 15 mai 2016

Pentecôte - "Il demeure éternellement avec vous"




Nombres 11.11-12, 14-17, 24-25 ; Actes 2.1-11 ; Psaume 104 ; Romains 8.8-17 ; Jean 14.15-26

Nombres 11
16 Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, des hommes dont tu sais qu’ils sont des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la tente de la rencontre ; ils s’y présenteront avec toi.
17 J’y descendrai et je te parlerai ; je prélèverai un peu de l’esprit qui est en toi pour le mettre en eux ; ils porteront alors avec toi le fardeau du peuple, et tu ne seras plus seul à le porter.

24 Moïse sortit de la tente et rapporta au peuple les paroles du SEIGNEUR ; il rassembla soixante-dix des anciens du peuple qu’il plaça autour de la tente.
25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla ; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.

Actes 1, 3-5
3 Après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu.
4 Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il ;
5 car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit.

Actes 2, 1-5
1 Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu.
2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s'en posa sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis d'Esprit saint et se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'énoncer.
5 Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem.
6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.

*

« Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit. »
(Actes 1, 5)

Lorsque Jean baptisait, il annonçait : « Moi, je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu » (Luc 3, 16). Jésus l'annonce dix jours avant Pentecôte : « dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit » —, le jour est à présent venu...

Pentecôte — Shavouoth, en hébreu. Ce jour est aussi celui du souvenir du don de la Torah, traité de l’Alliance. Célébration du don de la Torah, la loi — dont les Prophètes annonçaient qu’elle est appelée à s’inscrire dans le cœur des croyants par le don de l'Esprit — « celui qui a mes commandements et qui les garde », en dit Jésus (Jean 14, 21) promettant l'Esprit saint.

Dans la promesse de la fidélité de Dieu, l’Esprit nous précède, précède même notre naissance… Et il précède notre baptême. Comme Jean, nous baptisons d'eau ; si le signe est différent : Jean baptise pour le repentir, nous baptisons en Christ, — le moyen est aussi l'eau, et l'Esprit annoncé par Jean est la vérité de ce que nous signifions par l'eau.

Dieu nous précède, son Esprit qui scelle en nous la promesse nous précède. Depuis Abraham, Isaac et Jacob, et quelle que soit l’infidélité des enfants, notre infidélité, Dieu demeure fidèle et n'abroge jamais rien de ce qu'il a dit et promis. Dieu est fidèle à Israël du fait de sa promesse aux pères, dit Paul (Ro 11.28-29). Et « si nous sommes infidèles, lui demeure fidèle car il ne peut se renier lui-même » (2 Ti 2:13).

Car en outre, c'est ce que dit le miracle des langues lors de cette Pentecôte... En Jésus Christ ressuscité, inaugurant le Royaume promis, le Royaume qui commence par la Résurrection, Dieu nous dévoile que cette précédence de l’amour de Dieu concerne plus que les seuls descendants d’Abraham par l’observance de la Torah. La promesse s’étend à tous ceux qui ont la foi d'Abraham. Jésus prie pour tous ceux qui croiront par la Parole des Apôtres, juifs comme Grecs, et autres nations jusqu'aux extrémités de la Terre.

L'événement de Pentecôte ne signifie pas que les Pères d’avant la venue de Jésus ignoraient la communion de Dieu qui est dans l’Esprit saint. Le contraire est même certain. Comment en effet auraient-ils pu vivre de la foi qui était la leur, leur faisant préférer, selon l’Épître aux Hébreux, l’exil et la pérégrination, à des gratifications immédiates ? Il est bien question de participation à l’Esprit dans la Torah (Nb 11.24-30), dans les Prophètes (Éz 37.1), dans les Psaumes (Ps 51.13)…

*

En Nombres 11, 25 : « Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla ; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. »

70 anciens (chiffre rond, ou 72 si on compte les deux de plus Eldad et Medad dans le même récit — car selon le Talmud Dieu a accordé à Moïse que le nombre d'anciens représente chaque tribu par nombre égal : 6 anciens pour chacune des douze tribus, ce qui fait 72). Ces 70 / 72 deviendront la préfiguration de toutes les étapes vers le Royaume étendu aux nations (70 nations selon la Genèse — chiffre symbolique pour dire toutes les nations). Ces 70 anciens recevant l'Esprit deviendront le modèle du sanhédrin, en quelque sorte témoin de la parole de Moïse et de sa loi au sein du peuple, composé de 70 anciens + 1, représentant les nations et Israël. Puis ils donneront leur titre, 70 — septante — à la version de la Bible destinée à tous les peuples, la traduction grecque du même nom : Septante.

Puis 70 disciples (ou 72 si l'on n'arrondit pas) seront choisis par Jésus pour préfigurer en Israël la prochaine mission universelle de l’Église. Toujours l’élargissement de la promesse à toutes les nations. Écho à l’événement, la prophétie bien connue de Joël : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos anciens auront des songes, Et vos jeunes gens des visions » (Joël 3, 1). On sait que c’est cette prophétie qui sera reprise au livre des Actes, lors de l’événement de Pentecôte, premier signe décisif de l’élargissement de l’Alliance à toutes les nations. Écho encore à Ésaïe : mon Esprit couvrira la terre comme l’eau couvre le fond des mers.

Voilà une prophétie qui est bien celle de la perte contrôle, de notre perte de contrôle par le don de l'Esprit. Dieu seul prend l’initiative.

*

Désormais, selon la promesse, l’Alliance avec sa consolation s’est élargie à tous les peuples. C’est ce que nous fêtons à Pentecôte. Le miracle des langues étrangères comprises de tous, rapporté dans le texte des Actes des Apôtres, a pour fonction de nous le rappeler.

Par delà l’Alliance traitée avec son peuple, l’Esprit de Dieu est présent à la Création du monde — « il planait à la face des eaux » dit la Genèse — porteur de la Parole par laquelle tout a été fait — porteur de la lumière qui éclaire tout être humain venant dans le monde (Jean 1). L’Esprit précède ainsi non seulement les descendants historiques d’Abraham, mais tout être humain. Ainsi l’Apôtre Paul insistera pour que l’Évangile soit annoncé à tous les peuples… Comme l’Esprit lui-même signifiait à l’Apôtre Pierre que la famille romaine de Corneille, non circoncis, devait aussi être baptisée. L’Esprit de Dieu l’y avait précédé.

Le signe de l’Alliance est alors donné par le seul baptême. Il n’est que le signe que donne l’Église, le signe de ce que Dieu lui-même a déjà donné : les disciples connaissent déjà l’Esprit qu’ils recevront. Prémisses de l’Esprit, promesse de l’Esprit.

Jean 14, 15 sq. :
15 Si vous m’aimez, gardez mes commandements.
16 Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous,
17 l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il est en vous.
18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.


RP, Poitiers, Pentecôte, 15/05/16


dimanche 27 septembre 2015

"Peuple de prophètes" ?




Nombres 11, 25-29 ; Psaume 19 ; Jacques 5, 1-6 ; Marc 9, 38-48

Nombres 11, 25-29
25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.
26 Deux hommes étaient restés dans le camp; ils s’appelaient l’un Eldad, l’autre Médad; l’esprit se posa sur eux — ils étaient en effet sur la liste, mais ils n’étaient pas sortis pour aller à la tente — et ils prophétisèrent dans le camp.
27 Un garçon courut avertir Moïse: "Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp!"
28 Josué, fils de Noun, qui était l’auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint: "Moïse, mon seigneur, arrête-les!"
29 Moïse répliqua: "Serais-tu jaloux pour moi? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit!"

*

Moïse est découragé. Être le pasteur d’un peuple récalcitrant comme celui du désert, il n’en peut plus ! Ce à quoi Dieu a répondu (v.23) : « Crois-tu que j’ai le bras trop court ? Tu vas voir maintenant si ma parole se réalise ou non pour toi. » Une parole qui va se réaliser d’une façon qui peut sembler étrange : Moïse va recevoir des coopérateurs, et donc perdre, apparemment, un peu de son prestige. Cela n’échappe pas à Josué.

Ces coopérateurs sont choisis par Moïse — mais c’est Dieu qui les qualifie, en leur donnant de son Esprit pour les envoyer en mission. Cela correspond au fond à ce que l’on appelle appel externe, adressé par les hommes, par l’Église, par l’institution — ici par Moïse — ; et appel interne, appel de Dieu, qui seul qualifie ceux qu’il appelle, même si l’appel externe, est indispensable — comme une voix qui porte l’appel de Dieu. Si je vous dis : « toi réponds à l’appel », cette interpellation extérieure à vous ne sera efficace que si elle résonne en vous, intérieurement — et ça, c’est l’œuvre de Dieu.

Dieu avait dit à Moïse : « Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, tu les amèneras à la tente de la rencontre, je prélèverai un peu de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre en eux... » Moïse fait donc une liste de soixante-dix personnes, et les convoque à la Tente de la Rencontre, c’est-à-dire la Tente qui abritait l’Arche d’Alliance, qui est dressée hors du campement où demeure le peuple. Désormais il sera donc entouré d’une sorte de sénat, (selon le sens équivalent en latin au mot ancien), ou de conseil presbytéral (selon le grec).

Sur les soixante-dix choisis par Moïse pour aller à la Tente de la rencontre, hors du camp, deux, Eldad et Medad, n’y vont pas, mais restent dans le camp. Le texte ne dit pas si c’est par mauvaise volonté, ni si cette désobéissance signifie une réticence par rapport à Moïse.

Quoi qu’il en soit, ce qui va suivre va montrer à quel point Moïse ne s’est pas trompé, ou à quel point il est inspiré, doué de l’Esprit de Dieu, parce que ces deux-là s’avèrent bel et bien être appelés et qualifiés par Dieu — et s’ils ont, peut-être, résisté à Moïse, ils ne sauraient résister à Dieu, à l’appel intérieur ; et bon gré mal gré, ils prophétiseront — c’est-à-dire diront la parole de Dieu —, fût-ce au milieu du campement.

Et Moïse, le texte permet de le supposer, le sait bien. Peut-être lui ont-ils, apparemment, résisté à lui, mais au fond, il sait qu’il s’agit de bien autre chose. Quiconque a connu la vocation, l’appel de Dieu et a répliqué d’abord : « pourquoi moi ? » — le sait bien. Et Moïse lui même n’a-t-il pas d’abord répondu à Dieu l’envoyant en Égypte — « pourquoi moi ? Envoie quelqu’un d’autre de plus doué, plus compétent, etc. » Vous vous souvenez.

Dans notre texte, Dieu fait comme il avait dit : il « prélève une part de l’Esprit qui reposait sur Moïse, pour le donner aux soixante-dix anciens ». Manière imagée de dire que, désormais, les anciens sont en mission autour de Moïse et donc que l’Esprit du Dieu qui les a appelés, qui les a vraiment appelés lui-même, ce don de l’Esprit en est le signe — l’Esprit les accompagne, et les précède.

Ce qui, en outre, confirme le discernement de Moïse qui les a lui-même choisis. Y compris les deux réfractaires restés au camp : ils reçoivent eux aussi l’Esprit pour être à même de remplir leur mission.

Le comportement d’Eldad et Medad n’est pas du goût de tout le monde ; quelqu’un se précipite pour avertir Moïse : « Eldad et Medad sont en train de prophétiser dans le camp ! » Et là, on assiste à deux réactions diamétralement opposées : Josué, le fidèle serviteur de Moïse, veut défendre les prérogatives de son maître. Il est anormal que ceux qui ont désobéi ou à tout le moins ont fait preuve d’indépendance soient quand même au bénéfice de l’Esprit.

Et Josué de s’affoler : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Réflexe d’inquiétude qui signifie aussi : « au secours, nous perdons le contrôle ! Nous ne maîtrisons plus rien ! » Moïse, lui, ne s’en fait manifestement pas : il sait. On peut même imaginer qu’il se souvient de sa propre vocation, qui ne s’est donc pas faite non plus sans difficultés. « Pourquoi moi ? »

Quant à l’inquiétude de Josué pour les prérogatives de son maître — en choisissant de s’entourer de soixante-dix Anciens, Moïse savait de toute façon qu’il acceptait de ne plus tout maîtriser. Et il s’en réjouit. D’autant plus qu’à présent, l’Esprit du Seigneur accompagne de toute façon Eldad et Medad. On a entendu la réponse de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son Esprit ! »

Et oui, il a bien compris aussi cet aspect du malaise de Josué. Perdant un peu de la lourdeur de sa tâche, Moïse va perdre aussi un peu de son prestige personnel. Et — c’est important — il s’en réjouit. Quelques versets plus bas, le même livre des Nombres précise : « Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur la terre. » (Nb 12, 3). Nous venons d’en avoir la preuve : il se réjouit sincèrement de ne plus être seul à porter le poids de la charge du peuple, et de ne plus avoir le monopole — en quelque sorte — de l’Esprit et le prestige qui s’ensuit. Et ce faisant, Moïse, accomplissant cet aspect essentiel de sa vocation, se fait annonciateur du Royaume. Ce qui n’échappera pas à ses héritiers spirituels.

70 anciens. Ils deviendront le signe de la responsabilité partagée, puis de l’avancée du Royaume ; l’un n’allant pas sans l’autre. Savez-vous que, selon le Targoum, ancienne version araméenne paraphrasée de la Bible, Eldad et Medad, dans leurs prophéties que la Bible ne transmet pas, ont annoncé la délivrance finale d’Israël et la résurrection des morts ?

Intuition tout à fait justifiée, comme vérifiée en anticipation par l’Histoire : les 70 anciens deviendront en effet la préfiguration de toutes les étapes vers le Royaume. Ils deviendront le modèle du sanhédrin, en quelque sorte témoin de la parole de Moïse et de sa loi au sein du peuple. Puis ils donneront leur titre, 70 — septante — à la version de la Bible destinée à tous les peuples, la traduction grecque du même nom : Septante.

Puis 70 disciples seront choisis par Jésus pour préfigurer en Israël la prochaine mission universelle de l’Église. Toujours l’élargissement de la promesse à toutes les nations. Écho à l’événement, la prophétie bien connue de Joël : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos anciens auront des songes, Et vos jeunes gens des visions » (Jl 3, 1). On sait que c’est cette prophétie qui sera reprise au livre des Actes, lors de l’événement de Pentecôte, premier signe décisif de l’élargissement de l’Alliance à toutes les nations. Écho encore à Ésaïe : mon Esprit couvrira la terre comme l’eau couvre le fond des mers.

Voilà une prophétie qui est bien celle de la perte contrôle, de notre perte de contrôle. Dieu seul prend l’initiative. C’est ce qui doit advenir, c’est le sens de ce que fonde la mission de Moïse. Moïse s’y opposerait ? Impensable. Et pourtant, quelle tentation, si l’on voit que ce sera encore celle des disciples de Jésus, dont la vocation spécifique est pourtant d’amener à la concrétisation de cet élargissement de l’Alliance scellée avec Moïse.

Marc 9, 38-41
38 Jean lui dit: "Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas."
39 Mais Jésus dit: "Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi.
40 Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
41 Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.

« Nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais que l’on sache, l’expulsion des idoles qui rendent captifs — le mot démons traduit en grec le mot hébreu pour idoles —, cette libération pour vivre dans la liberté de l’Esprit de Dieu est la vocation donnée dès le Sinaï ! Mais qu’elle est forte la tentation de se vouloir propriétaires de la parole libératrice : « nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas » — bref parce qu’il n’était pas membre de la même Église que nous… propriétaires exclusifs du don de Dieu !

Même tentation que celle de Josué : « ils prophétisent sans être avec toi, là où c’était prévu, au Tabernacle ; fais-les donc taire. » — « Nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas ». Même réponse de Moïse et de Jésus : « Ne l’empêchez pas. » C’est ainsi que la promesse du Royaume fait son chemin, qui fera dire à Paul : « nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Co 12, 13).

Même réponse de Moïse et de Jésus, qui vaut confirmation d’une vocation. L’appel externe (reçu par Eldad et Medad, désignés par leur nom « Dieu a aimé » et « amour » ; mais jusque là apparemment pas par l’homme de l’évangile — qui justement n’est pas nommé !) — comme vis-à-vis et confirmation d’un appel interne (reçu par les uns et par l’autre — et finalement validé par Jésus : « Ne l’empêchez pas. »)...

Dieu appelle chacun d’entre nous, il appelle chacun à entendre son appel, chacun à son rôle, et envoyés par l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut pour l’espérance et la promesse de son Royaume. Dieu appelle chacun de nous individuellement aussi à discerner quelle est la tâche qu’il nous confie dans cette grande œuvre : l’avènement de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle où la justice habitera.

Et cela vaut au-delà même de nos communautés diverses : « qui n’est pas contre nous est pour nous », rappelle Jésus. Nul n’est de trop dans ce grand projet, quelles que soient de notre part les réticences à ceux que nous voudrions empêcher. Et aucun geste n’est méprisable : « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau ne l’aura pas fait en vain » !…

Et si c’était moi Eldad — que « Dieu a aimé » ou Medad, au bénéfice de son amour —, que Dieu appelle maintenant à sortir vers lui du fond de moi plutôt que de rester campé, dans le provisoire d’un camp, telle est la question de la vocation qui est la nôtre, celle qui nous est adressée, pleine de la promesse qu’elle porte.


RP, Châtellerault, 27.09.15


dimanche 30 septembre 2012

"Qui n’est pas contre nous est pour nous"




Nombres 11, 25-29 ; Psaume 19 ; Jacques 5, 1-6 ; Marc 9, 38-41

Nombres 11, 25-29
25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.
26 Deux hommes étaient restés dans le camp; ils s’appelaient l’un Eldad, l’autre Médad; l’esprit se posa sur eux — ils étaient en effet sur la liste, mais ils n’étaient pas sortis pour aller à la tente — et ils prophétisèrent dans le camp.
27 Un garçon courut avertir Moïse: "Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp!"
28 Josué, fils de Noun, qui était l’auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint: "Moïse, mon seigneur, arrête-les!"
29 Moïse répliqua: "Serais-tu jaloux pour moi? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit!"

*

Moïse est découragé. Être le pasteur d’un peuple récalcitrant comme celui du désert, il n’en peut plus ! Ce à quoi Dieu a répondu (v.23) : « Crois-tu que j’ai le bras trop court ? Tu vas voir maintenant si ma parole se réalise ou non pour toi. » Une parole qui va se réaliser d’une façon qui peut sembler étrange : Moïse va recevoir des coopérateurs, et donc perdre, apparemment, un peu de son prestige. Cela n’échappe pas à Josué.

Nous sommes au moment où Dieu donne ces coopérateurs à Moïse. C’est Moïse qui les choisit — mais c’est Dieu qui les qualifie, en leur donnant de son Esprit pour les envoyer en mission. Cela correspond au fond à ce que l’on appelle dans la tradition réformée appel externe, adressé par les hommes, par l’Église, par l’institution — ici par Moïse — ; et appel interne, appel de Dieu, qui seul qualifie ceux qu’il appelle, même si l’appel externe, est indispensable — comme une voix qui porte l’appel de Dieu. Si je vous dis : « toi réponds à l’appel », cette interpellation extérieure à vous ne sera efficace que si elle résonne en vous, intérieurement — et ça, c’est l’œuvre de Dieu.

Dieu avait dit à Moïse : « Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, tu les amèneras à la tente de la rencontre, je prélèverai un peu de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre en eux... » Moïse fait donc une liste de soixante-dix personnes, et les convoque à la Tente de la Rencontre, c’est-à-dire la Tente qui abritait l’Arche d’Alliance, qui est dressée hors du campement où demeure le peuple. Désormais il sera donc entouré d’une sorte de sénat, (selon le sens équivalent en latin au mot ancien), ou de conseil presbytéral (selon le grec).

Sur les soixante-dix choisis par Moïse pour aller à la Tente de la rencontre, hors du camp, deux, Eldad et Medad, n’y vont pas, mais restent dans le camp. Le texte ne dit pas si c’est par mauvaise volonté, ni si cette désobéissance signifie une réticence par rapport à Moïse.

Quoi qu’il en soit, ce qui va suivre va montrer à quel point Moïse ne s’est pas trompé, ou à quel point il est inspiré, doué de l’Esprit de Dieu, parce que ces deux-là s’avèrent bel et bien être appelés et qualifiés par Dieu — et s’ils ont, peut-être, résisté à Moïse, ils ne sauraient résister à Dieu, à l’appel intérieur ; et bon gré mal gré, ils prophétiseront — c’est-à-dire diront la parole de Dieu —, fût-ce au milieu du campement.

Et Moïse, le texte permet de le supposer, le sait bien. Peut-être lui ont-ils, apparemment, résisté à lui, mais au fond, il sait qu’il s’agit de bien autre chose. Quiconque a connu la vocation, l’appel de Dieu et a répliqué d’abord : « pourquoi moi ? » — le sait bien. Et Moïse lui même n’a-t-il pas d’abord répondu à Dieu l’envoyant en Égypte — « pourquoi moi ? Envoie quelqu’un d’autre de plus doué, plus compétent, etc. » Vous vous souvenez.

Dans notre texte, Dieu fait comme il avait dit : il « prélève une part de l’Esprit qui reposait sur Moïse, pour le donner aux soixante-dix anciens ». Manière imagée de dire que, désormais, les anciens sont en mission autour de Moïse et donc que l’Esprit du Dieu qui les a appelés, qui les a vraiment appelés lui-même, ce don de l’Esprit en est le signe — l’Esprit les accompagne, et les précède.

Ce qui, en outre, confirme le discernement de Moïse qui les a lui-même choisis. Y compris les deux réfractaires restés au camp : ils reçoivent eux aussi l’Esprit pour être à même de remplir leur mission.

Le comportement d’Eldad et Medad n’est pas du goût de tout le monde ; quelqu’un se précipite pour avertir Moïse : « Eldad et Medad sont en train de prophétiser dans le camp ! » Et là, on assiste à deux réactions diamétralement opposées : Josué, le fidèle serviteur de Moïse, veut défendre les prérogatives de son maître. Il est anormal que ceux qui ont désobéi ou à tout le moins ont fait preuve d’indépendance soient quand même au bénéfice de l’Esprit.

Et Josué de s’affoler : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Réflexe d’inquiétude qui signifie aussi : « au secours, nous perdons le contrôle ! Nous ne maîtrisons plus rien ! » Moïse, lui, ne s’en fait manifestement pas : il sait. On peut même imaginer qu’il se souvient de sa propre vocation, qui ne s’est donc pas faite non plus sans difficultés. « Pourquoi moi ? »

Quant à l’inquiétude de Josué pour les prérogatives de son maître — en choisissant de s’entourer de soixante-dix Anciens, Moïse savait de toute façon qu’il acceptait de ne plus tout maîtriser. Et il s’en réjouit. D’autant plus qu’à présent, l’Esprit du Seigneur accompagne de toute façon Eldad et Medad. On a entendu la réponse de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son Esprit ! »

Et oui, il a bien compris aussi cet aspect du malaise de Josué. Perdant un peu de la lourdeur de sa tâche, Moïse va perdre aussi un peu de son prestige personnel. Et — c’est important — il s’en réjouit. Quelques versets plus bas, le même livre des Nombres précise : « Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur la terre. » (Nb 12, 3). Nous venons d’en avoir la preuve : il se réjouit sincèrement de ne plus être seul à porter le poids de la charge du peuple, et de ne plus avoir le monopole — en quelque sorte — de l’Esprit et le prestige qui s’ensuit. Et ce faisant, Moïse, accomplissant cet aspect essentiel de sa vocation, se fait annonciateur du Royaume. Ce qui n’échappera pas à ses héritiers spirituels.

70 anciens. Ils deviendront le signe de la responsabilité partagée, puis de l’avancée du Royaume ; l’un n’allant pas sans l’autre. Savez-vous que, selon le Targoum, ancienne version araméenne paraphrasée de la Bible, Eldad et Medad, dans leurs prophéties que la Bible ne transmet pas, ont annoncé la délivrance finale d’Israël et la résurrection des morts ?

Intuition tout à fait justifiée, comme vérifiée en anticipation par l’Histoire : les 70 anciens deviendront en effet la préfiguration de toutes les étapes vers le Royaume. Ils deviendront le modèle du sanhédrin, en quelque sorte témoin de la parole de Moïse et de sa loi au sein du peuple. Puis ils donneront leur titre, 70 — septante — à la version de la Bible destinée à tous les peuples, la traduction grecque du même nom : Septante.

Puis 70 disciples seront choisis par Jésus pour préfigurer en Israël la prochaine mission universelle de l’Église. Toujours l’élargissement de la promesse à toutes les nations. Écho à l’événement, la prophétie bien connue de Joël : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos anciens auront des songes, Et vos jeunes gens des visions » (Jl 3, 1). On sait que c’est cette prophétie qui sera reprise au livre des Actes, lors de l’événement de Pentecôte, premier signe décisif de l’élargissement de l’Alliance à toutes les nations. Écho encore à Ésaïe : mon Esprit couvrira la terre comme l’eau couvre le fond des mers.

Voilà une prophétie qui est bien celle de la perte contrôle, de notre perte de contrôle. Dieu seul prend l’initiative. C’est ce qui doit advenir, c’est le sens de ce que fonde la mission de Moïse. Moïse s’y opposerait ? Impensable. Et pourtant, quelle tentation, si l’on voit que ce sera encore celle des disciples de Jésus, dont la vocation spécifique est pourtant d’amener à la concrétisation de cet élargissement de l’Alliance scellée avec Moïse.

Marc 9, 38-41
38 Jean lui dit: "Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas."
39 Mais Jésus dit: "Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi.
40 Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
41 Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.

« Nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais que l’on sache, l’expulsion des idoles qui rendent captifs — le mot démons traduit en grec le mot hébreu pour idoles —, cette libération pour vivre dans la liberté de l’Esprit de Dieu est la vocation donnée dès le Sinaï ! Mais qu’elle est forte la tentation de se vouloir propriétaires de la parole libératrice : « nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas » — bref parce qu’il n’était pas membre de la même Église que nous… propriétaires exclusifs du don de Dieu !

Même tentation que celle de Josué : « ils prophétisent sans être avec toi, là où c’était prévu, au Tabernacle ; fais-les donc taire. » — « Nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas ». Même réponse de Moïse et de Jésus : « Ne l’empêchez pas. » C’est ainsi que la promesse du Royaume fait son chemin, qui fera dire à Paul : « nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Co 12, 13).

Même réponse de Moïse et de Jésus, qui vaut confirmation d’une vocation. L’appel externe (reçu par Eldad et Medad, désignés par leur nom « Dieu a aimé » et « amour » ; mais jusque là apparemment pas par l’homme de l’évangile — qui justement n’est pas nommé !) — comme vis-à-vis et confirmation d’un appel interne (reçu par les uns et par l’autre — et finalement validé par Jésus : « Ne l’empêchez pas. »)...

Dieu appelle chacun d’entre nous, il appelle chacun à entendre son appel, chacun à son rôle, et envoyés par l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut pour l’espérance et la promesse de son Royaume. Dieu appelle chacun de nous individuellement aussi à discerner quelle est la tâche qu’il nous confie dans cette grande œuvre : l’avènement de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle où la justice habitera.

Et cela vaut au-delà même de nos communautés diverses : « qui n’est pas contre nous est pour nous », rappelle Jésus. Nul n’est de trop dans ce grand projet, quelles que soient de notre part les réticences à ceux que nous voudrions empêcher. Et aucun geste n’est méprisable : « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau ne l’aura pas fait en vain » !…

Et si c’était moi Eldad — que « Dieu a aimé » ou Medad, au bénéfice de son amour —, que Dieu appelle maintenant à sortir vers lui du fond de moi plutôt que de rester campé, dans le provisoire d’un camp, telle est la question de la vocation qui est la nôtre, celle qui nous est adressée, pleine de la promesse qu’elle porte.

RP
Poitiers
30.09.12, Culte de rentrée


mardi 17 mai 2011

Les lévites et le tabernacle




Nombres 3, 17-39
17 Voici quels sont les noms des fils de Lévi : Guershôn, Qehath et Merari.
18 Voici les noms des fils de Guershôn, clan par clan : Libni et Shiméi ;
19 les fils de Qehath, clan par clan : Amram, Yitsehar, Hébron et Ouzziel ;
20 les fils de Merari, clan par clan : Mahli et Moushi. Ce sont là les clans des lévites, famille par famille.
21 De Guershôn, le clan de Libni et le clan de Shiméi ; ce sont là les clans des Guershonites.
22 Ceux qui furent recensés parmi eux, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, ceux qui furent recensés parmi eux étaient 7 500.
23 Les clans des Guershonites campaient derrière la Demeure, à l’ouest.
24 Prince de la famille des Guershonites : Eliasaph, fils de Laël.
25 Pour ce qui concerne la tente de la Rencontre, les fils de Guershôn étaient responsables de la Demeure : de la tente, de la couverture, du rideau qui est à l’entrée de la tente de la Rencontre,
26 des tentures de la cour et du rideau de l’entrée de la cour, tout autour de la Demeure et de l’autel, de tous ses cordages et de tout ce qui en dépend.
27 De Qehath, le clan des Amramites, le clan des Yitseharites, le clan des Hébronites et le clan des Ouzziélites ; ce sont là les clans des Qehatites.
28 En comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, il y en eut 8 600 pour assurer le service du sanctuaire.
29 Les clans des fils de Qehath campaient sur le côté sud de la Demeure.
30 Prince de la famille des clans des Qehatites : Elitsaphân, fils d’Ouzziel.
31 Ils étaient responsables du Coffre, de la table, du porte-lampes, des autels, des ustensiles du sanctuaire dont on se sert pour officier, du rideau et de tout ce qui en dépend.
32 Prince suprême des lévites : Eléazar, fils d’Aaron, le prêtre ; il avait la surveillance de ceux qui assuraient le service du sanctuaire.
33 De Merari, le clan de Mahli et le clan de Moushi ; ce sont là les clans de Merari.
34 Ceux qui furent recensés parmi eux, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, étaient 6 200.
35 Prince de la famille des clans de Merari : Touriel, fils d’Abihaïl. Ils campaient sur le côté nord de la Demeure.
36 Les fils de Merari s’étaient vu confier la responsabilité des planches de la Demeure, de ses barres, de ses colonnes et de ses socles, de tous ses ustensiles et de tout ce qui en dépend,
37 des colonnes de la cour, tout autour, de leurs socles, de leurs piquets et de leurs cordages.
38 Moïse, Aaron et ses fils campaient devant la Demeure, à l’est, devant la tente de la Rencontre, au levant ; ils assuraient le service du sanctuaire pour les Israélites ; le profane qui approcherait devait être mis à mort.
39 Tous les lévites que Moïse et Aaron recensèrent sur l’ordre du SEIGNEUR, clan par clan, tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, étaient 22 000.

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Pourquoi tous ces détails, cette organisation stricte de la mise en place du sacerdoce, de ses dignitaires attitrés, de ses rites ?

La suite ici.

R.P., 17.05.11, CP Antibes


Pour le culte de dimanche 22 mai, fête de printemps à Vence, voir ici.