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dimanche 5 avril 2026

“Il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité”




Actes 10, 34-43 ; Psaume 118, 1-20 ; Colossiens 3, 1-4 ; Matthieu 28, 1-10

Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.
Matthieu 28, 1-10
1 Après le shabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre.
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.
3 Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme neige.
4 Dans la crainte qu’ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts.
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : “Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié.
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit ; venez voir l’endroit où il gisait.
7 Puis, vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit.”
8 Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : “Je vous salue.” Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui.
10 Alors Jésus leur dit : “Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront.”

*

« Il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité », dit l’Ecclésiaste (Ecc 3, 11). Simple constat du sage, qui ne postule pour autant aucune survie. Là n’est pas son sujet. Il fait juste un constat : dans notre corps temporel, dans notre temps fini, nous concevons pourtant un cœur du réel qui déborde infiniment ce cantonnement temporel. Il est en nous une perception de ce qui nous déborde infiniment.

C’est là une perception commune à l’humanité, croyants ou pas, que partagent les Grecs avec lesquels Paul dialogue sur l’Aréopage d’Athènes (Actes 17). Ce jour-là, nous dit le texte, Paul rencontre des stoïciens et des épicuriens, tenants de deux courants philosophiques importants au Ier siècle. Aucun problème, pour les uns comme pour l’autre, Paul, à s’accorder sur cette intuition commune de l’éternité, induisant l’immortalité envisageable de l’âme. On est jusque là en deçà de la foi.

Toujours en deçà de la foi la réflexion des pharisiens, dont le pharisien Paul, réflexion que les juifs pharisiens, dont Paul, partagent aussi avec les Mages zoroastriens perses : cette âme immortelle n’est pas sans rapport avec notre réalité corporelle et temporelle, puisque c’est dans notre réalité temporelle que nous la concevons.

Ainsi l’expliquera Paul à ces voisins d’Athènes que sont les Corinthiens : « S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel » (1 Co 15, 44). Cela n’est pas l’approche des Grecs, c’est là leur point de rupture d’avec les juifs pharisiens et les Perses. Pourtant jusque là, on n’est pas dans la foi, mais dans la réflexion. Rupture philosophique qui devient abîme lorsqu’intervient la question de la foi. Christ est ressuscité. La pensée de l’éternité a rejoint notre monde, la résurrection est devenu fait. « S’il n’y a point de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité », affirme Paul (1 Co 15, 13), qui ajoute : « si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine » (1 Co 15, 17).

La théorie (l’éternité concerne aussi les corps) est devenue fait pour notre foi. C’est ce qui advient au dimanche de Pâques. C’est ce qui entre dans notre vie — comme la liberté entre dans la vie du peuple de l’Exode. L’Exode comme sortie du tombeau de l’esclavage : Pâques reprend Pessah, son repas de liberté est répercuté dans la Cène, dont la symbolique rattache indissolublement la foi chrétienne au judaïsme.

*

Qu’est-ce qui constitue notre être temporel, et que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément notre être avec notre enveloppe temporelle — fragile, susceptible d’être atteinte par la maladie, et tant d’autres maux mortels, nous tenant dans l’esclavage de la mort.

Une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps (selon une image de Paul).

Que dit l’Ange aux femmes dans la clarté nouvelle du dimanche de Pâques ? « Soyez sans crainte. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Mt 28, 5-6). Et pour qu’on ne s’y trompe pas : le corps n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix. « Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ », confirmera l’Apôtre.

Il a dépouillé le corps temporel douloureux, et il a été relevé d’entre les morts. Et pour que cela soit bien clair, le tombeau est vide : l’Ange en roule la pierre pour que nous n’y restions pas. Il vous précède en Galilée.

*

« Il n’est pas ici », a dit l’Ange aux femmes, ne restez pas autour d’un tombeau. Allez chez vous, avant d’aller, plus tard, au bout du monde, dans la Cité terrestre, où il vous précède. Parce que ce qui vaut pour lui, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous.

« Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos lambeaux de corps, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour, de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire.

« Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire », promet l’Apôtre.

*

Dès lors : « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut, non sur la terre. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. »

Lorsqu’au matin de Pâques, les femmes ont reçu ce signe : le corps n’était pas là ; le signe est accompagné de cette parole, il prend sens de cette parole, comme le pain et le vin prennent sens des paroles qui les accompagnent — il vous précède en Galilée, sur vos routes humaines que vous rejoindrez bientôt.

Alors désormais, « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, siégeant à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut ». C’est-à-dire, non pas : vivez en haut, comme dans les nuages de lendemains qui chantent et déchantent, mais poursuivez votre route terrestre forts de ce que vous pouvez désormais fonder vos pensées en haut, dans la foi à la résurrection de Jésus.

Vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. Ni cadavre au tombeau ni nostalgie dans l’imaginaire d’un passé qui ne reviendra pas.

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. » C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre du mont de la transfiguration, où déjà avant Pâques, s’était manifesté le Christ de la résurrection, pour marcher sur les routes du provisoire.

Que Dieu nous donne aujourd’hui de percevoir la présence du Ressuscité, et d’en concevoir le bonheur qu’ont connu les Apôtres au mont de la transfiguration. Et puisqu’on ne plante pas de tente au mont de la transfiguration, qu’il nous donne d’aller vers nos Galilée où nous précède le Ressuscité.


R.P., Pâques, La Mothe-St-Héray, 5.04.2026
Culte en entier :: :: Prédication (format imprimable)


dimanche 9 avril 2023

“Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture…”




Jean 20, 1-9
1 Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête ; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C'est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau ; il vit et il crut.
9 En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts.

*

« Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ». Pourquoi n’avaient-ils pas compris ? La raison de fond pourrait bien être : parce que comprendre coûtera tout !… Car les Évangiles, dont celui de Jean que nous avons lu, suggèrent bien que ne pas comprendre est finalement le fait d’un aveuglement — selon un choix, « préférer les ténèbres » (Jean 3, 19). Se pose alors une question préalable : celle des motifs qu’on se donne pour ne pas comprendre ? Aujourd’hui, on répondrait : c’est parce que la science nous dit que la résurrection est impossible. Est d’ordre scientifique ce qui est reproductible en laboratoire. Ce qui s’est passé au dimanche de Pâques n’est pas reproductible en laboratoire… Alors ce qu’en disent les Écritures…

Sauf que ce que constate Marie de Magdala est d'un tout autre ordre que celui auquel accède la science, tout comme ce que voit et croit l'autre disciple. Ici on entre dans l’impossible. Notre science s'arrête, comme le disciple, à l'entrée du tombeau. Ici, notre raison n'a accès qu'à des paraboles, comme autant de bandelettes laissées là.

Une de ces paraboles, une illustration, est celle du papillon. La résurrection nous semble impossible ? Les disciples en sont naturellement là. Une chenille peut-elle voler ? Non évidemment… Mais elle devient papillon ! Les chenilles subissent une métamorphose impressionnante. Leur cycle de vie comporte quatre stades : œuf, chenille, chrysalide, puis papillon. Les chenilles muent plusieurs fois avant de passer au stade de papillon.

Chez l’homme, on connaît trois stades : le stade fœtal, puis notre stade, puis la tombe. Point final. Pour la chenille, dans sa « tombe », le sarcophage du cocon, les choses bougent… C’est là une illustration, puisque les chenilles, elles, ne meurent pas en devenant papillons…

Ainsi, en suivant la science, on peut ne pas recevoir la parabole de la chenille se réveillant papillon… Et, en conséquence, tournant autour du pot d’un réveil de Jésus d’entre les morts qui devrait se contenter d'être une métaphore symbolisant une forme d’ « espérance malgré tout », on reste confronté à la question que nous pose l'Écriture. « Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ».

Allons toutefois un peu plus loin, pour voir de quel angle, irréfutable, nous parle la science, et de quel angle elle ne nous parle pas.

Aujourd’hui, la science nous dit par exemple — depuis plusieurs années par les rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) — que les dégâts dus au réchauffement climatique sont déjà irréversibles. Il faut changer tout de suite. Que fait-on sachant cela ? Rien… quelle que soit la raison ou l’absence de raison de ce rien !…

Que dit la science concernant notre vie et notre mort ? Au fond, l’histoire de la pensée le montre : on s’en fiche ! On ne retient de la science que ce qui vient conforter nos a priori et nos positions. Au sujet de la menace climatique, comme de tout le reste, y compris la vie et la mort, dont on est pourtant si curieux…

*

« Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ». Reprenons. Pourquoi cette incompréhension de l’Écriture ? Si c’était aujourd'hui on pourrait dire ici aussi : ils se préoccupaient de questions scientifiques — et donc, concernant les Écritures : datation des textes, les auteurs sont-ils bien ceux que l’on croit ? Etc.

À l'époque, cet aspect des choses n’était pas à l’ordre du jour, mais en commun avec cela, de tout temps, on cherche tout — autour de l’Écriture, sauf ce que dit l'Écriture, qui trouble tant… La question est la même : pourquoi n'avaient-ils pas compris ? Parce que cela coûte le dépassement de ce que nous croyions jusque là, et précisément de ce que nous croyions de nous. Parce que cela coûte tout. Aussi, on pratique la fuite en avant.

Aujourd’hui à nos façons dites scientifiques, à l’époque pour d'autres motifs, mais au fond, il s'agit avant tout, hier comme aujourd’hui et en tout temps, de surtout ne pas comprendre, et pour cela on s’appuie sur des prétextes, par exemple intitulés « science », en faisant mine de penser la résurrection comme ce qu’elle n’est pas.

La résurrection est quelque chose dont la science ne parle pas, ni au sens de science des textes — ni au sens de reproductible en laboratoire… La résurrection des morts dans l'Écriture est tout autre chose. Et la résurrection du Christ, que l'Écriture donne comme réelle, est tout autre chose.

*

On menaçait les premiers chrétiens de brûler leur corps pour empêcher leur résurrection (les Romains avaient remarqué cet aspect de leur foi). Leur être, notre être, serait-il dans ce qui en nous est consumable par le feu ? Si oui, dans quelle partie précisément de ce que l’on menaçait de brûler ? Quelle partie précisément de notre être devrait-on redouter de voir brûler ? Quelle partie échapperait à la puissance divine de résurrection ? Tel os essentiel ? Tel pivot de la structure de nos corps ? Quelle partie serait plus constitutive de nos êtres que telle autre ? Aujourd’hui, nous dirions notre cerveau — c’est tout de même le siège de notre pensée, dit-on de nos jours. Antan, ça pouvait être ailleurs, comme le cœur, devenu ensuite une simple pompe.

On sait pourtant que les premiers chrétiens avaient appris à ne pas redouter de telles menaces… Les martyrs brûlés ont-ils plus perdu de leur être que ceux qui sont morts âgés et de leur belle mort ? Non évidemment. Nous savons en outre (à nouveau la science) que toutes nos cellules sont renouvelées en un an. Nous ne sommes plus, physiquement, ce que nous étions l’an dernier.

Ce qui constitue notre être réel est plus profond… plus profond que nos profondeurs propres, que notre pensée, que notre mémoire. Nos êtres s’ancrent dans l’éternité de la mémoire de Dieu — seul éternel.

Comprendre cela, comprendre ce que disent les Écritures, libère de tout, comme pour un nouvel Exode de la Pâque hors de l’esclavage, hors de l’esclavage du péché et de la mort. Cela libère de tout, et pour cela, ça coûte tout ! C’est là ce qui est au cœur de ce qui empêche de comprendre les Écritures, et c’est ce que scelle la foi du dimanche de Pâques.

*

Voilà donc notre enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons au jour le jour de son vieillissement ; une enveloppe déjà entrée dans la mort, qui s’use, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps.

Et voilà ce qui apparaît dans la clarté du dimanche de Pâques : le Christ a été relevé d’entre les morts. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, de toute façon, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix.

Le relèvement du Christ d’entre les morts au dimanche de Pâques nous arrache à tout ce qui est vain, nous libère de tout ce qui est vain, à commencer par nos querelles et préoccupations d’égos ou aussi nos prétextes savants, dépouillés à la croix du Ressuscité.

Pour nous, il a dépouillé le corps temporel, provisoire, douloureux, et il a été relevé d’entre les morts. Et pour que cela apparaisse dans toute sa clarté, le tombeau est vide : la pierre en a été ôtée pour que nous ne restions pas autour du tombeau. Il n’est pas au tombeau. Aussi — pour les disciples comme pour nous — vous n’êtes pas appelés à y être non plus. Parce que ce qui vaut pour le Christ, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement de ce que disent les Écritures, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous.

Notre vrai être n’est pas dans la dépouille de nos corps, pas plus que dans notre pensée ou dans notre mémoire propres, et surtout pas dans la vanité de nos égos, mais caché avec le Christ, en Dieu (cf. Colossiens 3, 3).

Ce qui ne rend pas nos corps provisoires insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée. Et ils sont le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de sa mère manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu — et qui nous apparaît dans sa résurrection. Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour, en Christ. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vécu dans le provisoire. C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre de la résurrection du Christ éternel, pour marcher vivants dès aujourd’hui sur les routes du provisoire.


RP, Châtellerault, Pâques, 9.04.23
Culte en entier :: :: Prédication (format imprimable)


(Textes du jour : Actes 10.34-43 ; Psaume 118.1-16 ; 1 Co 5.6-8 ; Jean 20.1-9)


dimanche 17 avril 2022

"Ils n'avaient pas encore compris l'Écriture…"




Actes 10, 34-43 ; Psaume 118, 1-20 ; Colossiens 3, 1-4 ; Jean 20, 1-9

Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Jean 20, 1-9
1 Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête ; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C'est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau ; il vit et il crut.
9 En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts.

*

« Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ». Pourquoi n’ont-ils pas compris ? Aujourd’hui, on répondrait : parce que la science nous dit que la résurrection est impossible. Est de l’ordre scientifique ce qui est reproductible en laboratoire. Ce qui s’est passé au dimanche de Pâques n’est pas reproductible en laboratoire… Alors ce qu’en disent les Écritures…

Et nous restons confrontés au tragique incontournable de notre condition. Allons toutefois un peu plus loin, pour voir de quel angle, irréfutable, nous parle la science, et de quel angle elle ne nous parle pas.

Aujourd’hui, la science nous dit — par le rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) — que dans trois ans, les dégâts dus au réchauffement climatique seront irréversibles. Il faut changer tout de suite. Que fait-on sachant cela ? Rien… Quasiment pas un mot au cours de la campagne électorale de 1er tour ! Pourquoi ? Préoccupations d’identité ou querelles d’égos jugées plus urgentes ? Quelle que soit la réponse, comme Église, ne jetons pas la pierre aux gouvernants ! Que retiendra l’histoire, si elle continue, de ce à quoi s’intéressait l'Église de Poitiers pendant que la catastrophe avançait à grand pas ? Espérons que ce soit à autre chose qu’à des querelles d’égos conduisant tout aussi bien à la ruine, bien plus modeste celle-là, que celle qui menace ! L’Église est appelée à un tout autre témoignage…

Revenons à notre question de départ : que dit la science concernant notre vie et notre mort ? Au fond, l’histoire de la pensée le montre : on s’en fiche ! On ne retient de la science que ce qui vient conforter nos a priori. Au sujet de la catastrophe climatique, comme de tout le reste, y compris la vie et la mort. « Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ». Pourquoi n’ont-ils pas compris ? Parce que cela coûte le dépassement de nos égos. Au fond, cela coûte tout. Aussi, pour surtout ne pas comprendre, on s’appuie sur des prétextes intitulés « science », en faisant mine de penser la résurrection comme ce qu’elle n’est pas. La résurrection est quelque chose dont la science ne parle pas — pas au sens de reproductible en laboratoire… La résurrection du Christ est tout autre chose.

*

On menaçait les premiers chrétiens de brûler leur corps pour empêcher leur résurrection. Leur être, notre être, serait-il dans ce qui en nous est consumable par le feu ? Si oui, dans quelle partie précisément de ce que l’on menaçait de brûler ? Quelle partie précisément de notre être devrait-on redouter de voir brûler ? Quelle partie échapperait à la puissance divine de résurrection ? Tel os essentiel ? Tel pivot de la structure de nos corps ? Quelle partie serait plus constitutive de nos êtres que telle autre ? Aujourd’hui, nous dirions notre cerveau — c’est tout de même le siège de notre pensée, dit-on de nos jours. Antan, ça pouvait être ailleurs, comme le cœur, devenu ensuite une simple pompe.

On sait pourtant que les premiers chrétiens avaient appris à ne pas redouter de telles menaces… Les martyrs brûlés ont-ils plus perdu de leur être que ceux qui sont morts âgés et de leur belle mort ? Non évidemment. Nous savons en outre (la science) que toutes nos cellules sont renouvelées en un an. Nous ne sommes plus, physiquement, ce que nous étions l’an dernier. Ce qui constitue notre être réel est plus profond… plus profond que nos profondeurs propres, que notre pensée, que notre mémoire. Nos êtres s’ancrent dans l’éternité de la mémoire de Dieu — seul éternel. Comprendre cela, comprendre ce que disent les Écritures, libère de tout, comme pour un nouvel Exode de la Pâque hors de l’esclavage, hors de l’esclavage du péché et de la mort. Cela libère de tout, et pour cela, ça coûte tout !

C’est au cœur de ce qui empêche de comprendre les Écritures, et c’est ce que scelle la foi du dimanche de Pâques : « vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3, 1) ; « votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu » (Col 3, 3).

*

Voilà donc notre enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons au jour le jour de son vieillissement (le texte de l’Épître aux Colossiens le dit précisément ainsi : « vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », Col 3, 3) ; une enveloppe déjà entrée dans la mort, qui s’use, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps.

Et voilà ce qui apparaît dans la clarté du dimanche de Pâques : le Christ a été relevé d’entre les morts. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, de toute façon, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix. « Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ », affirmera l’Apôtre. Bref, le relèvement du Christ d’entre les morts au dimanche de Pâques, nous arrache à tout ce qui est vain, nous libère de tout ce qui est vain, à commencer par nos querelles d’égos, nos préoccupations d’égos, dépouillés à la croix du Ressuscité : « vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu ».

Pour nous, il a dépouillé le corps temporel, provisoire, douloureux, et il a été relevé d’entre les morts. Et pour que cela apparaisse dans toute sa clarté, le tombeau est vide : la pierre en a été ôtée pour que nous n’y restions pas. L’envoi hors du lieu de sa mort commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, elle est où vous êtes envoyés, pas autour d’un tombeau.

Ce qui rend surprenant que l’on ait développé le culte du tombeau vide, du saint sépulcre, et autres reliques de Jésus, hélas, en plus, comme prétextes pour persévérer dans nos querelles d’égos, dans nos guerres d’égos !… Perverses au point d’avoir même utilisé le prétexte du tombeau vide pour nourrir querelles et guerres.

J’exagère ? Pour garantir les pèlerinages vers ce tombeau… vide ! on a fomenté huit croisades, parmi d’autres guerres, jusqu'à aujourd'hui, voire bénies par des Églises, l'actualité nous le hurle, hélas.

Voilà quoiqu’il en soit qu’il n’est pas ici, pas au tombeau. Et vous n’êtes pas appelés à y être non plus. « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. » Allez donc dans la Cité terrestre, est-il dit à Marie de Magdala et aux autres témoins.

Parce que ce qui vaut pour le Christ, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement de ce que disent les Écritures, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous. « Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. »

Notre vrai être n’est pas dans la dépouille de nos corps, pas plus que dans notre pensée ou dans notre mémoire propres, et surtout pas dans la vanité de nos égos, mais caché avec le Christ, en Dieu.

Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée. Et ils sont le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de sa mère manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection. Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour, de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire.

*

« Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », annonce l’Apôtre.

Alors désormais, « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut ». C’est-à-dire non pas : vivez en haut, comme dans les nuages de lendemains qui déchanteront, mais poursuivez votre route terrestre forts de ce que vous pouvez désormais fonder vos pensées en haut, dans la foi à la résurrection de Jésus.

Vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. « Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre de la résurrection du Christ éternel, pour marcher vivants dès aujourd’hui sur les routes du provisoire.


RP, Pâques, 17.04.22
Diaporama :: :: Prédication


dimanche 4 avril 2021

Pâques au-delà de la mer / au-delà de la mort




Actes 10.34-43 ; Psaume 118.1-20 ; Colossiens 3.1-4 ; Marc 16.1-8

Exode 14, v. 21-23 & v. 28
21 Moïse étendit sa main sur la mer. Et l’Éternel refoula la mer par un vent d’orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.‭
22 ‭Les enfants d’Israël entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur gauche.‭
23 ‭Les Égyptiens les poursuivirent ; et tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses cavaliers, entrèrent après eux au milieu de la mer.‭ ‭ […]
28 ‭Les eaux revinrent, et couvrirent les chars, les cavaliers et toute l’armée de Pharaon, qui étaient entrés dans la mer après les enfants d’Israël.

*
La Pâque, Pessah

La sortie du pays de l’esclavage… La délivrance aboutit à la traversée de la mer, avant le débouché au désert. Le peuple hébreu est délivré de l’esclavage, l'armée de Pharaon est engloutie par les eaux. Le texte de l’Exode nous rappelle qu’un chant de louange est adressé à Dieu (par Moïse, sa sœur Myriam et le peuple libéré — Exode 15). Un commentaire juif, dans le Talmud, nous dit alors :

“Au même moment (lorsque Moïse entonna le cantique) les anges du service demandèrent à dire un cantique devant le Saint — béni soit-il, celui-ci leur dit : les créatures de mes mains sont en train de se noyer, et vous voulez dire un cantique de grâce !” (Talmud de Babylone, Traité Sanhédrin)

La libération des esclaves s’est faite douloureusement. Les propriétaires d’esclaves ne libèrent pas de bon cœur ceux qu’ils considèrent comme leurs possessions. La Bible rappelle cette difficulté : il est des libérations qui ne se font qu’à travers des douleurs considérables. Comment ces épisodes terribles se sont déroulés concrètement, c’est difficile à dire, et au fond, le texte ne l’explique pas, même si, par sa façon d’en donner le récit, il affirme que cela n’échappe pas à Dieu.

Ce qui vaut réjouissance, ce n’est pas la violence, c’est la libération des opprimés… qui entraîne le plus souvent des violences, comme dans le texte de l’Exode. À l'époque moderne non plus, la libération des esclaves (pensons à la guerre civile américaine) n'a pu se faire sans violence. Ce n’est pas la violence qui est réjouissante, c’est la libération — “go down Moses, tell old Pharaoh to let my people go” ! De même pour la Révolution française, ce n’est pas la violence qui est réjouissante, c’est la Déclaration des Droits de l’homme qui en est sortie, écrite sur des tables similaires à celles que l’on représente pour le Décalogue. Ou au XXe s., la libération à l’égard du nazisme, qui n’a pas pu se faire sans violence, a débouché sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui dit les règles à observer pour que cela ne se reproduise pas.

Dans tous les cas, la douleur a dû être traversée : c’est la Pâque, ou le passage, le saut (Pessah en hébreu) pour aboutir à l’avènement de la liberté. La douleur en est l’aspect tragique, qui attriste Dieu, selon le commentaire talmudique. Ce qui vaut la joie, c’est la liberté reçue, pas son prix douloureux.

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Pâques, dans le christianisme, évoque cet autre saut, au-delà de la mer / au-delà de la mort. Ce passage-là aussi s’est fait dans la douleur, celle de la crucifixion. La violence relatée dans l’Exode est bien présente ici aussi, tragique ! Elle est portée ici par le libérateur, celui qui a triomphé de la mort, le dernier ennemi qu’il a fallu combattre. Là aussi, ce qui est réjouissant, ce n’est pas la violence subie, c’est la libération, proclamée au dimanche de Pâques, scellant la victoire sur la mort et faisant de la croix le lieu de l'élévation de celui qui a subi et porté en sa chair toute la violence de ce combat. La croix apparaît alors, à la lumière rétroactive du dimanche de Pâques, comme l’élévation du Christ dans la lumière de la gloire du Père. Il a triomphé du dernier ennemi, dont la défaite finale, future (1 Co 15, 26), est ainsi annoncée et assurée.

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Dimanche de Pâques… Marc 16, 1-8
1 ‭Lorsque le shabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus.‭
2 ‭Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever.‭
3 ‭Elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre loin de l’entrée du sépulcre ?‭
4 ‭Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée.‭
5 ‭Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d’une robe blanche, et elles furent épouvantées.‭
6 ‭Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis.‭
7 ‭Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.‭
8 ‭Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.

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Voilà que pour les femmes du dimanche de Pâques, le triomphe sur la mort s'avère effrayant ! Pourtant ce triomphe est une promesse ! Mais une promesse qui pour les femmes, comme pour les pères ayant traversé la mer, n’est encore que promesse, ouvrant d'abord sur le désert.

Le peuple de l’Exode a traversé le désert. Le Christ a commencé son ministère au désert disant sa solidarité avec chacune et chacun de nous, solidarité accomplie lorsqu'il a porté le prix de douleur de notre libération, nous appelant, à sa suite, à la solidarité, comme lors d'autres déserts, comme lors de celui de nos ancêtres spirituels protestants français, interdits d'existence pendant plus d’un siècle, après un autre siècle de maigre tolérance.

Aujourd’hui, au cœur de la pandémie que nous traversons, comme une nouvelle traversée de la mer de la mort, et comme un nouveau désert, la promesse nous est donnée à nous aussi pour après le désert, la même promesse du triomphe final sur la mort… À Pâques l’an dernier, nous étions totalement confinés, un peu comme le peuple hébreu la nuit de la Pâque, avant la traversée de la mer qui les conduirait au désert.

Cette année, nous voilà comme les femmes effrayées de l’Évangile de Marc, avec une promesse, juste une promesse, alors que nous sommes rivés à ces affreux nécessaires gestes-barrières.

Le désert suit la traversée de la mer / de la mort : et si c'était en rapport avec ce qui effraye les femmes du dimanche de Pâques ?… Les voilà seules devant un tombeau vide, désertique. Vide effrayant, malgré la bonne nouvelle donnée par le messager en vêtements blancs : le crucifié est ressuscité ! Mais ce relèvement d’entre les morts se traduit d’abord par une absence : il n’est plus ici, son corps-même n’est plus là, on ne peut pas le toucher. Pire encore que nos gestes barrières : plus rien, il faut repartir au désert, dans la patience espérante, tendus vers le temps des retrouvailles, temps de fête de Pâques nouvelles pour lequel nous crions : Maranatha, le Seigneur vient ! Maranatha, viens Seigneur !

Double sens de ce Maranatha ! Promesse et appel, le mot araméen peut s’entendre des deux façons. Promesse : “le Seigneur vient”, cri d’appel, “viens, Seigneur !” cri qui bientôt suivra la peur des femmes, se retrouvant pour l'heure seules devant un tombeau vide. En attendant, il faut repartir au désert, fût-ce pour aller annoncer la bonne nouvelle : “allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée”. Il sera là, vous le verrez là où il vous donnait son enseignement, là où il vous partageait les pains, pour vous et la foule. Pour l’instant, vous avez peur, peur de cette absence qui a valu au Maître le sentiment de l'abandon du Père, parce qu'il s’est solidarisé avec nous jusque-là. La bonne nouvelle ne serait-elle pas alors dans notre solidarité avec toutes celles et ceux qui connaissent l’absence, le vide ? Notre temps de désert imposé, à l’image du Christ jeûnant au désert, devient alors profonde expérience spirituelle, au-delà de la peur devant le tombeau vide. “Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici”.

Et si c’était là précisément, cette année, la bonne nouvelle pour nous ? Notre jour de Pâques incluant jeûn de présence signifiée par notre table vide, trace modeste de l’épreuve de l’Exode, puis de la croix comme douleur de délivrance, nous conduit par un “culte autrement” que les autres dimanches de Pâques, à la bonne nouvelle — promesse : Maranatha, le Seigneur vient ! et appel : Maranatha, viens Seigneur !


RP, Pâques, 4.04.21
Diaporama :: :: Prédication


dimanche 12 avril 2020

Il n’est pas ici, il est ressuscité




Cultes au temple suspendus jusqu'à nouvel ordre suite aux directives des pouvoirs publics

Voir ici : le message de Pâques de la pasteure Emmanuelle Seyboldt,
Présidente du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France


Et ici : le message de Pâques du pasteur Graeme Wilson,
de notre Église sœur, Bearsden Cross Church


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Liturgie et prédication en PDF ici


Actes 10, 34-43 ; Psaume 118, 1-20 ; Colossiens 3, 1-4 ; Matthieu 28, 1-10

Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
Matthieu 28, 1-10
1 Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre.
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.
3 Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme neige.
4 Dans la crainte qu’ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts.
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : "Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié.
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit ; venez voir l’endroit où il gisait.
7 Puis, vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit."
8 Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : "Je vous salue." Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui.
10 Alors Jésus leur dit : "Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront."

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C'est la première fois depuis deux mille ans que nous célébrons Pâques de cette façon (et depuis trois mille ans pour la fête juive de Pessah), signe fort pour notre foi qu'il est bien au sortir du tombeau un au-delà de promesse qui remet nos enfermements présents à la place qui est la leur : dans un temps déjà surmonté par le Ressuscité !

Au cœur de Pâques, l'affirmation que confesse notre foi pascale : il est descendu au séjour des morts, résonne pour la première foi avec la tonalité particulière que lui donnent nos célébrations confinées. C'est le Ressuscité qui nous rejoint au cœur de nos enfermements, au cœur du séjour de morts comme promesse de vie, cette vie cachée en Lui.

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre.

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Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément notre être avec notre enveloppe temporelle — fragile, susceptible d'être atteinte par la maladie, et tant d’autres maux mortels.

Une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps (selon une image de Paul).

Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

Dans des signes de mémoire du Sinaï, faisant trembler la terre, apparu dans l’éclat de l'éclair, que dit l’Ange aux femmes dans la clarté nouvelle du dimanche de Pâques ? « Soyez sans crainte »« Il n’est pas ici ». Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, de toute façon, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix. « Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ », confirmera l’Apôtre.

Il a dépouillé le corps temporel douloureux, et il s’est relevé d’entre les morts. Et pour que cela soit bien clair, le tombeau est vide : l’Ange en roule la pierre pour que nous n’y restions pas. Il vous précède en Galilée. La mission commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, elle est où vous serez envoyés bientôt, pas autour d’un tombeau.

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« Il n’est pas ici », a dit l’Ange aux femmes. Allez chez vous, avant d'aller, plus tard, au bout du monde, dans la Cité terrestre, où il vous précède. Parce que ce qui vaut pour lui, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous.

« Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos lambeaux de corps, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire.

« Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », promet l’Apôtre.

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Dès lors : « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut, non sur la terre. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. »

Lorsqu’au matin de Pâques, les femmes ont reçu ce signe : le corps n’était pas là ; le signe est accompagné de cette parole, il prend sens de cette parole, comme le pain et le vin prennent sens des paroles qui les accompagnent — il vous précède en Galilée, sur vos routes humaines que vous rejoindrez bientôt.

Alors désormais, « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut ». C’est-à-dire, non pas : vivez en haut, comme dans les nuages de lendemains qui chantent, mais poursuivez votre route terrestre forts de ce que vous pouvez désormais fonder vos pensées en haut, dans la foi à la résurrection de Jésus.

Vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. Ni cadavre au tombeau ni nostalgie dans l’imaginaire d’un passé qui ne reviendra pas.

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre du mont de la transfiguration, où déjà avant Pâques, s’était manifesté le Christ de la résurrection, pour marcher sur les routes du provisoire.

Que Dieu nous donne aujourd’hui de percevoir la présence du Ressuscité, et d’en concevoir le bonheur qu’ont connu les Apôtres au mont de la transfiguration. Et puisqu’on ne plante pas de tente au mont de la transfiguration, d’aller demain, aux lendemains de nos confinements, vers nos Galilée où nous précède le Ressuscité.


R.P., Pâques, 12.04.2020


dimanche 1 avril 2018

"Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur"




Actes 10.34-43 ; Psaume 118.1-20 ; Colossiens 3.1-4 ; Marc 16.1-8

Marc 16, 1-8
1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l’embaumer.
2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé.
3 Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? »
4 Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande.
5 Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur.
6 Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici ; voyez l’endroit où on l’avait déposé.
7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »
8 Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

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« Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » (Marc 16, 8)

Qu'est-ce que cette frayeur des femmes du dimanche de la résurrection du Christ ? Est-ce que nous ne nous attendrions pas à une autre réaction ? Mais les voilà dans la peur, dans un bouleversement tel qu'il les mure dans le silence…

C’est que la résurrection bouleverse tout. Au-delà des choses habituelles, compréhensibles, généralisables : un être humain, ça naît, ça croît, et ça finit par mourir. C'est la loi simple de la nature, c'est comme ça, ce sera toujours comme ça, et quand il semble que cela se passe autrement, il doit y avoir une explication quelque part qui fasse rentrer les choses dans l'ordre. Dans l'ordre rationnel, dans l'ordre de ce qui peut se reproduire à volonté, éventuellement en laboratoire.

Bref, une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Chose justement : dans le monde généralisable, il n'y a finalement que des choses, gérables, catégorisables, jusqu'au prochain lui-même qui devient catégorisable. Catégorisable en prochain et en lointain, en couleurs de peau et origines géographiques ou familiales, en hommes et femmes, de mon monde et pas de mon monde. Un monde bien carré, bien rangé, où ce qui dérange est insupportable, finit par effrayer…

On naît, on grandit, on vieillit, on meurt, et le corps se décompose, se disent les femmes du dimanche de Pâques. C'est comme ça. C'est ignoble, certes, et c'est pourquoi on va embaumer le mort. Empêcher autant que possible, par des moyens explicables par la chimie, les effets les plus durs de la décomposition. C'est dans cet état d'esprit, on ne peut plus tendre à l'égard du défunt d'ailleurs — l'embaumer, soigner son corps décédé —, que les femmes sont parties ce dimanche matin. Tout est dans l'ordre, cet ordre malheureux : il n'est pas jusqu'à cet ignoble mal au ventre, cette douleur du deuil qui tenaille qui ne soit dans l'ordre des choses. On s'en débarrasserait bien de ce mal au ventre, de cette nausée qui tire les larmes et empêche de manger, de ce voile noir qui leur est tombé sur les yeux, et sous lequel on accomplit les devoirs dus au mort de façon machinale. Tout ici est dans l’ordre, le généralisable. On sait.

Et voila que s'est produit le plus inattendu, l'indicible. Oh ! on pourrait être tenté de se dire que ça va, qu'"on" (cf. Jn 20, 2 & 13-15) a déplacé le cadavre : les Romains ? les autorités judéennes ? voire des disciples un peu en marge ? comme Nicodème ou Joseph d'Arimathée déplaçant le corps sans le dire aux autres (ce que veulent empêcher les autorités, selon Matthieu 27, 62-66 ; ce qu'elles colportent ensuite : Mt 28, 11-15 !). Puis, sur cela, sur cette translation de cadavre, naîtrait pour les disciples le sentiment d'une présence divine dans l'absence… Autant d'hypothèses rassurantes où tout est bien dans l'ordre rationnel. Où la résurrection n'est que l'idée de vie ; et où un fait aléatoire, déplacer le défunt à l'insu des disciples, deviendrait déclencheur d'un merveilleux symbole de plus, mais où s'évanouit la brèche réelle entre les mondes, entre l'éternité et le temps, évanouissement bien rassurant au fond.

Mais voilà, là ce n'est décidément pas ça : et les femmes ont peur ! Là c'est décidément autre chose. Intuition terrible, on pressent l'indicible, effrayant.

Ici jaillit un autre monde, inclassable, le monde de l'existence de chacune et chacun comme être irréductible. Irréductible aux classements et catégories. Aujourd'hui, il va falloir tout reconsidérer, de fond en comble. Et ça effraie, ça laisse silencieux.

La résurrection du Christ marque la naissance de l'Unique irréductible. Et par la promesse qui y est incluse, de chacune et chacun comme unique devant Dieu. L’aboutissement le plus irréfutable des choses généralisables, la mort, par quoi tout finit dans la poussière — cet aboutissement irréfutable est aujourd'hui brisé. Dès lors plus personne n'est classable en généralités puisque tous peuvent recevoir la promesse sortie du tombeau vide. Chacun devient dès à présent une exception, enfant de l'exception inouïe, celle du dimanche de Pâques.

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Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour, de façon cachée.

Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 c’est en haut qu’est votre but, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.


« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre (Colossiens 3, 3). Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément notre être avec ce que nous en concevons, jusqu'à le confondre avec notre enveloppe temporelle, dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; et qu’il faudra quitter comme un vêtement qui a fait son temps.

C’est un autre niveau qu’il s’agit de rechercher, celui qui apparaît dans la résurrection, dont nous participons aussi, à notre tour, de façon cachée. pour y fonder en éternité notre vie et notre comportement dans le provisoire.

Car depuis un dimanche de Pâques, un souffle nous dit : « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3, 1). Morts avec le Christ (Col 3, 3), notre vrai être est caché en Dieu, avec lui, selon qu’il a été relevé d’entre les morts !

Jour inouï, effrayant même tant il bouleverse tout, comme pour les femmes du dimanche de Pâques, témoins premières de l’inouï…

Après elles pour nous aussi la brèche réelle entre l'éternité et le temps s'est ouverte de façon irréductible. Mystère d’un relèvement réel du Christ : nos corps mêmes ne sont pas insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Comme le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.


RP, Poitiers, Pâques, 1er avril 2018


dimanche 27 mars 2016

"Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ..."




Actes 10, 34-43 ; Psaume 118, 1-20 ; Colossiens 3, 1-4 ; Jean 20, 1-9

Colossiens 3, 1-4

1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Jean 20, 1-9
1 Le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: " On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis. "
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n'entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n'avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C'est alors que l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut.
9 En effet, ils n'avaient pas encore compris l'Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d'entre les morts.

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« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre. Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément avec ce que nous pensons être, nous confondons notre être avec ce que nous en concevons, jusqu'à le confondre avec notre enveloppe temporelle. Une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps. Comme par un passage.

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Passage : Pâques est passage. Pour la tradition juive, la Pâque est la commémoration et l'actualisation du passage qu'est la sortie d’Égypte. Depuis l'Exode, la fête au cours de laquelle un agneau est sacrifié rappelle le temps où le peuple était épargné de la mort qui frappait la puissance asservissante, l'Égypte de Pharaon, et rappelle que ce temps, c'est aujourd'hui !

Le peuple vivait le passage de l'esclavage à l'espérance en traversant la mer à pied sec, passage auquel nous sommes appelés aujourd'hui tout à nouveau.

Le mot hébreu qui indique un passage, un saut, a été rendu en grec par un terme sonnant de façon ressemblante, mais qui contient en outre une autre idée, celle de souffrance subie, de passion.

Or voici que « Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Corinthiens 5, 7), souffrant, comme par un nouvel Exode, le passage de la mort à la vie de la Résurrection. Passé avec nous de la vie à la mort, de la vie temporelle au tombeau, pour que nous passions avec lui de la mort à la vie, du tombeau à la résurrection pour la vie d'éternité.

C'est de cet autre esclavage, le péché, par lequel la mort a trouvé son règne (Romains 5, 21), que la passion du Christ nous libère pour nous mener à la vie nouvelle. C'est pourquoi il nous affirme : « celui qui écoute ma parole et qui croit en celui qui m'a envoyé... est passé de la mort à la vie » (Jean 5, 24).

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Ce passage de la mort à la vie est participation à la résurrection du Christ dont Marie de Magdala, au dimanche de Pâques, découvre le signe, le tombeau vide.

Tout est renversé : la voilà partie, le shabbath passé, pour se recueillir sur un mort. Mais il n'y a plus de corps dans la tombe ! Et elle n'ose pas encore saisir : « on a enlevé du tombeau le Seigneur », dira-t-elle à Pierre. Et elle persistera dans cette idée, puisque, dans ses larmes, c'est encore ce qu'elle dira peu après (v. 11-14). Et elle ne pourra pas reconnaître Jésus ressuscité avant qu'il ne l'appelle par son nom (v. 14-16).

On entre dans un monde nouveau, attesté par de simples signes : on a roulé la pierre qui fermait le sépulcre pour qu'il apparaisse qu'il est bien vide. Restent les bandelettes qui entouraient le corps, et le suaire qui en couvrait la tête. C'est le constat de Pierre, qui marquant un second temps, à la suite de Marie de Magdala, n'ose pourtant pas non plus franchir le pas.

C'est elle pourtant qui devient premier témoin du passage de la mort à la vie, de « l'engloutissement de la mort dans la victoire », selon l'expression de Paul, courant vers les Apôtres ! Ils n'ont « pas encore compris l'Écriture, selon laquelle Jésus devait ressusciter d'entre les morts » (v. 9). Un autre disciple, cependant, troisième temps après Marie et Pierre, ayant vu les mêmes signes : tombeau vide, linge et bandelettes, croit (v.8).

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Au-delà des signes, une réalité inouïe : on est passé au-delà de la mort, « la mort est engloutie ». Le combat du Christ a été un combat victorieux : Dieu l'atteste par sa résurrection. Dieu justifie la solidarité de son Fils avec le peuple asservi au péché et à la mort, son aboutissement.

La cessation de la mort sera bientôt universelle, comme a une portée universelle cette glorification de Jésus. Dieu scelle ce qu'il avait été donné à trois disciples de connaître lors de l'épisode de la Transfiguration : Jésus est manifesté comme roi de l'univers. Bientôt, tous le sauront, sa Présence universelle apparaîtra aux yeux de tous.

Car c'est bien sa présence universelle qui est annoncée dans sa résurrection : la mort ne peut le retenir, il emplit l'univers, apparaissant autant à Jérusalem, qu'en Galilée, vers Damas (Actes 9), ou ailleurs. C'est tellement inouï, incroyable, que l'on verra rouler la pierre du tombeau (non pour que le Ressuscité puisse sortir ! Une pierre ne saurait le retenir !) — pour desceller l'incroyable de l'événement.

Présence universelle à l'espace et au temps : il emplit tous les lieux, il emplit aussi tous les temps : c'est lui qui abreuvait les pères au désert (1 Corinthiens 10, 4), c'est lui que considérait Moïse, préférant son humiliation aux trésors de l'Égypte (Hébreux 11, 26), c'est lui qu'Abraham a contemplé (Jean 8, 56).

Il est présent à tous les temps et à tous les lieux : il est Un avec Dieu (Jean 10, 30). C'est cela qu'atteste sa résurrection : c'est ainsi que les Apôtres peuvent affirmer qu'il est celui qui fonde l'univers, celui par qui tout a été fait (Jean 1, 2 ; Colossiens 1, 16).

C'est là un peu de ce qu'enseigne la résurrection, et qui ne sera pleinement manifesté que dans sa venue en gloire. Vérité qui reste cachée jusqu'à ce jour : l'Ascension l'a dérobé à nos yeux (Actes 1, 9), jusqu'au jour où « Dieu sera tout en tous » (1 Corinthiens 15, 28). Le Christ ressuscité, le Christ-Roi, entré dans son éternité, participe de l’Éternité de Dieu.

*

En l'espérance du jour où « Dieu sera tout en tous », jour de la manifestation de la présence universelle du Maître, les Apôtres seront chargés d'annoncer ce mystère à la foi des hommes, puis après eux, nous qui avons cru avec eux. C'est cette foi par laquelle nous entrons dans la participation à la résurrection du Christ, par effet de ce qu'il a partagé notre exil dans la mort.

Car pour nous, lorsque les Écritures nous parlent de deux résurrections, correspondant à deux morts, il nous y est signifié qu'à côté de la dimension totale — englobant nos corps — de la mort et de la résurrection, il est une première mort, une dimension spirituelle de la mort, pour laquelle mort et résurrection ont une portée réelle dans nos vies présentes.

Cette mort et cette résurrection spirituelles ont un rapport étroit avec l'annonce de l'Évangile, puisque la foi, la confiance en la faveur de Dieu, nous fait accéder dès aujourd'hui au statut de ressuscités, nous fait « passer de la mort à la vie », rend réelle dès « ici-bas » la naissance d'Éternité.

C'est là la résurrection telle qu'elle prend place dès aujourd'hui dans nos vies : la croix du Christ est élévation. « Lorsque j'aurai été élevé de la terre », nous dit Jésus parlant de sa mort (Jean 12, 32), « j'attirerai tous les hommes à moi ».

Et « celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » (Jean 11, 25).

*

À présent nous le savons : « Votre vie est cachée avec Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos lambeaux de corps, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.

Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire. « Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », promet l’Apôtre.


R.P., Châtellerault, Pâques 27.03.16


dimanche 5 avril 2015

Pâques - "Ne vous effrayez pas"


 

Actes 10, 34-43 ; Paume 118, 1-18 ; 1 Corinthiens 5, 6-8 ; Marc 16, 1-8

Marc 16, 1-8
1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l'embaumer.
2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé.
3 Elles se disaient entre elles : "Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau ?"
4 Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande.
5 Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur.
6 Mais il leur dit : "Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici ; voyez l'endroit où on l'avait déposé.
7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre: Il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.
8 Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.
*

"Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur."

*

Qu'est-ce que cette frayeur des femmes alors qu'elles s'éveillent à la résurrection du Christ ? Est-ce que nous ne nous attendrions pas à une autre réaction ? Aller crier sur les toits ce qui les fait exploser de joie, d'enthousiasme, que sais-je !?

Mais les voilà dans la peur, et dans le silence, dans un bouleversement tel qu'il les mure dans le silence. Qu'est-ce à dire ? La réponse à cette question se situerait-elle quelque part en lien avec les idées reçues sur la féminité des trois embaumeuses ? On sait que certains ne se sont pas gênés de l'imaginer - du genre : sensiblerie et imagination fragile de femmes que tout cela... Il se trouve pourtant que cette vision des choses est absente du Nouveau Testament. Et ce n'est pas que les hommes de l'époque manquaient de machisme.

C'est qu'il faut chercher ailleurs...

D'abord un peu de bon sens. La supposée sensiblerie aurait dû les faire fondre en larmes, pleurer de joie, mais pas se taire, effrayées... Et au regard de cela, le fait que des femmes réputées irrationnelles aient bénéficié de la première connaissance du ressuscité n'est, du coup, pas indifférent. Parce que, soyons logiques, à y regarder de près, c'est une réaction plutôt rationaliste à laquelle on a affaire, on va le voir. Et si les femmes ont une réputation de sensiblerie, elle aurait ici pour fonction de nous faire penser que si des femmes émotives ont ici un comportement si typiquement rationaliste, c'est que la résurrection bouleverse vraiment tous les cadres rationnels.

Mais de toute façon, les femmes d'alors sont appelées - pour des raisons sociales évidentes à l'époque, liées au partage des tâches dans l'organisation ancienne de la société, quand les hommes sont en mer ou aux champs -, les femmes sont alors appelées aux charges concernant l’éducation des enfants, et à l'autre bout de la chaîne de la vie, à embaumer les morts, comme ici. Autant de tâches qui les contraignent à avoir les pieds sur terre.

Et c'est justement le fait d'avoir les pieds sur terre, en tout cas pour ces trois-là, qui explique leur réaction.

La résurrection ne bouleverse pas seulement leur esprit, mais tous les cadres de la rationalité. On veut des choses habituelles, compréhensibles, généralisables : un corps humain, ça croît, ça commence par remplir ses couches, et ça finit, plus tard, par mourir. C'est la loi simple de la nature, c'est toujours comme ça, ce sera toujours comme ça, et quand il semble que cela se passe autrement, il doit y avoir une explication quelque part qui fait rentrer les choses dans l'ordre. Dans l'ordre rationnel, dans l'ordre de ce qui peut se reproduire à volonté, éventuellement en laboratoire. On sait comment les choses se produisent avec régularité, se reproduisent dans des éprouvettes, et prennent un terme dans la décomposition.

Ça, c'est le « en général », c'est comme ça. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Chose justement : dans le monde généralisable, il n'y a finalement que des choses, gérables, catégorisables, jusqu'au prochain lui-même qui devient catégorisable.

Catégorisable en prochain et en lointain, en chrétien et musulman, noir et blanc, hommes et femmes, de mon monde et pas de mon monde. On est dans les catégories simples, où un Marseillais a l'accent, fait rire et boit du pastis, un Alsacien est rigide et mange de la choucroute, où les femmes sont irrationnelles et tremblantes. Un monde bien carré, bien rangé, où celui qui dérange est insupportable, finit par effrayer... Et mieux vaut l'expulser. Et éliminer le problème.

On naît, on grandit, on vieillit, on meurt, et le corps se décompose, se disent les femmes. C'est ignoble, mais c'est comme ça. C'est ignoble, certes, et c'est pourquoi on va embaumer le mort. Empêcher cela autant que possible, par des moyens connus, explicables par la chimie, les effets les plus durs de la décomposition.

C'est dans cet état d'esprit, on ne peut plus tendre à l'égard du défunt d'ailleurs - l'embaumer, soigner son corps décédé -, on ne peut plus rationnel aussi, que les femmes sont parties ce dimanche matin. Tout est réglé, même l'observance religieuse : on a attendu, comme il se doit que la fête de la Pâque soit passée pour accomplir cette tâche, incompatible avec une telle célébration, qu'est la embaumement d'un mort.

Tout va bien, tout est dans l'ordre. Il n'est pas jusqu'à cet ignoble mal au ventre, cette douleur du deuil qui tenaille qui ne soit dans l'ordre des choses. On s'en débarrasserait bien de ce mal au ventre, de cette nausée qui tire les larmes et empêche de manger, de ce voile noir qui leur est tombé sur les yeux, et sous lequel on accomplit les devoirs dus au mort de façon machinale.

Tout ici est dans le rationnel, le généralisable. On sait.

*

Et voila que s'est produit le plus inattendu, l'indicible : le mort n'est plus là.

Oh ! on pourrait être tenté de se dire que tout va bien, qu'on a déplacé, volé le cadavre, mais là c'est décidément autre chose. On comprend bien que c'est plus compliqué, plus terrible. On pressent l'indicible. Et on a peur, on va se taire, tremblantes.

Voila qui fait de ce qu'ont vu les femmes autre chose qu'une histoire de sensiblerie, si on lit bien ce qui est écrit, l'inverse en fait qu'une histoire de sensiblerie, qu'un "conte de bonnes femmes". C'est bien la raison qui est ici bouleversée par la réalité non rationalisable, non généralisable. Une résurrection, effectivement ne se reproduit pas en laboratoire, ne se reproduit pas à volonté, et ça casse donc notre quotidien compréhensible, nos repères, notre catégorisation dans le général.

Alors ici naît un autre monde, le monde de la réalité inclassable, le monde de l'existence de chacune et chacun comme être irréductible. Irréductible aux classements et catégories. Aujourd'hui, il va falloir tout reconsidérer, de fond en comble. Et ça effraie, ça laisse silencieux.

Non classable, l'événement est unique, le Ressuscité est l'Unique, et ceux qui au prix de ce vertige qui effraie tant les premiers témoins, sont promis à la résurrection sont autant d'uniques.

Alors "Ne vous effrayez pas". N'ayez pas peur !

La résurrection du Christ marque la naissance de l'unique irréductible. Et par la promesse qui y est incluse, de chacune et chacun comme unique devant Dieu. La promesse est qu'ici cet aboutissement le plus irréfutable des choses généralisables, la mort, par quoi tout finit dans la poussière - cet aboutissement irréfutable est aujourd'hui brisé. Dès lors plus personne n'est classable en généralités puisque tous peuvent recevoir la promesse sortie du tombeau vide. Chacun devient dès à présent une exception, enfant de l'exception inouïe, celle du dimanche de Pâques.


RP, Poitiers, Pâques, 5.04.15


dimanche 20 avril 2014

Pâques — le passage




Actes 10, 34-43 ; Psaume 118, 1-20 ; Colossiens 3, 1-4 ; Jean 20, 1-9

Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Jean 20, 1-9
1 Le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: " On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis. "
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n'entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n'avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C'est alors que l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut.
9 En effet, ils n'avaient pas encore compris l'Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d'entre les morts.

*

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre. Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément avec ce que nous pensons être, nous confondons notre être avec ce que nous en concevons, jusqu'à le confondre avec notre enveloppe temporelle. Une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps. Comme par un passage.

*

Passage : Pâques est passage. Pour la tradition juive, la Pâque est la commémoration et l'actualisation du passage qu'est la sortie d’Égypte. Depuis l'Exode, la fête au cours de laquelle un agneau est sacrifié rappelle le temps où le peuple était épargné de la mort qui frappait la puissance asservissante, l'Égypte de Pharaon, et rappelle que ce temps, c'est aujourd'hui !

Le peuple vivait le passage de l'esclavage à l'espérance en traversant la mer à pied sec, passage auquel nous sommes appelés aujourd'hui tout à nouveau.

Le mot hébreu qui indique un passage, un saut, a été rendu en grec par un terme sonnant de façon ressemblante, mais qui contient en outre une autre idée, celle de souffrance subie, de passion.

Or voici que « Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Corinthiens 5, 7), souffrant, comme par un nouvel Exode, le passage de la mort à la vie de la Résurrection. Passé avec nous de la vie à la mort, de la vie temporelle au tombeau, pour que nous passions avec lui de la mort à la vie, du tombeau à la résurrection pour la vie d'éternité.

C'est de cet autre esclavage, le péché, par lequel la mort a trouvé son règne (Romains 5, 21), que la passion du Christ nous libère pour nous mener à la vie nouvelle. C'est pourquoi il nous affirme : « celui qui écoute ma parole et qui croit en celui qui m'a envoyé... est passé de la mort à la vie » (Jean 5, 24).

*

Ce passage de la mort à la vie est participation à la résurrection du Christ dont Marie de Magdala, au dimanche de Pâques, découvre le signe, le tombeau vide.

Tout est renversé : la voilà partie, le shabbath passé, pour se recueillir sur un mort. Mais il n'y a plus de corps dans la tombe ! Et elle n'ose pas encore saisir : « on a enlevé du tombeau le Seigneur », dira-t-elle à Pierre. Et elle persistera dans cette idée, puisque, dans ses larmes, c'est encore ce qu'elle dira peu après (v. 11-14). Et elle ne pourra pas reconnaître Jésus ressuscité avant qu'il ne l'appelle par son nom (v. 14-16).

On entre dans un monde nouveau, attesté par de simples signes : on a roulé la pierre qui fermait le sépulcre pour qu'il apparaisse qu'il est bien vide. Restent les bandelettes qui entouraient le corps, et le suaire qui en couvrait la tête. C'est le constat de Pierre, qui marquant un second temps, à la suite de Marie de Magdala, n'ose pourtant pas non plus franchir le pas.

C'est elle pourtant qui devient premier témoin du passage de la mort à la vie, de « l'engloutissement de la mort dans la victoire », selon l'expression de Paul, courant vers les Apôtres ! Ils n'ont « pas encore compris l'Écriture, selon laquelle Jésus devait ressusciter d'entre les morts » (v. 9). Un autre disciple, cependant, troisième temps après Marie et Pierre, ayant « vu » les mêmes signes : tombeau vide, linge et bandelettes, croit (v.8).

*

Au-delà des signes, une réalité inouïe : on est passé au-delà de la mort, « la mort est engloutie ». Le combat du Christ a été un combat victorieux : Dieu l'atteste par sa résurrection. Dieu justifie la solidarité de son Fils avec le peuple asservi au péché et à la mort, son aboutissement.

La cessation de la mort sera bientôt universelle, comme a une portée universelle cette glorification de Jésus. Dieu scelle ce qu'il avait été donné à trois disciples de connaître lors de l'épisode de la Transfiguration : Jésus est manifesté comme roi de l'univers. Bientôt, tous le sauront, sa Présence universelle apparaîtra aux yeux de tous.

Car c'est bien sa présence universelle qui est annoncée dans sa résurrection : la mort ne peut le retenir, il emplit l'univers, apparaissant autant à Jérusalem, qu'en Galilée, vers Damas (Actes 9), ou ailleurs. C'est tellement inouï, incroyable, que l'on verra rouler la pierre du tombeau (non pour que le Ressuscité puisse sortir ! Une pierre ne saurait le retenir !) — pour desceller l'incroyable de l'événement.

Présence universelle à l'espace et au temps : il emplit tous les lieux, il emplit aussi tous les temps : c'est lui qui abreuvait les pères au désert (1 Corinthiens 10, 4), c'est lui que considérait Moïse, préférant son humiliation aux trésors de l'Égypte (Hébreux 11, 26), c'est lui qu'Abraham a contemplé (Jean 8, 56).

Il est présent à tous les temps et à tous les lieux : il est Un avec Dieu (Jean 10, 30). C'est cela qu'atteste sa résurrection : c'est ainsi que les Apôtres peuvent affirmer qu'il est celui qui fonde l'univers, celui par qui tout a été fait (Jean 1, 2 ; Colossiens 1, 16).

C'est là un peu de ce qu'enseigne la résurrection, et qui ne sera pleinement manifesté que dans sa venue en gloire. Vérité qui reste cachée jusqu'à ce jour : l'Ascension l'a dérobé à nos yeux (Actes 1, 9), jusqu'au jour où « Dieu sera tout en tous » (1 Corinthiens 15, 28). Le Christ ressuscité, le Christ-Roi, entré dans son éternité, participe de l’Éternité de Dieu.

*

En l'espérance du jour où « Dieu sera tout en tous », jour de la manifestation de la présence universelle du Maître, les Apôtres seront chargés d'annoncer ce mystère à la foi des hommes, puis après eux, nous qui avons cru avec eux. C'est cette foi par laquelle nous entrons dans la participation à la résurrection du Christ, par effet de ce qu'il a partagé notre exil dans la mort.

Car pour nous, lorsque les Écritures nous parlent de deux résurrections, correspondant à deux morts, il nous y est signifié qu'à côté de la dimension totale — englobant nos corps — de la mort et de la résurrection, il est une première mort, une dimension spirituelle de la mort, pour laquelle mort et résurrection ont une portée réelle dans nos vies présentes.

Cette mort et cette résurrection spirituelles ont un rapport étroit avec l'annonce de l'Évangile, puisque la foi, la confiance en la faveur de Dieu, nous fait accéder dès aujourd'hui au statut de ressuscités, nous fait « passer de la mort à la vie », rend réelle dès « ici-bas » la naissance d'Éternité.

C'est là la résurrection telle qu'elle prend place dès aujourd'hui dans nos vies : la croix du Christ est élévation. « Lorsque j'aurai été élevé de la terre », nous dit Jésus parlant de sa mort (Jean 12, 32), « j'attirerai tous les hommes à moi ».

Et « celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » (Jean 11, 25).

*

À présent nous le savons : « Votre vie est cachée avec Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos lambeaux de corps, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.

Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire. « Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », promet l’Apôtre.


R.P., Poitiers, Pâques 20.04.14


dimanche 31 mars 2013

Il est ressuscité !



Photograph: Joe Klamar/AFP/Getty Image (via 24 hours in pictures | News | guardian.co.uk)

Actes 10.34-43 ; Psaume 118, 1-4 & 16-23 ; 1 Corinthiens 5.6-8 ; Jean 20.1-9

Jean 20, 1-10
1 Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : "On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis."
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête ; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau ; il vit et il crut.
9 En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts.
10 Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux.

*

La science nous dit : la résurrection est impossible. Elle a raison : la résurrection n'est pas du domaine de ce qui est reproductible en laboratoire. Ce que constate Marie de Magdala est d'un tout autre ordre que celui auquel accède la science, tout comme ce que croit l'autre disciple. Ici on entre dans l’impossible. Notre science s'arrête donc, comme le disciple à l'entrée du tombeau. Ici, notre raison n'a accès qu'à des paraboles, comme autant de bandelettes. Donnons-lui donc d'abord une parabole : une chenille peut-elle voler ? Non évidemment. Écoutez l’histoire de la chenille :

Les femelles papillons pondent des œufs — de quelques œufs à plusieurs milliers selon les espèces. Lorsque les chenilles éclosent, elles commencent par manger la coquille de leur œuf. Ensuite, elles sont herbivores, pour la plupart, parfois spécialisées dans la consommation d'une plante bien précise. D’autres sont carnivores. Leur corps est mou, cylindrique et possède cinq paires de fausses pattes outre les trois paires de vraies pattes situées sur le thorax. Elles continuent de muer avant de passer au stade de nymphe ou chrysalide. Rien à voir, apparemment, avec le papillon.
Les chenilles subissent une métamorphose complète et leur cycle de vie comporte trois stades : l'œuf, la chenille, la chrysalide, plus un quatrième stade, le papillon
Concernant les trois premiers stades, cela pourrait ressembler à l’homme : le stade fœtal, puis notre stade, puis la tombe. Fin. Ici, manquerait donc un stade. Pour la chenille en sa tombe nymphale, les choses bougent… puisqu’il y a le quatrième stade, papillon.
Les chenilles de papillons de nuit s'enroulent alors dans un cocon de soie — comme un linceul — soie sécrétée par des glandes dites séricigènes (c’est-à-dire des glandes à soie), qui sont une sorte de glandes salivaires. Les chenilles de papillons de jour, en revanche, ne construisent pas de cocon : la chrysalide reste à l'air libre.
La majorité des espèces passe l'hiver sous forme de chrysalide. Le développement est alors stoppé ; c'est la diapause. C’est comme une mort…
Pendant le stade nymphal, le stade de chrysalide, le corps se transforme totalement.
La chenille de papillon subit de profondes transformations anatomiques, notamment la formation des ailes, des antennes, de la trompe. C'est la métamorphose, dont le résultat est un papillon sous sa forme adulte (appelé par les spécialistes « imago »). Les ailes de l'adulte se déplient et il s’envole.

Belle parabole que nous donne la nature… La chenille était donc papillon ! Parabole seulement, comme celle du grain qui meurt pour germer. La résurrection est d’un tout autre ordre ! Contrairement à la chenille qui, dans sons cocon, n’est pas morte, entre la mort et la résurrection il y a mort réelle, le tombeau est bien un tombeau.

*

Mais poursuivons notre parabole. Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? Nous confondons aisément notre être avec notre enveloppe temporelle. Demandez si nos cheveux et ongles, par exemple, sont une partie de nous-même. Quelle réponse ? Réponse spontanée et irréfutable : oui, bien sûr !

Ah bon !? Quand je me coupe les cheveux ou les ongles, une partie de mon être part-elle à la poubelle avec les chutes ou les rognures ? Nouvelle réponse sans ambiguïté : non évidemment ! Voilà quoiqu’il en soit une illustration remarquable du propos de l’Apôtre Paul sur le dépouillement du vieil homme, comme il dit, ou de ce corps de mort, comme il dit aussi. Voilà donc une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons, déjà cheveu par cheveu, rognure par rognure ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps. Lorsqu’un ami s’est absenté après avoir coupé ses ongles, vais-je à sa recherche par la recherche de ses rognures d’ongle ? Non évidemment ! Il n’est pas ici.

C’est à peu près ce que constate Marie au dimanche de Pâques : il n’est pas ici. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, effectivement, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix. Il a dépouillé le corps temporel, provisoire, douloureux, et il s’est relevé d’entre les morts. Le fils de l’homme était donc un être éternel, comme la chenille était donc un papillon ! C’est là le nœud de la parabole : cet homme était donc le Fils éternel de Dieu.

Reste le tombeau vide ; et pour que cela soit bien clair, la pierre en a été roulée pour que nous n’y restions pas. Comme pour dire : la mission commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, là où vous êtes envoyés, pas autour d’un tombeau. Cela rend surprenant que l’on ait développé le culte du tombeau vide. Cela pour s’entendre dire devant ce tombeau vide qu’il n’est pas là ! C’est ce que découvrent les uns après les autres les témoins de la résurrection : il n’est pas ici. Marie de Magdala, Pierre, l’autre disciple.

Allez chez vous, allez au bout du monde, dans la Cité terrestre, il vous y précède. Car ce qui vaut pour lui, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous.

« Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos rognures de corps, mais avec lui, à la droite de Dieu. Cela ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps — lieu de solidarité — que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est à cet autre niveau qu’il nous faut entrer, et y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire, dans le corps d’un temps qui s’use.

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La résurrection n’est point, pas plus que la métamorphose de la chrysalide, retour au passé, retour avant la mort, au temps d’avant. Vous connaissez, autre parabole, la tradition de la souris qui vient emporter la dent de lait qu’a perdue l’enfant. Au matin, la dent n’est plus là, remplacée par la promesse d’un lendemain plus grand. Avec un signe, déposé à la place de la dent par la souris ; une cadeau comme signe qui, tel l’Ange du dimanche de Pâques, dit silencieusement à l’enfant : ne cherche plus avec ta dent, ton passé d’enfant est un peu mort cette nuit avec elle ; mais console-t-en par ce cadeau, et pars pour demain : ta vraie vie est cachée dans ton demain. Vains les combats à la recherche du passé, syndrome de Peter Pan, comme recherche d’un tombeau vide ! Autant de poursuites de dents définitivement emportées.

Lorsque au matin de Pâques, Marie et les deux disciples ont vu leur foi s’ouvrir, il leur faut quitter le tombeau vide, après cette série d’allers-retours, de l’étonnement à la foi, où les étapes de la prise de conscience de la réalité de la résurrection se croisent de l’un à l’autre, entre Marie, Pierre et l’autre disciple. Le chemin de la sanctification se dévoile comme étant celui de la prise de conscience de la réalité de la résurrection du Christ. Ici, c’est Dieu lui-même qui donne le signe qui ouvre définitivement les cieux.

Alors désormais, vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. Ni cadavre au tombeau, ni nostalgie, dans l’imaginaire d’un passé qui ne reviendra pas. « Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3, 3). C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre de la source de Pâques, le Christ de la résurrection, pour marcher sur les routes du provisoire.

Que Dieu nous donne aujourd’hui de percevoir la présence du Ressuscité, et d’en concevoir le bonheur qu’ont connu les premiers témoins. Et puisqu’on ne reste pas là où le Christ vivant n’est plus, d’aller vers nos aujourd’hui où nous précède le Ressuscité.


RP
Poitiers, Pâques, 31.03.13